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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2301404

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2301404

lundi 16 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2301404
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantSELARL PINTAT AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Rouen a été saisi par M. A, maître d'œuvre, d’un litige financier avec la région Normandie concernant le solde d’un marché public pour l’extension et la réhabilitation d’un gymnase. Le tribunal a rejeté la demande de M. A tendant au paiement de 24 779,72 euros TTC, ainsi que ses conclusions accessoires. Il a également rejeté les conclusions reconventionnelles de la région Normandie, qui sollicitait la condamnation de M. A à lui verser 58 516,34 euros HT. La solution retenue repose sur l’absence de décompte général et définitif notifié, le juge du contrat ayant fixé le solde à zéro, en écartant les prétentions des deux parties, notamment celles fondées sur les stipulations du CCAG prestations intellectuelles et du CCAP.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 avril 2023, 16 janvier 2024 et 8 avril 2025, M. B A, représenté par Me Lemiegre, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet de sa réclamation du 6 décembre 2022 ;

2°) de condamner la région Normandie à lui verser la somme de 24 779,72 euros TTC, assortie des intérêts au taux légal à compter du 23 octobre 2017, au titre du règlement du marché de maîtrise d'œuvre pour l'extension et la réhabilitation du gymnase du lycée Thomas Corneille à Barentin ;

3°) de rejeter les conclusions reconventionnelles présentées par la région Normandie ;

4°) de mettre à la charge de la région Normandie la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la décision implicite de rejet de sa réclamation du 6 décembre 2022 :

o méconnaît la procédure de réception avec réfaction prévue à l'article 33.4 du cahier des clauses administratives générales (CCAG) prestations intellectuelles (PI) applicable au marché ;

o est insuffisamment motivée ;

- la région Normandie ne lui a pas notifié de décompte général à la suite de l'envoi de son projet de décompte final le 23 octobre 2017 en méconnaissance des articles 6.3.2 et 12.3 du CCAG-PI et du principe d'exécution loyale des contrats administratifs ;

- la région Normandie ne peut retenir à titre de compensation le coût de la reprise du parquet du gymnase, qui relève d'un litige distinct, sur les sommes dues à la maîtrise d'œuvre au titre des prestations réalisées et inscrites au décompte général définitif ;

- aucune pénalité contractuelle ne lui a été appliquée ;

- l'absence de conclusion d'avenant ne peut faire obstacle au paiement des honoraires dus au titre du suivi des travaux de reprise du parquet réalisés à la demande du maître d'ouvrage ;

- la responsabilité du groupement de maîtrise d'œuvre concernant le désordre affectant le parquet du gymnase a été exclue par l'arrêt de la cour administrative d'appel de Douai du 22 août 2022 puis par la décision du Conseil d'Etat du 27 juin 2023 de non admission du pourvoi en cassation présenté par la région Normandie, lesquels bénéficient de l'autorité de la chose jugée.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 janvier 2025 et 19 avril 2025, la région Normandie, représentée par Me Pintat, conclut, dans le dernier état de ses écritures :

- à rejeter la requête ;

- à condamner M. A à lui verser la somme de 58 516,34 euros HT, assortie des intérêts au taux légal à compter du 17 mai 2018 et de la capitalisation de ces intérêts, au titre du solde du marché ;

- à mettre à la charge de M. A les dépens ainsi que la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La région Normandie fait valoir, dans le dernier état de ses écritures, que :

- concernant les conclusions dirigées à l'encontre de la décision implicite de rejet de sa réclamation du 6 décembre 2022 :

o M. A ne peut demander l'annulation de la décision implicite de rejet de sa réclamation du 6 décembre 2022 dès lors que celle-ci n'est pas détachable des conditions d'exécution du contrat et n'est pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir ;

o M. A ne peut utilement soutenir que la décision implicite de rejet de sa réclamation du 6 décembre 2022 méconnaît l'obligation de motivation résultant de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors les règles de forme des réclamations relatives à l'exécution d'un marché sont fixées par le CCAG-PI applicable ;

- le maître d'œuvre ne peut se prévaloir de l'article 33.4 du CCAG-PI dès lors que cet article ne concerne pas le règlement financier du marché mais prévoit les conditions dans lesquelles le maître d'ouvrage peut réceptionner avec réfaction les prestations ;

- la circonstance que la réception des prestations n'ait pas fait l'objet d'une réfaction ne fait pas obstacle à la contestation de l'exécution financière du marché par le maître d'ouvrage ;

- si le maître d'œuvre a transmis des projets de décompte en 2017, la région Normandie ne lui a pas notifié de décompte général en retour ;

