mardi 1 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2301365 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
| Avocat requérant | DESFARGES |
Vu les procédures suivantes :
I°./ Par une requête enregistrée le 3 avril 2023 sous le n° 2301365 et un mémoire en productions de pièces enregistré le 11 avril 2023, Mme B E, représentée par Me Desfarges demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 février 2023 par laquelle le président du conseil départemental de la Seine-Maritime a rejeté son recours contre la décision du 18 octobre 2022 du directeur de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime l'informant d'un indu de revenu de solidarité active socle majoré INL 001 de 15 025,65 euros ;
2°) à titre subsidiaire, de lui accorder la remise gracieuse totale de sa dette ;
3°) de la décharger de l'obligation de payer la somme de 15 025,65 euros ;
4°) d'enjoindre au président du conseil départemental de la Seine-Maritime de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge du département de la Seine-Maritime la somme de 2 000 euros au titre des articles 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme E soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît le respect du principe du contradictoire et des droits de la défense dès lors que la requérante n'a pu présenter d'observations ;
- la décision a été prise sur le fondement d'un traitement algorithmique et ne comporte aucune des informations prévues aux articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle n'a pas été informée de la faculté pour la caisse d'allocations familiales d'user du droit de communication ;
- la commission de recours amiable n'a pas été saisie préalablement à l'édiction de la décision attaquée ;
- la décision attaquée méconnaît les dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, la caisse d'allocations familiales ayant pratiqué des retenues sur prestation ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors que les crédits figurant sur son compte bancaire sont des gains de jeux ou des emprunts remboursables ;
- elle est de bonne foi dès lors qu'elle n'a pas commis de fausses déclarations ;
- sa situation financière est précaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2023, et un mémoire en production de pièces enregistré le 16 mai 2024, le département de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Le département soutient que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.
II°. / Par une requête, enregistrée le 4 avril 2023 sous le n° 2301367, Mme E, représentée par Me Desfarges demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime a implicitement rejeté le recours administratif formé contre la décision du 18 octobre 2022 lui notifiant un indu d'aide exceptionnelle de fin d'année de 228,67 euros au titre de décembre 2020 ;
2°) de la décharger de l'obligation de payer cette somme ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des articles 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme E soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision méconnait le respect du principe du contradictoire et des droits de la défense dès lors que la requérante n'a pu présenter d'observations ;
- la décision a été prise sur le fondement d'un traitement algorithmique et ne comporte aucune des informations prévues aux articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle n'a pas été informée de la faculté pour la caisse d'allocations familiales d'user du droit de communication ;
- la décision méconnaît les dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, la caisse d'allocations familiales ayant pratiqué des retenues sur prestation ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors que les crédits figurant sur son compte bancaire sont des gains de jeux ou des emprunts remboursables.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2023, la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
La caisse soutient que la requête formée à l'encontre du rejet implicite est devenue sans objet dès lors que le recours préalable a été explicitement rejeté par décision du 11 mai 2023, qui s'est ainsi substituée aux décisions antérieures et que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.
III°./ Par une requête, enregistrée le 4 avril 2023, sous le n° 2301403, Mme B E, représentée par Me Desfarges demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime a implicitement rejeté son recours administratif exercé contre la décision du 21 octobre 2022 lui notifiant un indu d'aide personnalisée au logement de 1 266,78 euros ;
2°) à titre subsidiaire, de lui accorder la remise gracieuse totale de sa dette ;
3°) de la décharger de l'obligation de payer la somme de 1 266,78 euros ;
4°) d'enjoindre au directeur de la caisse d'allocations familiales de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales la somme de 2 000 euros au titre des articles 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme E soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision attaquée méconnait le respect du principe du contradictoire et des droits de la défense dès lors que la requérante n'a pu présenter d'observations ;
- la décision a été prise sur le fondement d'un traitement algorithmique et ne comporte aucune des informations prévues aux articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il n'est pas établi que l'agent ayant réalisé le contrôle de sa situation était assermenté ;
- elle n'a pas été informée de la faculté pour la caisse d'allocations familiales d'user du droit de communication ;
- la commission de recours amiable n'a pas été préalablement saisie ;
- la décision attaquée méconnait l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale, la caisse d'allocations familiales ayant pratiqué des retenues sur prestation ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors que les crédits figurant sur son compte bancaire sont des gains de jeux ou des emprunts remboursables ;
- elle est de bonne foi dès lors qu'elle n'a pas commis de fausses déclarations ;
- sa situation financière est précaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2023, la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
La caisse soutient que l'indu d'aide personnalisée au logement en litige a fait l'objet d'une remise gracieuse totale le 14 avril 2023 et qu'il n'y a pas lieu d'y statuer et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu :
- les décisions du 8 mars 2023 admettant Mme E à l'aide juridictionnelle totale ;
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Jeanmougin en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
- les décisions par lesquelles la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
- les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 2020-1746 du 29 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique à laquelle aucune partie n'était présente ou représentée, Mme Jeanmougin, magistrate désignée, a présenté ses rapports.
