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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2301299

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2301299

mardi 29 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2301299
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationJuge Unique 2
Avocat requérantSCP THEMIS AVOCATS & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen a été saisi par M. A, détenu, d’une demande d’indemnisation de 500 euros pour le préjudice subi lors de cinq fouilles intégrales qu’il estimait illégales. Le requérant invoquait une violation des articles L. 225-1 à L. 225-3 et R. 225-1 à R. 225-2 du code pénitentiaire, ainsi que de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme, en raison du caractère non justifié et humiliant des fouilles. Le tribunal a rejeté la requête, considérant que le requérant n’avait pas précisé lesquelles des sept fouilles mentionnées étaient visées par sa demande, rendant celle-ci insuffisamment motivée. La décision s’appuie sur les dispositions du code pénitentiaire relatives aux fouilles et sur le code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 mars 2023, M. B A, représenté par la SCP Themis Avocats et Associés, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 500 euros assortie des intérêts au taux légal, et de la capitalisation des intérêts, en réparation du préjudice subi en raison de cinq fouilles à nu intervenues parmi celles intervenues les 13 avril 2022, 2 et 16 juin 2022, 3, 27, 28 et 29 juillet 2022 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat, au profit de son conseil, une somme de 1 500 euros, au titre des dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- en décidant et en pratiquant des fouilles, dans des conditions contraires aux dispositions des articles L. 225-1 à L. 225-3 du code pénitentiaire, des articles R. 225-1 à R. 225-2 du code pénitentiaire ainsi qu'aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'Etat lui a infligé un traitement inhumain et dégradant, constitutif d'une faute de nature à engager sa responsabilité ;

- les décisions de fouille, fondées sur des soupçons de détention de stupéfiants ou de téléphone, ne mentionnent pas sur quels éléments de tels soupçons seraient fondés ;

- la pratique de ces fouilles avait pour but de l'humilier ;

- la pratique de ces fouilles, qui n'étaient ni nécessaires ni proportionnées est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;

- il a subi un préjudice qui peut être évalué à 500 euros à raison de 100 euros par fouille.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2025, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code pénitentiaire ;

- la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Galle,

- et les conclusions de Mme Thielleux, rapporteure publique,

- les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, écroué depuis le 1er août 2014, a été incarcéré au centre de détention de Val-de-Reuil du 9 septembre 2020 au 29 septembre 2022. Il déclare avoir fait l'objet de sept fouilles intégrales les 13 avril 2022, 2 et 16 juin 2022, 3, 27, 28 et 29 juillet 2022. Estimant que cinq de ces fouilles étaient fondées sur des décisions illégales, M. A demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 500 euros en réparation du préjudice subi du fait de cinq fouilles réalisées entre avril et juillet 2022. Si le requérant produit à l'appui de sa requête sept décisions de fouilles, il se borne à demander une indemnisation au titre du préjudice subi lors de cinq de ces fouilles, à raison de 100 euros par fouille illégale, et il ne précise pas lesquelles de ces sept fouilles sont concernées par sa demande indemnitaire et par sa requête.

2. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 225-1 du code pénitentiaire : " Hors les cas où les personnes détenues accèdent à l'établissement pénitentiaire sans être restées sous la surveillance constante de l'administration pénitentiaire ou des forces de police ou de gendarmerie, les fouilles intégrales des personnes détenues doivent être justifiées par la présomption d'une infraction ou par les risques que leur comportement fait courir à la sécurité des personnes et au maintien du bon ordre dans l'établissement. Leur nature et leur fréquence sont strictement adaptées à ces nécessités et à la personnalité des personnes détenues. Elles peuvent être réalisées de façon systématique lorsque les nécessités de l'ordre public et les contraintes du service public pénitentiaire l'imposent. Dans ce cas, le chef de l'établissement pénitentiaire doit prendre une décision pour une durée maximale de trois mois renouvelable après un nouvel examen de la situation de la personne détenue ".

3. Aux termes de l'article R. 225-1 du code pénitentiaire : " Les mesures de fouilles des personnes détenues, intégrales ou par palpation, sont mises en œuvre sur décision du chef de l'établissement pénitentiaire pour prévenir les risques mentionnés par les dispositions de l'article L. 225-1. Leur nature et leur fréquence sont décidées au vu de la personnalité des personnes intéressées, des circonstances de la vie en détention et de la spécificité de l'établissement. / Lorsque les mesures de fouilles des personnes détenues, intégrales ou par palpation, sont réalisées à l'occasion de leur extraction ou de leur transfèrement par l'administration pénitentiaire, elles sont mises en œuvre sur décision du chef d'escorte. Leur nature et leur fréquence sont décidées au vu de la personnalité des personnes détenues intéressées et des circonstances dans lesquelles se déroule l'extraction ou le transfèrement ". Aux termes de l'article R. 225-2 du même code : " Les personnes détenues sont fouillées chaque fois qu'il existe des éléments permettant de suspecter un risque d'évasion, l'entrée, la sortie ou la circulation en détention d'objets ou substances prohibés ou dangereux pour la sécurité des personnes ou le bon ordre de l'établissement pénitentiaire ".