- il revenait au maître d'œuvre de mettre en demeure la région Normandie de lui notifier le décompte général du marché et de procéder au règlement dans un certain délai, le cas échéant de formuler une réclamation et enfin, de saisir le juge du contrat ;

- aucun décompte général et définitif n'ayant été établi, il appartient au juge de contrat de fixer le solde du marché à hauteur de 58 516,64 euros HT au débit de M. A en tenant compte :

o de la déduction des frais des travaux supplémentaires de remplacement du parquet du gymnase causés par la faute du maître d'œuvre, réalisés en 2012 et préfinancés par la région Normandie à hauteur de 67 208,80 euros HT ;

o que l'expert judiciaire a conclu que le remplacement du parquet a été rendu nécessaire en raison d'une erreur de conception du maître d'œuvre, qui aurait dû préciser, dans le CCTP, les conditions environnementales nécessaires à la conservation du parquet et les conditions de protection de leurs propres ouvrages ;

o de la déduction de la somme de 5 030,52 euros HT, correspondant à l'application de pénalités pour dépassement du seuil de tolérance prévu à l'article 19 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) ;

o que M. A ne démontre pas qu'il a effectué des prestations de maîtrise d'œuvre utiles aux travaux de remplacement du parquet.

M. A, représenté par Me Lemiègre, a présenté un mémoire, enregistré le 12 mai 2025, non communiqué.

Une note en délibéré présentée pour la région Normandie a été enregistrée le 2 juin 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des marchés publics ;

- la loi n° 85-704 du 12 juillet 1985 modifiée ;

- le décret n° 93-1268 du 29 novembre 1993 modifié ;

- le cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés de prestations intellectuelles issu du décret n° 78-1306 du 26 décembre 1978 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Favre,

- les conclusions de Mme Delacour, rapporteure publique,

- et les observations de Me Mekkaoui, substituant Me Lemiegre, représentant M. A, et de Me Derrien, représentant la région Normandie.

Considérant ce qui suit :

1. Dans le cadre du projet d'extension et de la réhabilitation du gymnase Thomas Corneille à Barentin, comprenant la démolition des locaux existants à l'exception de la salle des sports, la reconstruction et l'extension des locaux concernés par la démolition et la création d'une salle polyvalente, la région Normandie a conclu le 17 mars 2009 un contrat de maîtrise d'œuvre avec M. B A, architecte et mandataire du groupement solidaire de maîtrise d'œuvre, et la société ID+ Ingénierie, bureau d'études, économiste et titulaire de la mission OPC. Par acte d'engagement signé le 17 janvier 2011, le lot n° 2 " démolition-gros-œuvre-ravalement " a été confié à la SARL ECK et le lot n° 8 " menuiseries intérieures " prévoyant notamment une rénovation du parquet existant du gymnase a été attribué à la SARL SHM. Les travaux de réhabilitation et d'extension du gymnase Thomas Corneille à Barentin ont fait l'objet d'une réception définitive respectivement le 12 novembre 2013 pour les prestations relatives au lot n° 2 et le 28 juin 2013 pour celles du lot n°8 par le maître d'ouvrage. La région Normandie a saisi le juge des référés du tribunal qui a fait droit à sa demande d'expertise concernant le désordre affectant le parquet du gymnase par une ordonnance du 29 juillet 2014. L'expert désigné a remis son rapport le 28 février 2018. Par jugement n° 1801722 du 28 août 2020, le tribunal a condamné solidairement la société ID+ Ingénierie et M. A à verser à la région Normandie la somme de 66 000 euros TTC au titre du remplacement intégral du parquet en bois du gymnase Thomas Corneille, avec intérêts et capitalisation. Par arrêt n°20DA01683 du 22 août 2022, la cour administrative d'appel de Douai a annulé le jugement n°1801722 et a rejeté la demande de la région Normandie au motif que la réception des travaux faisait obstacle à l'engagement de la responsabilité contractuelle des constructeurs au titre de ces désordres. Le pourvoi en cassation introduit n'a pas été admis par le Conseil d'Etat le 27 juin 2023. Par courrier du 6 décembre 2022, M. A a adressé une réclamation à la région Normandie tendant au paiement de la somme de 24 779,72 euros au titre du solde du marché, restée sans réponse. Dans la présente instance, M. A demande l'annulation de la décision implicite de rejet de sa réclamation du 6 décembre 2022 et la condamnation de la région Normandie à lui verser la somme de 24 779,72 euros TTC, assortie des intérêts au taux légal à compter du 23 octobre 2017, au titre du règlement du marché de maîtrise d'œuvre pour l'extension et la réhabilitation du gymnase du lycée Thomas Corneille à Barentin. La région Normandie a présenté des conclusions reconventionnelles tendant à condamner M. A à lui verser la somme de 58 516,34 euros HT, assortie des intérêts au taux légal à compter du 17 mai 2018 et de la capitalisation de ces intérêts, au titre du solde du marché.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En matière de recours de plein contentieux, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige.

