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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2301069

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2301069

mardi 21 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2301069
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1 ère Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 13 mars 2023 et le 13 octobre 2023, la société civile immobilière (SCI) MPP, représentée par la SELAS Fidal, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'exercice clos le 30 septembre 2018 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SCI MPP soutient que :

- la proposition de rectification datée du 27 décembre 2021 n'ayant pas été régulièrement notifiée avant l'expiration du délai de reprise de l'administration, cette proposition de rectification n'a pas interrompu la prescription, qui était par conséquent acquise à la date à laquelle l'imposition supplémentaire en litige a été mise en recouvrement ;

- l'administration fiscale ayant prononcé le dégrèvement de l'imposition litigieuse le 9 août 2022, postérieurement à sa réclamation contentieuse, il lui appartenait, si elle entendait maintenir cette imposition, de l'en informer et d'émettre un nouvel avis de mise en recouvrement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 septembre 2023, la directrice spécialisée de contrôle fiscal Nord conclut au rejet de la requête.

La directrice soutient que les moyens soulevés par la SCI MPP ne sont pas fondés.

Vu :

- l'ordonnance du 22 septembre 2023 fixant la clôture de l'instruction au 6 novembre 2023 à 12h ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,

- et les conclusions de Mme Barray, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI MPP a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur les exercices clos le 30 septembre 2018, le 30 septembre 2019 et le 30 septembre 2020, à l'issue de laquelle, s'agissant du premier de ces trois exercices, une cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés lui a été notifiée par une proposition de rectification du 27 décembre 2021. L'administration fiscale ayant rejeté, le 18 janvier 2023, sa réclamation du 22 juillet 2022, la SCI MPP demande la décharge de cette imposition supplémentaire.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due. () " Aux termes de l'article L. 189 du même livre : " La prescription est interrompue par la notification d'une proposition de rectification () "

3. En vertu de ces dispositions, l'administration fiscale disposait, s'agissant de l'impôt sur les sociétés dû par la SCI MPP au titre de l'exercice clos le 30 septembre 2018, d'un droit de reprise qui expirait en principe le 31 décembre 2021. Il est constant que le pli contenant la proposition de rectification envoyée à la société, au 30 avenue du Maréchal Foch à Bolbec, a été présenté à cette adresse le 29 décembre 2021 et retourné à l'expéditeur avec la mention " destinataire inconnu à l'adresse ". La SCI MPP ne conteste pas que cette adresse, qui était celle de son siège social, était la dernière connue de l'administration fiscale. La circonstance que l'administration était informée de ce que la direction effective de la société n'était plus exercée depuis le 30 avenue du Maréchal Foch à Bolbec à la suite de la démolition des bâtiments sis à cette adresse est sans incidence sur la régularité de la notification de proposition de rectification, qui devait être effectuée à la dernière adresse communiquée par la société à l'administration fiscale, alors au demeurant que la requérante ne conteste pas que cette même adresse a continué de figurer comme étant celle de son siège social, sur un acte notarié du 18 novembre 2019 transmis au bureau de la publicité foncière du Havre ainsi que sur ses statuts mis à jour en date du 4 novembre 2020, déposés au greffe du tribunal de commerce du Havre et enregistrés le 10 novembre 2020. D'autre part, si la société requérante se prévaut de la notification de la proposition de rectification du 27 décembre 2021 à son gérant, postérieurement au 31 décembre 2021, cette circonstance n'a pas davantage d'incidence sur la régularité de la notification de cet acte interruptif de prescription faite à la SCI MPP qui, ayant opté pour l'impôt sur les sociétés, en est le redevable légal. Au surplus et en tout état de cause, dès lors que la date d'interruption de la prescription est celle à laquelle le pli contenant la proposition de rectification a été présenté à l'adresse du contribuable et qu'il en va de même dans le cas où le pli n'a pu lui être remis lors de sa présentation et que, avisé de sa mise en instance, il l'a retiré ultérieurement ou a négligé de le retirer, la proposition de rectification en cause peut être regardée comme ayant été notifiée au gérant de la SCI MPP le 30 décembre 2021, date de la première présentation du pli par les services postaux. Par conséquent, la proposition de rectification du 27 décembre 2021 a valablement interrompu le délai de prescription du droit de reprise de l'administration s'agissant de l'exercice 2018. Par suite, la SCI MPP n'est pas fondée à soutenir que cette prescription était acquise à la date à laquelle l'imposition litigieuse a été mise en recouvrement, le 15 juin 2022.

4. En second lieu, il résulte de l'instruction que l'imposition supplémentaire en litige a été mise en recouvrement le 15 juin 2022 et qu'à cette date ont été émis deux avis de mise en recouvrement distincts, portant respectivement les références 202207Q0001 et 20220600001, du même montant et concernant le même impôt. L'administration fiscale, constatant l'émission d'un second avis de mise en recouvrement, a prononcé le dégrèvement de l'imposition qui en faisait l'objet, par un avis de dégrèvement du 9 août 2022, lequel mentionne expressément et sans ambiguïté que n'est dégrevé que l'impôt mis à la charge de la SCI MPP par l'avis de mise en recouvrement 202207Q0001. Par suite, le moyen tiré de ce que l'administration fiscale aurait dû informer la SCI MPP de son intention de maintenir l'imposition litigieuse et d'émettre un nouvel avis de mise en recouvrement après l'abandon allégué de ce redressement, manque en fait.

5. Il résulte de ce qui précède que la SCI MPP n'est pas fondée à demander la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'exercice clos le 30 septembre 2018. Par voie de conséquence, ses conclusions relatives aux frais liés à l'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI MPP est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière MPP et à la directrice spécialisée de contrôle fiscal Nord.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

Mme Jeanmougin, première conseillère,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024.

Le rapporteur,

signé

A. LE VAILLANT

Le président,

signé

P. MINNELe greffier,

signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne la directrice spécialisée de contrôle fiscal Nord en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

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