mardi 24 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2301298 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C+ |
| Formation | 1 ère Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 mars 2023, et des mémoires, enregistrés le 20 septembre 2023 et le 16 avril 2024, la société par actions simplifiée (SAS) US Quevilly Rouen Métropole (QRM), représentée par la SELAS Fidal, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des droits de cotisation foncière des entreprises (CFE) acquittés au titre des années 2021 et 2022 dans la commune du Petit-Quevilly et d'en ordonner le remboursement assorti des intérêts moratoires ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La SAS US QRM soutient que :
- elle ne peut être regardée comme redevable de la CFE du fait de l'utilisation du stade Robert Diochon dès lors qu'elle ne bénéficie pas de la libre disposition matérielle de cet équipement, n'exerce pas le contrôle de son utilisation, compte tenu de l'usage partagé des installations en vertu des deux autres conventions conclues avec des clubs sportifs de la métropole, rédigées de manière quasi-identique et stipulant des conditions financières similaires ;
- la notion de contrôle ne peut se concevoir comme partagée ;
- son assujettissement est contraire au principe d'égalité devant l'impôt dès lors qu'elle utilise les installations dans les mêmes conditions que deux autres clubs.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 19 juillet 2023, 22 février 2024 et 24 juin 2024, le directeur régional des finances publiques de Normandie conclut au rejet de la requête.
Le directeur soutient que :
- les moyens ne sont pas fondés ;
- en réponse à une demande de précision du tribunal, la cotisation de CFE ne peut être partagée en cas de contrôle conjoint et qu'en l'espèce, la société requérante jouit de ce contrôle sur les installations sportives, alors même que leur utilisation est partagée avec deux autres clubs sportifs.
Vu les autres pièces du dossier, notamment la lettre du 19 juin 2024 adressée par la juridiction au directeur régional des finances publiques de Normandie.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, ont été entendus :
- le rapport de M. Minne, président de chambre,
- et les conclusions de Mme Barray, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS US QRM demande la décharge de la CFE qu'elle a spontanément acquittée au titre des années 2021 et 2022 à raison de l'occupation du stade Robert Diochon au Petit-Quevilly, autorisée par des conventions de mise à disposition consenties par la métropole Rouen Normandie.
2. En vertu de l'article 1467 du code général des impôts, la CFE a pour base la valeur locative des biens passibles d'une taxe foncière situés en France dont le redevable a disposé pour les besoins de son activité professionnelle pendant la période de référence. Les immobilisations dont la valeur locative est ainsi intégrée, en application de ces dispositions, dans l'assiette de la CFE, sont les biens placés sous le contrôle du redevable et que celui-ci utilise matériellement pour la réalisation des opérations qu'il effectue. Aux termes de l'article 1478 du même code, " la cotisation foncière des entreprises est due pour l'année entière par le redevable qui exerce l'activité le 1er janvier. "
3. Il est constant qu'au 1er janvier de chacune des deux années d'imposition en cause, la SAS US QRM utilisait matériellement le stade Robert Diochon pour les manifestations sportives qu'elle y organisait, lesquelles relèvent de son activité professionnelle.
4. Applicable au 1er janvier 2021, la convention d'occupation du 7 août 2016 alors en vigueur pour la saison sportive 2020-2021 rappelle la destination du stade, lequel a vocation à accueillir les matchs de la société requérante. Cette convention lui attribue l'utilisation de l'équipement sportif en cause, ainsi que le stipule expressément le 4e alinéa de son article 2, le stade Robert Diochon étant conçu pour accueillir les rencontres professionnelles de football. Si la SAS US QRM soutient que la métropole Rouen Normandie bénéficie d'une liberté dans la planification des utilisations du stade, dispose d'un droit à s'opposer à toute utilisation qui n'aurait pas été programmée et que le stade peut être mis à disposition d'autres clubs sportifs, ce droit d'usage de la collectivité publique n'est pas de nature à remettre en cause le caractère prioritaire d'utilisation des installations pour tous les matchs inscrits aux calendriers officiels de la fédération française de football. Les dimensions, la nature des équipements et la capacité d'accueil des tribunes démontrent d'ailleurs que les installations ont été créées afin de recevoir des compétitions de football professionnel. La société requérante dispose ainsi de manière habituelle d'une utilisation prioritaire de ce complexe sportif pour les besoins de son activité professionnelle.
5. La convention de mise à disposition permet à la SAS US QRM d'exploiter commercialement le stade et, à ce titre, d'installer des panneaux publicitaires. Elle place également l'accès aux équipements sous sa responsabilité exclusive pendant la durée des créneaux attribués, l'oblige à mettre en œuvre toute mesure relative à la sécurité publique pendant les compétitions - la collectivité publique n'assumant en aucun cas la surveillance des lieux attribués à la société pendant la durée d'utilisation - et à se soumettre à la réglementation en vigueur notamment en matière de sécurité, d'hygiène publique ou de conformité des équipements recevant du public de telle sorte que la responsabilité de la métropole ne puisse être aucunement recherchée, la société requérante devant souscrire à cet effet une police d'assurance. En outre, aux termes de cette convention, elle a également la possibilité de réaliser des travaux de transformation et d'amélioration dans les locaux mis à sa disposition après accord de la métropole. Compte tenu de la priorité donnée au club, dont la disposition du stade homologué aux normes des instances fédérales concernant la division du championnat dans laquelle est inscrit ce club revêt une importance majeure, les autres utilisations possibles de l'équipement ont un caractère marginal, ce que la société requérante ne conteste d'ailleurs pas sérieusement, faute pour elle d'apporter tout élément concret établissant l'importance de ces utilisations alternatives au titre de l'année 2021. Enfin, la SAS US QRM est conventionnellement redevable de tous impôts, contributions ou taxes de toute nature inhérents à l'organisation des compétitions ou spectacles. Dans ces conditions, la société requérante doit être regardée comme ayant le contrôle du stade Robert Diochon pour la réalisation de ses opérations au 1er janvier 2021.
