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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2300722

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2300722

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2300722
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationChambre 3P

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 janvier 2023 et un mémoire en production de pièces enregistré le 20 février 2024, Mme A D doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision du 14 décembre 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime a mis à sa charge un indu au titre du complément familial de 1 036,17 euros, un indu de prime d'activité de 585,12 euros, un indu d'aide au logement à caractère familial de 1 940 euros et un indu d'aide exceptionnelle de solidarité de 350 euros.

Mme D soutient que :

- la pension alimentaire perçue par son compagnon, M. C, de la part de ses parents s'élève à 1 007 euros mensuels et non à 1 500 euros ;

- la pension alimentaire versée par son compagnon pour ses propres enfants était de 6 900 euros en 2021 ;

- la prestation compensatoire qu'elle perçoit depuis avril 2022, et non février 2022, répare un préjudice et n'a pas à être prise en compte sans ses ressources ;

- elle n'a commis aucune fraude et souffre d'une situation financière précaire et de difficultés de santé.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 février 2024 et un mémoire en production de pièces enregistré le 26 avril 2024, la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

La caisse soutient que les conclusions dirigées contre l'indu de complément familial relèvent de la compétence du juge judiciaire, que la décision du 12 octobre 2023 rejetant le recours exercé par la requérante contre les indus en litige s'est substituée à la décision attaquée, que les conclusions dirigées contre les indus de prime d'activité et d'aide au logement sont tardives, que l'indu d'aide exceptionnelle de solidarité a été annulé et que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Jeanmougin en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le décret n° 2022-1234 du 14 septembre 2022 portant attribution d'une aide financière exceptionnelle pour les ménages les plus modestes ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, au cours de laquelle aucune partie n'était présente ni représentée, Mme Jeanmougin, magistrate désignée, a présenté son rapport.

A l'audience, l'instruction a été clôturée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 14 décembre 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime a mis à sa charge un indu au titre du complément familial de 1 036,17 euros au titre de la période de janvier à avril 2022, un indu de prime d'activité de 585,12 euros au titre de la période de novembre 2021 à juillet 2022, un indu d'aide au logement à caractère familial de 1 940 euros au titre de la période de septembre 2021 à novembre 2022 et un indu d'aide exceptionnelle de solidarité de 350 euros au titre de septembre 2022.

Sur l'étendue du litige :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 511-1 du code de la sécurité sociale : " Les prestations familiales comprennent : () 3°) le complément familial () " Aux termes de l'article L. 142-1 de ce code : " Le contentieux de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : 1° A l'application des législations et réglementations de sécurité sociale () ". Aux termes de l'article L. 142-8 du même code : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives : 1° Au contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 () " Il résulte de ces dispositions que les conclusions relatives à un indu de complément familial, relevant du contentieux de la sécurité sociale, relèvent de la compétence du juge judiciaire. Dès lors, il y a lieu de rejeter ces conclusions comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

3. En deuxième lieu, Mme D ne conteste pas que l'indu d'aide exceptionnelle de solidarité a été annulé et que la somme de 350 euros, qui avait été retenue en remboursement de cet indu, lui a été remboursée. Les conclusions dirigées contre cet indu ont donc perdu leur objet en cours d'instance et il n'y a plus lieu d'y statuer.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme D a contesté par courrier du 5 janvier 2023 l'ensemble des indus mis à sa charge par courrier du 14 décembre 2022. Ce recours a été explicitement rejeté par deux décisions du 12 octobre 2023 concernant respectivement l'indu de prime d'activité et l'indu d'aide au logement, qui se sont substituées, en application des articles L. 845-2 du code de la sécurité sociale pour la prime d'activité et L. 825-2 et R. 825-1 du code de la construction et de l'habitation pour l'allocation de logement familiale, relevant des aides personnelles au logement, à la décision initiale du 14 décembre 2022 et qui sont seules susceptibles de recours.

5. En dernier lieu, compte tenu de la prise en compte, en cours d'instance, des pensions alimentaires versées par M. C, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions concernant l'indu d'allocation de logement familiale en tant qu'elles excèdent la somme de 1 171 euros.

Sur les indus de prime d'activité et d'allocation de logement familiale :

6. Il résulte des conclusions du rapport du 12 décembre 2022 de l'agent assermenté de la caisse d'allocations familiales, qui fait foi jusqu'à preuve contraire, qu'entre janvier 2021 et novembre 2022, Mme D n'a pas déclaré les sommes versées à son compagnon M. C par les parents de celui-ci depuis août 2021, d'un montant mensuel de 1 500 euros, ni les pensions alimentaires versées par son ex-mari, M. B, pour leurs quatre enfants, ni la prestation compensatoire qui lui est versée depuis février 2022.

7. En premier lieu, il résulte de la décision mettant à la charge de Mme D les indus en litige que les sommes perçues par M. C n'ont été prises en compte qu'à compter de la date à partir de laquelle le couple a entretenu une vie maritale et non depuis janvier 2021. Il résulte en outre de l'instruction que M. C a bien reçu de ses parents une somme mensuelle totale d'au-moins 1 500 euros. Celle-ci devait être prise en compte en totalité nonobstant la circonstance qu'une partie de cette somme était destinée à payer les frais de scolarité des enfants de M. C, l'ensemble constituant des ressources pour l'intéressée et son foyer. Enfin, il n'est pas contesté qu'à supposer même que seule la somme de 1 007 euros devrait être prise en compte comme ressource, les ressources du foyer sont trop élevées pour ouvrir droit à la prime d'activité.

8. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que le montant de la pension alimentaire versée par M. C pour l'entretien de ses propres enfants a été prise en compte en cours d'instance, en avril 2023, pour le montant de 6 900 euros revendiqué par la requérante, ce qui a ramené l'indu d'allocation de logement familiale à la somme de 1 171 euros.

9. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que Mme D a bénéficié, en vertu du jugement du 24 février 2022 prononçant son divorce d'avec M. B, d'une prestation compensatoire de 19 200 euros payable en 96 mensualités de 200 euros. Cette rente constitue une ressource qu'il appartenait à l'intéressée de déclarer et non une somme réparant un préjudice qui n'aurait pas dû l'être. Si Mme D soutient n'avoir perçu cette somme qu'à compter du mois d'avril 2022 et non dès la notification du jugement en février 2022, elle ne l'établit pas par les pièces qu'elle produit et ne renverse donc pas la présomption d'exactitude résultant des constatations du contrôleur assermenté de la caisse d'allocations familiales.

10. En dernier lieu, les indus en litige ont été mis à la charge de Mme D par courrier du 14 décembre 2022 au titre d'une période remontant au plus tôt à septembre 2021, sans que la fraude soit invoquée pour allonger le délai de prescription de l'action en récupération de ces indus. La requérante, qui ne conteste pas la décision du 31 août 2023 lui infligeant une pénalité de 690 euros sur le fondement de l'article L. 114-17-2 du code de la sécurité sociale, ne peut donc pas utilement soutenir qu'elle n'aurait pas commis de fraude pour contester les indus de prime d'activité et d'allocation de logement familial mis à sa charge.

11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense concernant les indus de prime d'activité et d'allocation de logement familiale, que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de ces indus qui sont fondés dans leur principe comme dans leur montant.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions relatives à un indu de complément familial sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions relatives à un indu d'aide exceptionnelle de solidarité ni sur les conclusions relatives à l'indu d'allocation de logement familiale en tant qu'elles excèdent la somme de 1 171 euros.

Article 3 : Le surplus de la requête de Mme D est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

La magistrate désignée,

signé

H. JEANMOUGINLe greffier,

signé

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités chacun en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2300722

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