lundi 5 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2301083 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique 4 |
| Avocat requérant | POURZAND |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 10 mars 2023, enregistrée le 13 mars 2023 au greffe du tribunal de Rouen, le président du tribunal de Toulouse a transmis au tribunal administratif de Rouen la requête de M. C B enregistrée au greffe du tribunal de Toulouse le 2 février 2023 sous le numéro 2300599.
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 et 15 mars 2023, et des mémoires, enregistrés les 20 mars 2023, 17 juillet 2023 et 20 décembre 2023, M. B, représenté par Me Pourzand, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) l'annulation de la décision du 19 avril 2019 par laquelle pôle emploi Normandie lui a refusé le bénéfice d'une aide individuelle à la formation ;
3°) l'annulation de la décision du 31 octobre 2018 par laquelle pôle emploi Normandie lui a refusé le renouvellement de la Garantie jeunes ;
4°) de condamner pôle emploi Normandie et la mission locale à lui verser la somme de 15 000 euros au titre de son préjudice matériel et moral subis en raison du refus du bénéfice de l'aide individuelle à la formation pour le financement de sa formation par pôle emploi ;
5°) de condamner pôle emploi Normandie et la mission locale à lui verser la somme de 15 000 euros au titre de son préjudice matériel et moral subis en raison du non renouvellement de la Garantie jeunes et du refus de l'allocation y afférente.
Il soutient que :
- son recours contentieux est recevable ;
- sa formation professionnelle dans le secteur de la sécurité était nécessaire car la situation du marché du travail ne lui a pas permis d'accéder à un emploi dans son domaine de formation initiale comme soudeur, dès lors le refus de financement de sa formation n'est pas justifié ; en outre, il a fait preuve de sérieux, d'assiduité et de motivation par le passé lors de sa première formation ;
- le prêt de 1 100 euros qu'il a dû effectuer auprès de sa banque l'a placé dans une situation de détresse, lui engendrant des préjudices matériel et moral ;
- son recours est dirigé tout autant contre pôle emploi et contre la mission locale ; en outre, pôle emploi s'est trouvé être le seul interlocuteur face au silence de la mission locale suite à sa contestation du refus de renouvellement de la Garantie jeunes ;
- il a respecté l'intégralité de ses engagements pris lors de la mise en œuvre de la Garantie jeunes, dès lors la décision de non-renouvellement de celui-ci n'est pas justifiée ;
- le refus de prolongation de la Garantie jeunes doit être justifiée en application de l'article R. 5131-17 du code du travail ;
- il était bénéficiaire de droit du versement de l'allocation prévue avec la Garantie jeunes dès lors que ses revenus mensuels nets ne dépassent pas 300 euros, en application des conditions d'éligibilité indiquées sur le site du ministère du travail.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2023, pôle emploi Normandie conclut au rejet de la requête.
Pôle emploi estime que :
- la mobilisation et la mise en œuvre de la Garantie jeunes relèvent de la mission locale et non de pôle emploi ;
- le versement de l'allocation litigieuse n'est pas systématique, dès lors le requérant ne peut pas prétendre y avoir droit automatiquement en raison de sa situation financière ;
- la prescription en matière de versement d'allocation est biennale, en application de l'article L. 5422-4 du code du travail, par suite le recours de M. B est irrecevable ;
- le recours contre la décision portant refus du bénéfice de l'aide individuelle à la formation au requérant est tardif et doit être considéré comme irrecevable.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n°2016-1855 du 23 décembre 2016 relatif au parcours contractualisé d'accompagnement vers l'emploi et l'autonomie et à la garantie jeunes ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Van Muylder, vice-présidente, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, en présence de M. Mialon, greffier :
- le rapport de Mme Van Muylder,
- les observations de Me Pourzand, représentant M. B, qui produit des pièces complémentaires, conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et demande en outre le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
La magistrate désignée a informé, conformément aux dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties présentes à l'audience, qui ont été mises à même de présenter leurs observations, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision du 31 octobre 2018 pour tardiveté.