A l'issue de l'audience, l'instruction a été clôturée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, bénéficiaire de prestations sociales depuis 2019, s'est vu informer par courrier du 18 octobre 2022 du directeur de la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Seine-Maritime, qu'étaient mis à sa charge un indu de revenu de solidarité active socle majoré au titre de la période de septembre 2019 à février 2022 et un indu d'aide exceptionnelle de fin d'année au titre de décembre 2020. Elle s'est également vu notifier, par courrier du 21 octobre 2022 du directeur de la CAF de la Seine-Maritime, un indu d'aide personnalisée au logement de 1 266,78 euros. Mme E demande, par sa requête n° 2301365, d'annuler la décision du 24 février 2023 par laquelle le président du conseil départemental de la Seine-Maritime a rejeté son recours administratif contre l'indu de revenu de solidarité active. Elle demande également, par sa requête n° 2301367, l'annulation de la décision par laquelle le directeur de la CAF de la Seine-Maritime a implicitement rejeté son recours contre l'indu d'aide exceptionnelle de fin d'année. Enfin, par sa requête n° 2301403, Mme E demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime a implicitement rejeté son recours contre l'indu d'aide personnalisée au logement.
2. Les requêtes n°s 2301365, 2301367 et 2301403 sont relatives à la situation d'une même allocataire, présentent à juger des questions similaires et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.
3. En vertu de l'article 92 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles, la part contributive versée par l'État à l'avocat choisi ou désigné pour assister plusieurs personnes dans un litige reposant sur les mêmes faits et comportant des prétentions ayant un objet similaire est réduite par le juge de 30 % pour la deuxième affaire et de 40 % pour la 3ème affaire. La réduction de la part contributive de l'État à la rétribution des missions d'aide juridictionnelle assurées par l'avocat devant la juridiction administrative s'applique lorsque celui-ci assiste un même bénéficiaire de l'aide juridictionnelle et que le juge est conduit à trancher des litiges reposant sur les mêmes faits et comportant des prétentions ayant un objet similaire. Tel est le cas en l'espèce entre les requêtes n°s 2301365, 2301367 et 2301403 présentées par Mme E. Par suite, l'instance n° 22301367 donnera lieu à une réduction de 30 % appliquée à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle et l'instance n° 2301403 à une réduction de 40 %.
Sur l'étendue du litige :
4. En premier lieu, par une décision du 14 avril 2023, postérieure à l'introduction de l'instance, le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime a accordé à Mme E la remise gracieuse totale de son indu d'aide personnalisée au logement de 1 266,78 euros. Compte tenu de cette remise gracieuse totale, il n'y a plus lieu de statuer sur le bien-fondé de cet indu qui avait été porté à la connaissance de la requérante par courrier du 21 octobre 2022.
5. En second lieu, il résulte de l'instruction que le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime a explicitement rejeté, le 11 mai 2023, le recours effectué par Mme E à l'encontre de la décision, notifiée par courrier du 18 octobre 2022, mettant à sa charge un indu d'aide exceptionnelle de fin d'année de 228,67 euros. Cette décision explicite s'est nécessairement substituée à la décision implicite par laquelle le directeur avait rejeté son recours contre la décision du 18 octobre 2022 en tant qu'elle mettait à sa charge un indu d'aide exceptionnelle de fin d'année.