6. Mais, au 1er janvier 2022, s'appliquait une nouvelle convention du 13 octobre 2021 consentie pour la saison sportive 2021-2022. Si l'économie générale de cette convention est très largement similaire à celle du 7 août 2016 analysée ci-dessus, qui l'a précédée en ce qui concerne les conditions matérielles d'utilisation des équipements, elle annonce en préambule que, d'importants travaux ayant permis de rendre la pelouse plus résistante, le stade sera mis à la disposition de deux autres clubs, l'un de football, l'autre de rugby. Il résulte du rapprochement des stipulations de la convention d'occupation temporaire du domaine public signée le 26 mars 2021 avec la SAS Football Club de Rouen 1899 Diables Rouges (FC Rouen) et des stipulations des conventions d'occupation et d'utilisation du stade Robert Diochon conclues le 13 octobre 2021 avec la SAS US QRM et le 27 octobre 2021 avec la SAS Normandie Rugby Club que la société requérante a perdu sa priorité d'accès aux équipements dès lors que le calendrier d'utilisation est établi sous la responsabilité de la métropole en lien avec les clubs résidents, que les mises à disposition sont consenties selon un planning d'occupation établi en fonction des autres demandes dont la métropole pourrait être saisie et qu'en cas de conflit dans les dates d'utilisation, la priorité est donnée à l'équipe évoluant au plus haut niveau, un conflit d'utilisation concernant des clubs évoluant au même niveau conduisant à un arbitrage par la métropole, celle-ci devant privilégier notamment la règle de l'alternance.
7. Si cette nouvelle règle de partage de l'utilisation du stade continue de conférer une priorité à la société requérante par rapport au club FC Rouen qui évolue dans une division du championnat de football inférieure à la sienne, tel n'est pas le cas par rapport au club RNR qui, bien que dans une discipline sportive différente, évolue au même niveau. Si l'administration fiscale souligne à raison que l'enceinte sportive a traditionnellement été dévolue au football et, occasionnellement seulement, à des rencontres de rugby, cette observation n'est plus opérante à la date de référence dès lors que, en souscrivant des conventions en 2021 au contenu très largement similaire avec la SAS Normandie Rugby Club et la SAS US QRM, la métropole Rouen Normandie, comme l'affirme l'article 2 de ces conventions, entend permettre à une équipe élite de rugby comme à une équipe élite de football de pratiquer la compétition au plus haut niveau national, dans les mêmes termes exactement et après avoir effectué d'importants travaux dans cet objectif. Compte tenu du partage égalitaire de l'installation sportive pour l'organisation des compétitions entre ces deux clubs, la double circonstance que le stade Robert Diochon serait historiquement associé au football dans l'esprit régional et que l'attractivité économique du football serait plus forte à niveau égal ne permet pas de déduire que la SAS US QRM devrait, en fait, être considérée comme prioritaire. La circonstance qu'une saison de football se déroule en 19 rencontres au lieu de 15 pour une saison de rugby ne suffit pas davantage, compte tenu des stipulations des conventions, à attribuer une priorité de fait à la société requérante. S'il est vrai que, à la différence du club RNR, le club QRM dispose de la possibilité supplémentaire, prévue par l'article 1er de la convention du 13 octobre 2021, d'utiliser le terrain d'entraînement dit A et les locaux à usage de vestiaires et de salle de presse situés sous la tribune, cet aspect de l'utilisation permanente d'installations, dont ne se prévaut d'ailleurs pas le service, n'est pas déterminant dès lors que l'objet principal des conventions souscrites avec tous les clubs consiste en la mise à disposition du stade pour l'organisation de rencontres qui engendrent leurs recettes d'exploitation. Par suite, la société requérante ne peut, dans ces conditions particulières de partage, être regardée comme exerçant, en droit comme en fait, un contrôle des installations qu'elle utilise matériellement au titre de l'année 2022.
8. Il résulte de ce qui précède que la SAS US QRM est seulement fondée à demander la décharge des droits primitifs de CFE qu'elle a acquittés au titre de l'année 2022 dans la commune du Petit-Quevilly. En l'absence de litige né et actuel avec le comptable public sur le montant des intérêts moratoires dus sur le remboursement de la taxe ainsi déchargée, les conclusions tendant au versement de ces intérêts doivent être rejetées.
9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme d'argent au titre des frais exposés par la SAS US QRM et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La SAS US QRM est déchargée de la cotisation de CFE à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2022 dans la commune du Petit-Quevilly.
Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Union Sportive Quevilly Rouen Métropole et au directeur régional des finances publiques de Normandie.
Copie en sera transmise, pour information, à la chambre régionale des comptes de Normandie.
Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
Mme Jeanmougin, première conseillère,
Mme Ameline, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.
Le président-rapporteur,
P. MINNEL'assesseure la plus ancienne,
H. JEANMOUGIN
Le greffier,
N. BOULAY
N°2301298
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026