La clôture de l'instruction a été prononcée vendredi 26 janvier 2023 à 12h, en application des dispositions de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B bénéficiait depuis la fin d'année 2017 de l'accompagnement spécifique appelé la Garantie jeunes, dont il a demandé, en vain, le renouvellement en juin 2018. Il a obtenu le 14 août 2018 un diplôme de soudeur, puis a débuté une formation d'agent de sécurité privée le 22 octobre 2018, dont il a obtenu la certification le 26 février 2019. Lors d'un entretien avec son conseiller pôle emploi en date du 23 octobre 2018, M. B s'est vu refuser le bénéfice de l'aide individuelle à la formation (AIF). Le 8 avril 2019, il a de nouveau sollicité pôle emploi Normandie afin de demander le bénéfice de l'AIF dans le but de financer la formation d'agent de sécurité qu'il a suivie. Par une lettre du 19 avril 2019, pôle emploi Normandie a de nouveau rejeté la demande de M. B. L'intéressé doit être regardé comme demandant l'annulation des décisions du 31 octobre 2018 et du 19 avril 2019, ainsi que la condamnation de Pôle emploi Normandie et de la mission locale à lui verser chacun la somme de 15 000 euros au titre des préjudices subis par les deux décisions qu'il conteste.
2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence, de prononcer l'admission du requérant à l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Sur les conclusions relatives au contrat de garantie jeunes :
3. A termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ". A termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".
4. Toutefois, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci en a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.
5. Il résulte de l'instruction que M. B a eu connaissance de la décision lui refusant le renouvellement du contrat Garantie Jeunes prévu par le code du travail, dont il a demandé le bénéfice fin juin 2018, lors de l'échange du 31 octobre 2018, durant lequel son conseiller pôle emploi Normandie lui a fait savoir que sa demande de renouvellement du contrat Garantie jeunes lui avait été refusée. Dès lors, les conclusions de M. B dirigées contre cette décision présentées plus de quatre ans après la connaissance de cette décision de refus de renouvellement du contrat Garantie jeunes sont, en application du principe rappelées au point 4, tardives. Par suite, les conclusions présentées contre cette décision doivent être rejetées comme irrecevables.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide individuelle à la formation :
6. Il résulte de l'instruction n° 2017-5 du 10 janvier 2017 inscrite au bulletin officiel de pôle emploi, à propos de l'aide individuelle à la formation, au point " 6.2 Demande d'aide individuelle à la formation et rémunération de fin de formation " : " Le formulaire d'aide individuelle à la formation doit être transmis par le demandeur d'emploi au pôle emploi compétent dûment complété et signé 15 jours calendaires avant le début de la formation ".
7. Il résulte de l'instruction que M. B a sollicité le bénéfice de l'aide individuelle à la formation pour le financement de sa formation d'agent de sécurité privée, pour une première fois le 23 octobre 2018 et une seconde fois par lettre du 8 avril 2019. Toutefois, il est constant que la formation avait commencé le 22 octobre 2018, soit antérieurement à sa demande d'aide, contrairement à ce que prévoit l'instruction du 10 janvier 2017. Dans ces conditions, M. B ne peut se prévaloir du bénéfice de l'aide individuelle à la formation.
Sur les conclusions indemnitaires :
7. A termes du deuxième alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ".
8. Il résulte de l'instruction que M. B a formé, les 26 et 27 décembre 2023, une demande indemnitaire préalable auprès des parties qu'il entend condamner au titre des préjudices qu'il estime avoir subis. Les copies de ces demandes ont été versées aux pièces du dossier par le biais de son conseil à l'audience ainsi que les accusés de réception postaux. Toutefois, aucune décision de rejet de ces demandes indemnitaires préalables n'est née à ce jour. Les conclusions indemnitaires présentées par M. B ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées comme irrecevables.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Poursan et à France Travail Normandie.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 février 2024.
La magistrate désignée,
Signé
C. VAN MUYLDER
Le greffier,
Signé
J-B. MIALON
La République mande et ordonne au ministre du travail et de l'insertion professionnelle, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026