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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2300709

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2300709

vendredi 7 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2300709
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationChambre 3P

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 février 2023, Mme B A, doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision, dont elle a été informée par courrier du 16 décembre 2022 du directeur de la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Seine-Maritime, rejetant sa demande de remise gracieuse de son indu de revenu de solidarité active (RSA), et de lui accorder la remise gracieuse de sa dette.

Elle soutient que :

- elle est de bonne foi dès lors qu'elle ignorait qu'elle ne pouvait résider plus de quatre-vingt-dix jours à l'étranger ;

- elle a été induite en erreur par son assistante sociale lui ayant indiqué qu'elle pouvait résider à l'étranger sur une période de cent-quatre-vingt jours par an ;

- elle n'a pas eu l'intention de frauder.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2023, le département de la Seine-Maritime, représenté par le président du conseil départemental conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Deflinne en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Deflinne, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

A l'issue de l'audience, l'instruction a été clôturée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A est bénéficiaire d'un droit au RSA depuis le 17 juin 2013. Suite au contrôle de sa situation personnelle, celle-ci s'est vu réclamer la somme totale de 9 098,45 euros au titre d'indus de RSA, de prime d'activité et d'aide personnalisée au logement pour la période du 1er janvier 2021 au 31 décembre 2021. Mme A a sollicité la remise gracieuse de ses indus le 16 novembre 2022. Le 16 décembre 2022, le directeur de la CAF de la Seine-Maritime l'a informée du rejet de sa demande de remise gracieuse de son indu de RSA. Mme A doit être regardée comme demandant au tribunal l'annulation de cette décision ainsi que la remise gracieuse de sa dette d'indu de RSA.

2. D'une part, l'article L. 262-17 du code de l'action sociale et des familles dispose que : " Lors du dépôt de sa demande, l'intéressé reçoit de la part de l'organisme auprès duquel il effectue le dépôt, une information sur les droits et devoirs des bénéficiaires du revenu de solidarité active () " et l'article R. 262-37 du même code prévoit que : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. ". Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du RSA ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.

4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de RSA, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au RSA ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.

5. Par ailleurs, il appartient au défendeur, si nécessaire à l'invitation du tribunal, de communiquer à celui-ci l'ensemble du dossier constitué pour l'instruction de la demande ou pour le calcul de l'indu et le juge ne peut régulièrement rejeter les conclusions dont il est saisi, pour un motif sur lequel son contenu peut avoir une incidence, s'il ne dispose pas des éléments pertinents de ce dossier, sauf à avoir invité le requérant à produire les pièces précises, également en sa possession, qui sont nécessaires à l'examen de ses droits. Enfin, la procédure contradictoire peut être poursuivie au cours de l'audience sur les éléments de fait qui conditionnent l'attribution de la prestation ou de l'allocation ou la reconnaissance du droit, objet de la requête, et le juge peut décider de différer la clôture de l'instruction à une date postérieure à l'audience pour permettre aux parties de verser des pièces complémentaires. En revanche, aucune disposition, pas plus que le droit à un procès équitable, garanti notamment par l'article 6 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne font obligation au juge, lorsque le défendeur a communiqué au tribunal l'ensemble des éléments pertinents du dossier constitué pour l'instruction de la demande ou pour le calcul de l'indu et que ces éléments ont été soumis au débat contradictoire, de diligenter une mesure supplémentaire d'instruction ou d'inviter le demandeur à produire les pièces qui seraient nécessaires pour établir le bien-fondé d'allégations insuffisamment étayées.

6. Il résulte de l'instruction que suite à un contrôle diligenté par la CAF de la Seine-Maritime ayant révélé que Mme A n'avait pas déclaré de nombreux séjours à l'étranger, il a notamment été réclamé à l'intéressée la somme de 5 063,06 euros au titre d'un indu de RSA INK 004 pour la période du 1er janvier 2021 au 31 décembre 2021.

7. Tout d'abord, il est constant que Mme A n'a pas déclaré ses séjours à l'étranger du 24 janvier 2021 au 11 mars 2021, du 13 avril 2021 au 29 mai 2021, du 6 septembre 2021 au 11 octobre 2021 et du 28 décembre 2021 au 13 janvier 2022, soit un total de plus de cent trente jours, dans ses déclarations trimestrielles de ressources. Elle n'a ainsi pas informé les services de la CAF de la réalité de sa situation pour l'année 2021.

8. Ensuite, la requérante soutient qu'elle ignorait qu'elle ne pouvait résider hors du territoire français sur une période de plus de quatre-vingt-dix jours pendant une année civile, que son omission repose sur des renseignements erronés fournis par les services de la CAF et qu'elle n'avait pas l'intention de frauder. Il résulte toutefois de l'instruction, d'une part, que l'intéressée n'apporte aucun élément relatif au caractère erroné de renseignements qui lui auraient été fournis. D'autre part, Mme A, allocataire du RSA depuis le 17 juin 2013, ne pouvait raisonnablement ignorer son obligation de faire connaître aux services de la CAF la réalité de sa situation ainsi que son obligation de déclarer tout changement intervenu dans sa situation. Par suite, au regard de la nature des omissions et de leur récurrence, Mme A doit être regardée comme ayant effectué de fausses déclarations au sens de l'antépénultième alinéa de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles. Cette circonstance est de nature à faire obstacle à ce que lui soit accordée une remise de sa dette. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition de précarité, la requérante n'est pas fondée à demander une remise de sa dette de RSA.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est fondée à demander au tribunal ni l'annulation de la décision, dont elle a été informée par courrier du 16 décembre 2022, rejetant sa demande de remise gracieuse de son indu de RSA, ni la remise gracieuse de cet indu.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au département de la Seine-Maritime.

Copie en sera adressée, pour information, à la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2024.

Le magistrat désigné,

signé

T. DEFLINNE

Le greffier,

signé

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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