4. Il résulte de ces dispositions que si les nécessités de l'ordre public et les contraintes du service public pénitentiaire peuvent légitimer l'application à un détenu de mesures de fouille, le cas échéant répétées, elles ne sauraient revêtir un caractère systématique et doivent être justifiées par l'un des motifs qu'elles prévoient, en tenant compte notamment du comportement de l'intéressé, de ses agissements antérieurs ou des contacts qu'il a pu avoir avec des tiers. Les fouilles intégrales revêtent un caractère subsidiaire par rapport aux fouilles par palpation ou à l'utilisation de moyens de détection électronique. Il appartient à l'administration pénitentiaire de veiller, d'une part, à ce que de telles fouilles soient, eu égard à leur caractère subsidiaire, nécessaires et proportionnées et, d'autre part, à ce que les conditions dans lesquelles elles sont effectuées ne soient pas, par elles-mêmes, attentatoires à la dignité de la personne.

En ce qui concerne les fouilles réalisées les 13 avril et 2 juin 2022 :

5. Il résulte de l'instruction que deux fouilles intégrales ont été réalisées sur M. A les 13 avril et 2 juin 2022 à la sortie d'un atelier.

6. Il résulte de l'instruction que M. A a fait l'objet de nombreux comptes rendus d'incidents lors de son incarcération pour avoir dissimulé des objets interdits, notamment un téléphone dans une chaussette le 10 mars 2021. Dans ces conditions, compte tenu des antécédents et du profil de l'intéressé, les fouilles réalisées doivent être regardées comme fondées sur des éléments suffisants permettant de suspecter l'entrée, la sortie ou la circulation en détention d'objets ou substances prohibés ou dangereux pour la sécurité des personnes ou le bon ordre de l'établissement. Par suite, ces deux fouilles étaient légalement justifiées par la nécessité qu'aucune marchandise ou outillage ne quitte le secteur des ateliers, ainsi que le précise les décisions de fouille. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que ces fouilles se soient déroulées dans des conditions qui seraient attentatoires à la dignité humaine. Par suite, l'administration pénitentiaire, en pratiquant ces fouilles intégrales, n'a méconnu ni les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions législatives précitées.

En ce qui concerne la fouille réalisée le 16 juin 2022 :

7. Il résulte de l'instruction qu'une fouille intégrale a été réalisée sur M. A le 16 juin 2022 dans le cadre de son placement préventif au quartier disciplinaire.

8. Il résulte de l'instruction, notamment de la synthèse disciplinaire de M. A produit par le garde des sceaux, ministre de la justice, que la fouille litigieuse a été réalisée lors de son placement en quartier disciplinaire, à la suite de plusieurs incidents survenus le jour même, constitutifs de tapage, refus d'obtempérer et menaces à l'encontre du personnel pénitentiaire. Dans ces conditions, compte tenu du risque particulier et de la circonstance qu'une autre mesure moins intrusive qu'une fouille intégrale, par exemple une fouille par palpation qui ne permet pas de détecter tous les objets interdits en détention, n'aurait pas permis d'atteindre le même but, la fouille intégrale litigieuse apparaissait nécessaire et proportionnée. Par suite, en pratiquant les mesures de fouille en cause, dont M. A n'établit pas qu'elle aurait été réalisée dans des conditions inhumaines et dégradantes en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'administration pénitentiaire n'a pas commis de faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.

En ce qui concerne les fouilles réalisées les 3, 27, 28 et 29 juillet 2022 :

9. Il résulte de l'instruction que quatre fouilles intégrales ont été réalisées sur M. A les 3, 27, 28 et 29 juillet 2022 à l'issue de promenades.

10. Le requérant a fait l'objet de quatre fouilles intégrales les 3, 27, 28 et 29 juillet 2022. Sans entrer à aucun moment dans le détail des dates et les circonstances de ces fouilles, le requérant affirme, de manière stéréotypée, qu'elles n'étaient pas justifiées par son comportement en détention, lequel ne soulèverait pas de difficultés particulières et que ses fréquentations étaient connues. Toutefois, le garde des sceaux fait valoir que ces décisions ont été prises, d'une part, en considération du profil pénal de l'intéressé et, d'autre part, qu'elles étaient limitées dans le temps et dans l'espace et strictement nécessaires. Il expose que le requérant a fait l'objet de plusieurs comparutions en commission de discipline et a été sanctionné en septembre 2020, mars 2021, juin 2022 et octobre 2022. Il résulte de l'instruction que le 16 juin 2022 à 10h50, lors de la réalisation de son paquetage, deux armes artisanales, un chargeur et un téléphone portable ont été retrouvés. En outre, à l'occasion de la fouille intégrale réalisée le 16 juin 2022, l'administration a relevé qu'une " clé de cellule et un briquet " ont été retirés sur l'intéressé. Dans ces conditions, eu caractère récent de cet incident, le recours aux quatre mesures de fouilles intégrales réalisées en juillet 2022 apparait nécessaire et proportionné, dès lors qu'aucune autre mesure moins intrusive n'aurait permis d'atteindre le même but dans des conditions équivalentes. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que les agents de l'administration pénitentiaire auraient procédé aux fouilles litigieuses dans des conditions qui, par elles-mêmes, seraient attentatoires à la dignité humaine. Dès lors, en soumettant le requérant aux fouilles en litige, l'administration pénitentiaire, qui n'a méconnu ni les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de la loi du 24 novembre 2009, ni celles des articles R. 225-1 et suivants du code pénitentiaire, n'a pas commis de faute de nature à engager la responsabilité de l'État.

11. Il résulte de ce qui précède qu'en l'absence de faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat, les conclusions indemnitaires présentées M. A doivent être rejetées, comme, par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre des frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. B A, à la SCP Themis Avocats et Associés et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2025.

La magistrate désignée,

signé

C. GalleLa greffière,

signé

A. Hussein

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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