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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2300618

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2300618

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2300618
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationChambre 3P

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 février 2023, Mme A C épouse B, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision, portée à sa connaissance par courrier du 16 décembre 2022 du directeur de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime, par laquelle sa demande de remise gracieuse de son indu de revenu de solidarité active INK 013 de 209,74 euros a été rejetée ;

2°) d'annuler la décision, portée à sa connaissance par courrier du 16 décembre 2022 du directeur de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime, par laquelle sa demande de remise gracieuse de son indu de revenu de solidarité active socle INK 014 de 2 398, 80 euros a été rejetée ;

3°) d'annuler la décision implicite par laquelle sa demande de remise gracieuse de son indu de prime d'activité a été rejetée ;

4°) de lui accorder la remise gracieuse de ses dettes.

Mme B soutient que :

- elle est de bonne foi dès lors qu'elle ignorait qu'elle devait déclarer sa pension de vieillesse dans ses déclarations trimestrielles de ressources et qu'elle n'avait pas l'intention de dissimuler ses revenus ;

- elle se trouve dans une situation financière précaire qui ne lui permet pas de rembourser les indus mis à sa charge.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 26 juillet 2023 et 8 février 2024, le département de la Seine-Maritime conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions relatives à l'indu de RSA INK 013 et au rejet du surplus de la requête.

Le département soutient que :

- la requérante n'ayant pas produit la décision relative au rejet de sa demande de remise gracieuse de son indu de RSA INK 014, ses conclusions à fin d'annulation de cette décision sont irrecevables ;

- l'indu de RSA INK 013 ayant été soldé, la requête est devenue sans objet ;

- la bonne foi et la précarité de la situation de la requérante, au sens de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles ne peuvent être caractérisées.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Jeanmougin en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience, Mme Jeanmougin, magistrate désignée, a présenté son rapport, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

A l'issue de l'audience, l'instruction a été clôturée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, bénéficiaire du revenu de solidarité active depuis 2011, a été informée, par courrier du 10 mai 2022, qu'un indu de revenu de solidarité active socle INK 013 de 351,84 euros au titre de la période du 1er septembre 2020 au 28 février 2021 était mis à sa charge. Elle a également été informée, par courrier du 17 novembre 2022, qu'un indu de revenu de solidarité active socle INK 014 au titre de la période du 1er septembre 2021 au 30 novembre 2021 avait été mis à sa charge ainsi qu'un indu de prime d'activité, pour la somme totale de 2 548,71 euros. Le 24 novembre 2022, Mme B a sollicité la remise gracieuse de ses dettes. Mme B doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler les décisions, portées à sa connaissance par des courriers du 16 décembre 2022 du directeur de la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Seine-Maritime, par lesquelles ses demandes de remise gracieuse de ses indus de RSA ont été rejetées ainsi que la décision implicite par laquelle la remise gracieuse de l'indu de prime d'activité a été refusée. D'autre part, elle doit être regardée comme demandant la remise gracieuse de ces indus.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 262-17 du code de l'action sociale et des familles : " Lors du dépôt de sa demande, l'intéressé reçoit, de la part de l'organisme auprès duquel il effectue le dépôt, une information sur les droits et devoirs des bénéficiaires du revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ". Aux termes de l'article R. 846-5 du code de la sécurité sociale : " Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. "

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. ". Aux termes de l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale : " () La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. () "

4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active ou de prime d'activité, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation où à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des omissions ainsi omises ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.

5. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'enquête rédigé par un agent assermenté de la CAF de la Seine-Maritime le 4 mai 2022, dont les constatations font foi jusqu'à preuve du contraire, que Mme B n'a pas déclaré dans ses déclarations trimestrielles de ressources la réalité de la situation professionnelle d'un de ses deux fils ainsi que les revenus perçus par ce dernier. Il résulte également de l'instruction que Mme B a omis de déclarer sa pension de vieillesse et que cette omission n'a pu être révélée que par un recoupement de fichiers entre les services de la CAF et ceux de la CARSAT et la consultation du relevé des prestations versées à Mme B par la CARSAT. Cette dissimulation de revenus a perduré plusieurs mois, a concerné plusieurs ressources et n'a cessé qu'après le contrôle de la caisse d'allocations familiales.

6. Si Mme B soutient qu'elle ignorait devoir déclarer sa pension de vieillesse dans ses déclarations trimestrielles et qu'elle n'avait pas l'intention de dissimuler ses revenus, cette dernière, allocataire depuis 2011, ne pouvait ignorer son obligation de déclarer l'ensemble de ses ressources ainsi que tout changement intervenu dans la situation des membres de son foyer. Dans ces conditions et eu égard à la répétition de ce comportement, Mme B doit être regardée comme ayant délibérément manqué à ses obligations déclaratives. Ce comportement fait obstacle, en application des dispositions mentionnées au point 3 du présent jugement, à ce qu'une remise gracieuse de ses dettes lui soit accordée.

7. En tout état de cause, si Mme B soutient qu'elle se trouve dans une situation financière précaire, elle n'a produit aucune pièce justifiant de la réalité de sa situation financière et n'a pas répondu à la mesure d'instruction du tribunal du 1er février 2024 lui demandant d'indiquer précisément le montant de ses ressources et de ses charges. Par suite, Mme B n'établit pas être dans une situation de précarité telle qu'elle ne pourrait faire face, au jour du jugement, au paiement de ses dettes, le cas échéant en sollicitant un nouvel échelonnement de paiement.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir et l'exception de non-lieu, que Mme B n'est fondée à demander ni l'annulation des décisions rejetant ses demandes de remise gracieuse de ses indus de RSA ni la remise gracieuse de ces indus.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au département de la Seine-Maritime et à la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

La magistrate désignée,

signé

H. JEANMOUGINLe greffier,

signé

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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