mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2300613 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | BRYAN CAVE LEIGHTON PAISNER (FRANCE) LLP |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 10 février 2023 et le 9 août 2023, la société par actions simplifiée (SAS) Biomasse Energie d'Alizay, représentée par Me Mesmin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, de lui accorder le remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) de 1 006 286 euros au titre de la période du 1er avril 2022 au 30 avril 2022, à titre subsidiaire, au titre de la période du 1er juin 2022 au 30 juin 2022 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La SAS Biomasse Energie d'Alizay soutient que :
- l'inscription au crédit du compte courant d'associé ouvert dans ses comptes au nom de la SASU DA Alizay, au mois d'avril 2022, d'une somme de 5 851 390,68 euros toutes taxes comprises, dont 975 231,78 euros de TVA, correspond à l'encaissement effectif du prix de la prestation de location-gérance qu'elle a fournie à cette société au cours de la période du 31 mai 2021 au 16 décembre 2021 ;
- un ensemble de factures diverses a été réglé par la SASU DA Alizay pour son compte et le remboursement de ces sommes, pour un montant total de 186 449,75 euros dont 31 053,66 euros de TVA, a également fait l'objet d'une inscription au crédit du compte courant d'associé de cette société ;
- les dates de ces écritures comptables doivent être retenues comme celles auxquelles la TVA correspondante est devenue exigible au sens et pour l'application du c) du 2 de l'article 269 du code général des impôts ;
- en tout état de cause, le règlement de ces prestations est intervenu au plus tard le 23 juin 2022, date à laquelle le solde du compte courant d'associé a été payé à la SASU DA Alizay ;
- un dernier ensemble de factures, pour un montant total de 19 921,21 euros dont 3 320,20 euros de TVA, a été directement réglé par elle au cours du mois d'avril 2022.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 13 juillet 2023 et le 28 décembre 2023, le directeur régional des finances publiques de Normandie conclut :
1°) au non-lieu à statuer à hauteur du remboursement de 3 320 euros accordé le 13 juillet 2023 ;
2°) au rejet du surplus de la requête.
Le directeur soutient que :
- la requête est devenue sans objet à hauteur de 3 320 euros, eu égard au remboursement accordé en cours d'instance, le 13 juillet 2023 ;
- les moyens soulevés par la SAS Biomasse Energie d'Alizay ne sont pas fondés.
Par un courrier du 7 mars 2024, le tribunal a informé les parties, conformément aux dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la SAS Biomasse Energie d'Alizay tendant, à titre subsidiaire, à ce que lui soit accordé le remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) à hauteur de 1 006 286 euros, au titre de la période du 1er juin 2022 au 30 juin 2022, dès lors que la demande préalable adressée à l'administration, pour cette période, est datée du même jour que le mémoire par lequel la société a formulé ces conclusions subsidiaires, lesquelles sont, par conséquent, prématurées.
Vu :
- l'ordonnance du 9 janvier 2024 fixant la clôture de l'instruction au 8 mars 2024 à 12h ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,
- les conclusions de Mme Barray, rapporteure publique,
- et les observations de Me Mesmin, représentant la SAS Biomasse Energie d'Alizay.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS Biomasse Energie d'Alizay, qui exerce une activité de production et de vente d'électricité et de vapeur, a fait partie jusqu'à la fin de l'année 2021 d'un groupe dont la société mère était la SASU DA Alizay, elle-même détenue par la société de droit thaïlandais Double A Holdings Ltd. Cette dernière a cédé la SASU DA Alizay, qui a alors pris le nom de A, à la société de droit belge VPK, mais la SAS Biomasse Energie d'Alizay a, quant à elle, fait l'objet d'une cession à la société de droit thaïlandais National Power Supply Public Company Ltd, détenue par la société Double A Holding Ltd. La SASU DA Alizay a réalisé pour le compte de la SAS Biomasse Energie d'Alizay, jusqu'au mois de décembre 2021, des prestations de location-gérance, dont le montant total de 5 851 390,68 euros, dont 975 231,78 euros de TVA, a été inscrit au crédit du compte courant d'associé ouvert au nom de la première dans les comptes de la seconde, au cours du mois d'avril 2022. De la même façon, le montant total de 186 449,75 euros dont 31 053,66 euros de TVA, correspondant à des factures diverses réglées par la SASU DA Alizay pour le compte de la SAS Biomasse Energie d'Alizay, a été inscrit au crédit de ce compte courant d'associé à la même période. Enfin, diverses factures, pour un montant total de 19 921,21 euros dont 3 320,20 euros de TVA, ont été directement réglées par la SAS Biomasse Energie d'Alizay au cours du mois d'avril 2022. Estimant détenir un crédit de TVA, cette entreprise a sollicité, lors de la souscription de sa déclaration de chiffre d'affaires du mois d'avril 2022, le remboursement d'un montant total de 3 257 432 euros. Par une décision du 21 décembre 2022, l'administration fiscale a partiellement fait droit à sa demande, mais l'a rejetée à hauteur de la somme de 1 010 130 euros correspondant aux opérations susmentionnées, considérant, d'une part, que l'inscription d'une somme au crédit d'un compte courant d'associé ne saurait correspondre à l'encaissement effectif du prix des prestations de service au sens et pour l'application du c) du 2 de l'article 269 du code général des impôts et, d'autre part, que la société ne prouvait pas le règlement de certaines factures. La SAS Biomasse Energie d'Alizay demande, à titre principal, le remboursement d'un crédit de TVA à hauteur de 1 006 286 euros, au titre de la période du 1er avril 2022 au 30 avril 2022.
