vendredi 20 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2300903 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 février 2023, Mme A B doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 20 février 2023 par laquelle le président du conseil départemental de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de remise gracieuse de son indu de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 2 043,39 euros ;
2°) de lui accorder la remise gracieuse totale de sa dette.
Elle soutient qu'elle est de bonne foi dès lors qu'elle ignorait devoir déclarer les revenus professionnels perçus par sa fille dans ses déclarations trimestrielles de ressources et qu'elle n'avait pas l'intention de frauder.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 août 2023, le département de la Seine-Maritime, représenté par le président du conseil départemental conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Deflinne en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Deflinne, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
A l'issue de l'audience, l'instruction a été clôturée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B est bénéficiaire du RSA depuis 2019. Suite au contrôle de sa situation, celle-ci s'est vu réclamer, par courrier du 28 octobre 2022, la somme de 2 043,39 euros au titre d'un indu de RSA socle INK 001 pour la période du 1er décembre 2021 au 31 août 2022. L'intéressée a sollicité la remise gracieuse de sa dette le 10 novembre 2022. Par une décision du 20 février 2023, le président du conseil départemental de la Seine-Maritime a rejeté sa demande. Mme B doit être regardée comme demandant au tribunal l'annulation de cette décision ainsi que la remise gracieuse de sa dette.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 262-17 du code de l'action sociale et des familles : " Lors du dépôt de sa demande, l'intéressé reçoit, de la part de l'organisme auprès duquel il effectue le dépôt, une information sur les droits et devoirs des bénéficiaires du revenu de solidarité active () " et aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. () / La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. ". Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.
4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.
5. Par ailleurs, il appartient au défendeur, si nécessaire à l'invitation du tribunal, de communiquer à celui-ci l'ensemble du dossier constitué pour l'instruction de la demande ou pour le calcul de l'indu et le juge ne peut régulièrement rejeter les conclusions dont il est saisi, pour un motif sur lequel son contenu peut avoir une incidence, s'il ne dispose pas des éléments pertinents de ce dossier, sauf à avoir invité le requérant à produire les pièces précises, également en sa possession, qui sont nécessaires à l'examen de ses droits. Enfin, la procédure contradictoire peut être poursuivie au cours de l'audience sur les éléments de fait qui conditionnent l'attribution de la prestation ou de l'allocation ou la reconnaissance du droit, objet de la requête, et le juge peut décider de différer la clôture de l'instruction à une date postérieure à l'audience pour permettre aux parties de verser des pièces complémentaires. En revanche, aucune disposition pas plus que le droit à un procès équitable, garanti notamment par l'article 6 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne font obligation au juge, lorsque le défendeur a communiqué au tribunal l'ensemble des éléments pertinents du dossier constitué pour l'instruction de la demande ou pour le calcul de l'indu et que ces éléments ont été soumis au débat contradictoire, de diligenter une mesure supplémentaire d'instruction ou d'inviter le demandeur à produire les pièces qui seraient nécessaires pour établir le bien-fondé d'allégations insuffisamment étayées.
6. Il est constant qu'un indu de RSA d'un montant de 2 043,39 euros a été réclamé à Mme B, en raison de l'absence de déclaration, tant des salaires que des indemnités maladies perçus par sa fille.
7. Il résulte de l'instruction que Mme B a omis de déclarer les salaires perçus par sa fille dans le cadre de sa formation professionnelle sur la période de septembre 2021 à juillet 2022, l'intéressée y indiquant que sa fille ne percevait aucune ressource. La requérante a également omis de déclarer des indemnités maladie perçues par sa fille en 2022. Ces omissions ont été mises en évidence suite à un contrôle diligenté par les services de la caisse d'allocations familiales sur la situation de Mme B en mai 2022 et la transmission des bulletins de salaire de sa fille pour la période de septembre 2021 à juillet 2022. D'une part, Mme B, allocataire du RSA depuis 2019, ne peut pas être regardée comme ayant légitimement pu ignorer son obligation de déclarer l'ensemble des ressources de son foyer dans le cadre de ses déclarations trimestrielles de RSA. D'autre part, la requérante ne conteste pas qu'elle a été destinataire d'une notice explicative adressée par les services de la CAF de la Seine-Maritime indiquant les ressources à déclarer dans le cadre des déclarations trimestrielles, parmi lesquelles figurent notamment les salaires ainsi que les indemnités journalières de maladie. Dans ces conditions, au regard des sommes en jeu et du caractère réitéré des omissions, Mme B doit être regardée comme ayant intentionnellement effectué, de manière répétée, de fausses déclarations sur une période de neuf mois consécutifs, afin de percevoir des prestations sociales. Cette circonstance est de nature à faire obstacle à ce que lui soit accordée une remise totale alors, au surplus, que l'intéressée ne fait état d'aucune situation de précarité l'empêchant de s'en acquitter.
8. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est fondée à demander ni l'annulation de la décision du 20 février 2023 par laquelle le président du conseil départemental de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de remise gracieuse de son indu de revenu de solidarité active, ni la remise gracieuse de sa dette.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au département de la Seine-Maritime.
Copie en sera délivrée, pour information, à la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
T. DEFLINNE
Le greffier,
signé
J.-L. MICHEL
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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