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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2301312

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2301312

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2301312
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation-

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 mars 2023, un mémoire en production de pièces enregistré le 12 mai 2023 et un mémoire enregistré le 26 juin 2024, M. B A doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 3 février 2023 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Eure a refusé de lui accorder une remise gracieuse de ses indus de prime d'activité de montants restant dus de 473,33 euros, de 1 588,24 euros, de 307,91 euros, de 74,90 euros, de 163,38 euros et de 511,90 euros ;

2°) d'annuler les décisions du 3 février 2023 par lesquelles le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Eure a refusé de lui accorder une remise gracieuse de ses indus d'aide personnelle au logement de 1 056,67 euros et de 69 euros ;

3°) d'annuler les décisions, portées à sa connaissance par courriers du 3 février 2023, par lesquelles ont été rejetées ses demandes de remise gracieuse d'indus de prestations familiales de 334,08 euros et de 1 651,47 euros ;

4°) de lui accorder la remise gracieuse totale de ses dettes.

M. A soutient qu'il a suivi les conseils de la caisse primaire d'assurance maladie qui lui a indiqué ne pas devoir déclarer sa rente d'accident du travail et qu'il se trouve dans une situation financière précaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 août 2023, le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Le directeur soutient que la juridiction administrative n'est pas compétente pour les prestations familiales et que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Jeanmougin en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme Jeanmougin, magistrate désignée, a présenté son rapport, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

A l'issue de l'audience, l'instruction a été clôturée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Connaissance prise de la note en délibéré produite le 10 juillet 2024 par la caisse d'allocations familiales de l'Eure.

Considérant ce qui suit :

1. M. A demande au tribunal d'annuler les décisions du 3 février 2023 par lesquelles le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Eure a refusé de lui accorder la remise gracieuse de ses indus de prime d'activité de 473,33 euros, de 1 588,24 euros, de 307,91 euros, de 74,90 euros, de 163,38 euros et de 511,90 euros. Il demande également l'annulation des décisions du 3 février 2023 par lesquelles le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Eure a refusé de lui accorder la remise gracieuse de ses indus d'aide personnelle au logement de 1 056,67 euros et de 69 euros et des décisions, portées à sa connaissance par courriers du 3 février 2023, par lesquelles ont été rejetées ses demandes de remise gracieuse d'indus de prestations familiales de 334,08 euros et de 1 651,47 euros. M. A demande enfin de lui accorder la remise gracieuse de ses dettes.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale : " Le contentieux de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : 1° A l'application des législations et réglementations de sécurité sociale () ". Aux termes de l'article L. 142-8 du même code : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives : 1° Au contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 () "

3. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A relatives aux décisions de refus de remise gracieuse d'indus de prestations familiales, régies par les articles L. 511-1 et suivants du code de la sécurité sociale et relevant du contentieux de la sécurité sociale en application des dispositions précitées, relève manifestement de la compétence du juge judiciaire. Dès lors, il y a lieu de rejeter ces conclusions comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

4. En deuxième lieu, il n'est pas contesté par M. A que l'indu d'APL d'un montant restant dû de 1 056,67 euros afférent à la période de janvier 2022 à juillet 2022 a été annulé à hauteur de 1 034, 84 euros le 3 avril 2023, postérieurement à l'introduction de la requête. A concurrence de ce montant, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions en litige.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation, applicable aux aides personnelles au logement, dont fait partie l'aide personnalisée au logement : " Tout paiement indu de prestations familiales est récupéré, () par retenues sur les prestations à venir ou par remboursement intégral de la dette en un seul versement si l'allocataire opte pour cette solution. () / Toutefois, par dérogation aux dispositions des alinéas précédents, la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations. ". Aux termes de l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service. () La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. ".

6. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'allocation personnalisée de logement ou de prime d'activité, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire.

7. M. A ne conteste pas que les ressources mensuelles de son foyer, composé de lui-même, de son épouse et de désormais trois enfants à charge, étaient au jour de l'examen de sa demande de remise de dette supérieures à 4 000 euros et que son quotient familial était de 1 256 euros. Il résulte en outre de l'instruction que son foyer perçoit, outre une rente d'accident du travail d'environ 200 euros, des allocations de retour à l'emploi et des prestations familiales et que ces ressources mensuelles supérieures à 2 267 euros permettent de faire face aux charges établies d'environ 1 000 euros. Dès lors, M. A n'établit pas être dans une situation de précarité telle qu'il ne pourrait pas faire face, au jour du jugement, au paiement de ses dettes d'un montant restant dû total de 3 544,57 euros et alors qu'il pourra demander à la caisse d'allocations familiales un échéancier de remboursement pour les dettes non couvertes par le moratoire décidé le 15 mars 2024 par le juge des contentieux de la protection.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition de bonne foi, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions par lesquelles le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Eure a refusé de lui accorder une remise gracieuse de ses indus d'aide personnelle au logement et de prime d'acticité.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions dirigées contre des refus de remise gracieuse d'indus de prestations familiales sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions relatives au refus de remise gracieuse de l'indu d'APL de 1 056,67 à hauteur de 1 034, 84 euros.

Article 3 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la caisse d'allocations familiales de l'Eure, à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

La magistrate désignée,

signé

H. JEANMOUGINLe greffier,

signé

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires chacun en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2301312

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