Sur l'étendue du litige :
2. Par une décision du 13 juillet 2023, l'administration fiscale a accordé un remboursement complémentaire à la SAS Biomasse Energie d'Alizay à hauteur de 3 320 euros, correspondant à la prise en compte de la TVA figurant sur les factures réglées directement par la société aux prestataires, au cours du mois d'avril 2022, dont elle a estimé que la preuve était rapportée à la présente instance. Le litige est, dans cette mesure, devenu sans objet comme le concède d'ailleurs la société requérante.
Sur le crédit de TVA revendiqué au titre de la période couvrant le mois d'avril 2022 :
3. Aux termes du I de l'article 256 du code général des impôts : " Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. " Aux termes de l'article 271 de ce code : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. / 2. Le droit à déduction prend naissance lorsque la taxe déductible devient exigible chez le redevable. / () 3. La déduction de la taxe ayant grevé les biens et les services est opérée par imputation sur la taxe due par le redevable au titre du mois pendant lequel le droit à déduction a pris naissance. () / II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : a) Celle qui figure sur les factures () " Aux termes du 2 de l'article 269 du même code : " La taxe est exigible : / () b bis) Pour les prestations de services pour lesquelles la taxe est due par le preneur en application du 2 de l'article 283, lors du fait générateur, ou lors de l'encaissement des acomptes ; / c) Pour les prestations de services autres que celles visées au b bis, lors de l'encaissement des acomptes, du prix, de la rémunération ou, sur option du redevable, d'après les débits. () "
4. Ainsi qu'il est dit au point 1, la SAS Biomasse Energie d'Alizay a, au cours du mois d'avril 2022, inscrit au crédit du compte courant d'associé de la SASU DA Alizay, ouvert dans ses écritures comptables, un ensemble de sommes correspondant aux montants de factures émises par cette société, relatives à des prestations fournies à la société requérante, ainsi qu'aux montants de factures réglées pour son compte, de 2017 à 2021, par la SASU DA Alizay. Si ces écritures comptables sont de nature à être regardées comme correspondant, au sens et pour l'application du c) du 2 de l'article 269 du code général des impôts, à l'encaissement du prix de ces diverses prestations, il résulte toutefois des déclarations de la société requérante elle-même, dont se prévaut l'administration fiscale, qu'elle a dû recourir à un prêt de la société National Power Supply Public Company Ltd, dans le cadre de l'opération de rachat dont elle a fait l'objet, afin de régler le solde du compte courant d'associé de la SASU DA Alizay, où ne figurait plus qu'une somme, au demeurant inférieure aux créances inscrites au mois d'avril 2022, au cours du mois de juin 2022. Par ailleurs, la société requérante indique elle-même que les créances détenues par la SASU DA Alizay, correspondant au crédit de son compte courant d'associé moins de deux mois avant les opérations en cause dans la présente instance, ont été réglées à hauteur de 53 746 933 euros par la souscription, par cette société, d'une augmentation de son capital, opérée le 27 février 2022. Dans ces conditions, en dépit des écritures comptables dont se prévaut la SAS Biomasse Energie d'Alizay, les sommes correspondantes ne sauraient être regardées comme ayant été effectivement mises à la disposition de la SASU DA Alizay, par l'intermédiaire de son compte courant d'associé, au moment où ces écritures ont été passées. Au surplus, les circonstances que la SASU DA Alizay n'avait pas exigé le règlement de ses prestations fournies de mai à décembre 2021 et qu'elle s'était acquittée de nombreux frais administratifs de la société requérante, de 2017 à 2021, sont de nature à étayer l'impossibilité pour cette dernière de mettre à sa disposition le prix de ces prestations, avant l'octroi du prêt consenti par la société National Power Supply Public Company Ltd, le 23 juin 2022. Ainsi, le prix des prestations en cause ne pouvant être regardé comme ayant été encaissé au cours de la période couvrant le mois d'avril 2022, c'est à bon droit que l'administration a refusé d'accorder le remboursement du crédit de TVA en litige au titre de cette période.
Sur le crédit de TVA revendiqué au titre de la période couvrant le mois de juin 2022 :
5. La SAS Biomasse Energie d'Alizay sollicite, à titre subsidiaire, le remboursement d'un crédit de TVA à hauteur de 1 006 286 euros, au titre de la période du 1er juin 2022 au 30 juin 2022. Cependant, sa demande de remboursement au titre de cette période, qu'elle produit au soutien de son mémoire en réplique du 9 août 2023, à supposer qu'elle ait été effectivement adressée à l'administration fiscale, porte cette même date. Par suite, ces conclusions, présentées au terme de ce même mémoire en réplique, sont prématurées.
6. Il résulte de ce qui précède que SAS Biomasse Energie d'Alizay n'est pas fondée à demander, à titre principal, le remboursement d'un crédit de TVA demeurant en litige au titre de la période du 1er avril 2022 au 30 avril 2022 et n'est pas recevable, à titre subsidiaire, à en demander le remboursement au titre de la période du 1er juin 2022 au 30 juin 2022.
Sur les frais liés à l'instance :
7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèces, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par la SAS Biomasse Energie d'Alizay au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la SAS Biomasse Energie d'Alizay tendant au remboursement du crédit de TVA au titre de la période couvrant le mois d'avril 2022 à hauteur de la somme de 3 320 euros.
Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Biomasse Energie d'Alizay et au directeur régional des finances publiques de Normandie.
Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
M. Deflinne, premier conseiller,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.
Le rapporteur,
signé
A. LE VAILLANT
Le président,
signé
P. MINNELe greffier,
signé
N. BOULAY
La République mande et ordonne au directeur régional des finances publiques de Normandie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2300613
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026