Sur l'indu de revenu de solidarité active :
6. Lorsque le juge administratif est saisi d'un recours dirigé contre une décision qui remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, il entre dans son office d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui parait, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
7. En premier lieu, la décision du 24 février 2023 de rejet du recours exercé par Mme E contre l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge a été prise par Mme D C qui disposait, en qualité de responsable de l'unité allocations RSA par intérim, d'une délégation de signature du président du département de la Seine-Maritime pour la prendre, par arrêté n° 2022-129 du 31 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du département de mars 2022 (Tome 2). Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision relative au revenu de solidarité active doit donc être écarté.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 311-3-1 du code des relations entre le public et l'administration : " () une décision individuelle prise sur le fondement d'un traitement algorithmique comporte une mention explicite en informant l'intéressé. Les règles définissant ce traitement ainsi que les principales caractéristiques de sa mise en œuvre sont communiquées par l'administration à l'intéressé s'il en fait la demande. / Les conditions d'application du présent article sont fixées par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article R. 311-3-1-2 du même code : " L'administration communique à la personne faisant l'objet d'une décision individuelle prise sur le fondement d'un traitement algorithmique, à la demande de celle-ci, sous une forme intelligible et sous réserve de ne pas porter atteinte à des secrets protégés par la loi, les informations suivantes : 1° Le degré et le mode de contribution du traitement algorithmique à la prise de décision ; 2° Les données traitées et leurs sources ; 3° Les paramètres de traitement et, le cas échéant, leur pondération, appliqués à la situation de l'intéressé ; 4° Les opérations effectuées par le traitement. ".
9. Si la requérante soutient que la décision du 24 février 2023 repose sur un traitement algorithmique et méconnaît les dispositions des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration, il résulte toutefois de l'instruction que cette décision a été prise à la suite d'un contrôle réalisé par un agent de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime de la situation de Mme E, d'un entretien avec l'intéressée et d'une appréciation de sa situation personnelle. Dès lors, la décision attaquée ne peut être regardée comme fondée sur un traitement algorithmique. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ne peut donc qu'être écarté comme inopérant.
10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale : " Le droit de communication permet d'obtenir, sans que s'y oppose le secret professionnel, les documents et informations nécessaires : 3° Aux agents des organismes de sécurité sociale pour recouvrer les prestations versées indûment (). ". Aux termes de l'article L. 114-21 du même code : " L'organisme ayant usé du droit de communication en application de l'article L. 114-19 est tenu d'informer la personne physique ou morale à l'encontre de laquelle est prise la décision de supprimer le service d'une prestation ou de mettre des sommes en recouvrement, de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels il s'est fondé pour prendre cette décision. Il communique, avant la mise en recouvrement ou la suppression du service de la prestation, une copie des documents susmentionnés à la personne qui en fait la demande. ".
11. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport de contrôle établi le 23 mai 2022 par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales, dont les constatations font foi jusqu'à preuve du contraire, que Mme E a été informée, lors de l'entretien avec le contrôleur de la CAF du 13 janvier 2022, de l'exercice du droit de communication et de la possibilité qui lui était laissée de demander la communication des documents obtenus. Elle a également été mise en mesure de répondre aux observations du contrôleur lors de ce contrôle et de discuter des sommes non déclarées dans ses déclarations de ressources, notamment des virements émanant de particuliers et des sommes provenant de sociétés de jeux de hasard en ligne, figurant sur ses comptes bancaires. En outre, par un courrier du 14 juin 2022, Mme E a présenté des observations écrites en réponse à la procédure contradictoire qui lui a été adressée par l'agent de contrôle le 23 mai 2022. Elle a également été destinataire du rapport d'enquête en mai 2022. Enfin, Mme E ne fait état d'aucune observation nouvelle qu'elle aurait pu soumettre au contrôleur et qui aurait été de nature à influer sur le sens ou la teneur de la décision en litige. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des exigences des articles L. 114-19 et L. 114-21 du code de la sécurité sociale et de la méconnaissance du respect du principe du contradictoire et des droits de la défense doivent donc être écartés.
12. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. () ". Aux termes de l'article R. 262-89 du même code : " Sauf lorsque la convention mentionnée à l'article L. 262-25 en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable mentionnée à l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. / Dans les cas prévus dans la convention mentionnée à l'article L. 262-25 dans lesquels la commission de recours amiable n'est pas saisie, le président du conseil départemental statue, dans un délai de deux mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. Cette décision est motivée. ".
13. L'article 3 de la convention de gestion du revenu de solidarité active conclue entre la CAF de la Seine-Maritime et le département de la Seine-Maritime, que ce dernier a versé aux débats, prévoit explicitement que l'avis de la commission de recours amiable de la CAF ne sera pas requis pour les recours administratifs dirigés contre une décision relative au revenu de solidarité active. Par suite, Mme E n'est pas fondée à soutenir que la décision est entachée d'un vice de procédure faute de saisine de la commission de recours amiable.
14. En cinquième lieu, d'une part, il ne résulte pas de l'instruction que les services de la CAF auraient, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, opéré des retenues sur des prestations à échoir sans informer préalablement Mme E. La notification d'indu du 18 octobre 2022 comporte en outre la mention que des retenues seront pratiquées pour le remboursement de l'indu. D'autre part, il résulte de l'instruction que le recouvrement de la créance de l'indu de RSA en litige est suspendu depuis le 14 novembre 2022, date à laquelle le département a eu connaissance du recours administratif formé par Mme E contre la décision du 18 octobre 2022 l'informant d'un indu de revenu de solidarité active socle majoré INL 001 de 15 025,65 euros. Par suite, et en tout état de cause, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles doit être écarté.
15. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire. ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. ".
16. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'enquête de l'agent assermenté de la CAF de la Seine-Maritime rédigé le 23 mai 2022, qui fait foi jusqu'à preuve contraire, que Mme E n'a pas déclaré l'ensemble de ses ressources dans le cadre de ses déclarations trimestrielles de ressources sur la période de septembre 2019 à février 2022, notamment des crédits bancaires émanant de particuliers et de sociétés de jeux de hasard en ligne. Ces omissions n'ont pu être révélées que suite à un recoupement de fichiers entre les services de la CAF et l'établissement bancaire de Mme E.
17. Si Mme E soutient que le compte bancaire sur lequel les sommes non déclarées ont été créditées appartient à son ancien compagnon, M. A, " fiché " à la Banque de France, il résulte de l'instruction que M. A n'était inscrit ni au fichier central des chèques (FCC) ni au fichier national des incidents de remboursement des crédits aux particuliers (FICP). La requérante, qui ne produit pas les relevés de son second compte bancaire, ne justifie pas suffisamment que M. A aurait utilisé un de ces comptes bancaires de manière exclusive. En outre, si Mme E soutient, de manière d'ailleurs contradictoire, qu'une partie des sommes non déclarées présentes sur ses relevés bancaires constituent des prêts consentis par des proches à titre gracieux, cette dernière n'apporte toutefois aucun élément de nature à démontrer la nature de ces sommes non déclarées. Dès lors, Mme E, qui ne justifie pas de l'origine des sommes non déclarées, n'apporte pas la preuve que ces sommes n'avaient pas à être prises en compte dans le calcul de son droit au RSA. Les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation doivent donc être écartés.
18. Il résulte de ce qui précède que l'indu de revenu de solidarité active en litige est fondé tant dans son principe que dans son montant.
Sur l'indu d'aide exceptionnelle de fin d'année :
19. Lorsque le juge administratif est saisi d'un recours dirigé contre une décision qui remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans son office d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur, et enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige. Pour apprécier le bien-fondé de cette décision, il examine les droits du requérant au cours de la période ayant donné lieu au constat d'un indu, au regard des textes applicables à cette période.
20. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la décision en litige a été prise à la suite d'un contrôle réalisé par un agent de la CAF de la Seine-Maritime sur la situation de Mme E, d'un entretien avec l'intéressée et d'une appréciation de sa situation personnelle. Cette décision n'a donc pas été prise à la suite d'un traitement algorithmique. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté comme inopérant.
21. En deuxième lieu, les moyens tirés de l'absence d'information de l'usage du droit de communication et de la méconnaissance du respect du principe du contradictoire et des droits de la défense doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 10 et 11.
22. En troisième lieu, Mme E ne peut en tout état de cause pas utilement arguer de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, relatif au recouvrement des indus de revenu de solidarité active, pour critiquer les éventuelles retenues pratiquées pour le recouvrement de l'indu d'aide exceptionnelle de fin d'année, régi par les dispositions de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale auxquelles il est renvoyé par le décret susvisé du 29 décembre 2020.
23. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 du décret du 29 décembre 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2020 ou, à défaut, du mois de décembre 2020, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul. ". Aux termes de l'article 4 de ce décret : " Le montant de l'aide mentionnée à l'article 3 est égal à 152,45 € pour une personne seule, majoré de 50% lorsque le foyer se compose de deux personnes et de 30% pour chaque personne supplémentaire présente au foyer, à condition que ces personnes soient le conjoint, le partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou le concubin de l'intéressé ou soient à sa charge. ".
24. Il résulte de l'instruction que, après prise en compte des revenus non déclarés par Mme E, l'intéressée n'avait pas droit au revenu de solidarité active au titre de la période de septembre 2019 à février 2022, et donc notamment pas au titre du mois de novembre ou de décembre 2020. Par suite, la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime était fondée, sans commettre d'erreur d'appréciation, à lui demander le remboursement de l'aide exceptionnelle de fin d'année, dite prime de Noël, de l'année 2020.
Sur la remise gracieuse :
25. D'une part, aux termes de l'article L. 262-17 du code de l'action sociale et des familles : " Lors du dépôt de sa demande, l'intéressé reçoit, de la part de l'organisme auprès duquel il effectue le dépôt, une information sur les droits et devoirs des bénéficiaires du revenu de solidarité active () " et aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ". D'autre part, aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. () / La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. ".
26. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.
27. D'une part, il ne résulte pas de l'instruction que Mme E aurait demandé à l'administration la remise gracieuse de son indu de revenu de solidarité active et il n'appartient pas au tribunal d'accorder directement une remise de dette.
28. D'autre part, et en tout état de cause, il résulte de l'instruction que Mme E a omis de déclarer l'ensemble de ses ressources pendant plus de deux ans et doit donc, eu égard à la répétition de ce comportement et de l'importance des sommes non déclarées, être regardée comme ayant délibérément manqué à ses obligations déclaratives. Ce comportement fait obstacle, en application des dispositions mentionnées au point 25 du présent jugement, à ce que lui soit accordée la remise gracieuse de son indu, alors même que Mme E, qui ne produit au demeurant aucune pièce en justifiant, serait au jour du jugement dans une situation financière précaire.
29. Il résulte de tout ce qui précède qu'il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions en annulation de l'indu d'aide personnalisée au logement, que Mme E n'est pas recevable à demander la remise gracieuse de son indu de revenu de solidarité active socle majoré et qu'elle n'est, en outre, fondée à demander ni l'annulation de la décision du 24 février 2023 par laquelle le président du conseil départemental de la Seine-Maritime a rejeté son recours exercé contre un indu de revenu de solidarité active ni des décisions relatives à l'indu d'aide exceptionnelle de fin d'année au titre de 2020. Par voie de conséquence, les conclusions présentées aux fins de décharge et d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle est réduite de 30 % dans l'instance n° 2301367 et de 40 % dans l'instance n° 2301403.
Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions en annulation de l'indu d'aide personnalisée au logement.
Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E, à Me Pierre-Henry Desfarges, au département de la Seine-Maritime et à la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.
La magistrate désignée,
signé
H. JEANMOUGINLe greffier,
signé
J.-L. MICHEL
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2301365, 2301367, 2301403
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026