3. Le litige en cause a trait à l'exécution d'un contrat de maîtrise d'œuvre conclu le 17 mars 2009 entre le groupement solidaire de maîtrise d'œuvre, dont M. A était mandataire, et la région Normandie. Ainsi, la décision attaquée portant rejet de la réclamation de M. A du 6 décembre 2022, qui a lié le contentieux portant sur l'exécution financière du contrat, n'est pas détachable des conditions d'exécution de ce contrat et n'est pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation doivent être écartées comme irrecevables et l'exception de fin-de non-recevoir opposée par la région Normandie à ce titre doit être accueillie.

Sur le règlement financier du marché :

4. Aux termes de l'article 12.31 du cahier des clauses administratives générales - prestations intellectuelles (CCAG-PI) applicables au litige : " Après réception, selon les stipulations du chapitre V, des prestations faisant l'objet du marché ou, si le marché est fractionné, d'une phase assortie d'un paiement partiel définitif, le titulaire doit adresser à la personne responsable du marché le projet de décompte correspondant aux prestations fournies. / Le montant du décompte est arrêté par la personne responsable du marché ; si celle-ci modifie le projet de décompte présenté par le titulaire, elle lui notifie le décompte retenu. ". Aux termes de l'article 6.3.2. du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) applicable au marché : " Le maître de l'ouvrage établit le décompte général () Le maître de l'ouvrage notifie au maître d'œuvre le décompte général et l'état du solde. / Le décompte général devient définitif dès l'acceptation par le maître d'œuvre. ".

5. D'une part, aucune stipulation des CCAP et CCAG-PI précités ne prévoit que le silence gardé par le maître de l'ouvrage, sur le projet de décompte final transmis par le titulaire, vaudrait acceptation tacite de ce projet de décompte, lequel lierait les parties définitivement quant au règlement du marché en cause.

6. D'autre part, il appartient au maître de l'ouvrage, lorsqu'il lui apparaît que la responsabilité de l'un des participants à l'opération de construction est susceptible d'être engagée à raison de fautes commises dans l'exécution du contrat conclu avec celui-ci, soit de surseoir à l'établissement du décompte jusqu'à ce que sa créance puisse y être intégrée, soit d'assortir le décompte de réserves.

7. En l'espèce, M. A, architecte, a adressé, par courrier du 23 octobre 2017, à la région Normandie un projet de décompte final correspondant aux prestations fournies. En réponse, par courrier du 11 décompte 2017, la région Normandie a indiqué qu'elle ne pouvait lui notifier le décompte général en l'état. Si la région Normandie indique avoir versé au groupement de maîtrise d'œuvre la somme 175 002,35 euros HT à titre d'acompte, elle n'a pas procédé au versement de l'intégralité des sommes demandées par M. A dans son décompte final. Par suite, le maître de l'ouvrage s'étant abstenu de notifier un décompte général, et alors que le CCAG-PI applicable, ni aucune autre stipulation du marché ne permet la détermination d'un décompte général tacite, aucun décompte général et définitif n'est intervenu, contrairement à ce que soutient M. A.

8. L'ensemble des opérations auxquelles donne lieu l'exécution d'un marché public est compris dans un compte dont aucun élément ne peut être isolé et dont seul le solde arrêté lors de l'établissement du décompte définitif détermine les droits et obligations définitifs des parties. Il appartient au juge du contrat, en l'absence de décompte général devenu définitif, de statuer sur les réclamations pécuniaires des parties et de déterminer le solde de leurs obligations contractuelles respectives. Contrairement à ce que fait valoir M. A qui se prévaut de l'arrêt de la cour administrative d'appel de Douai du 22 août 2022 rendu dans la précédente instance, les conclusions reconventionnelles présentées par la région Normandie ne relèvent pas d'un litige distinct à celui présenté devant le tribunal par le requérant, en ce qu'il tend au règlement du solde du marché, et par suite, à déterminer les droits et obligations à caractère financier des parties au contrat.

En ce qui concerne les frais de reprise du désordre causé à l'ouvrage :

9. Indépendamment de la décision du maître d'ouvrage de réceptionner les prestations de maîtrise d'œuvre prévue par les stipulations de l'article 32 du cahier des clauses administratives générales (CCAG) applicables aux marchés de prestations intellectuelles, la réception de l'ouvrage met fin aux rapports contractuels entre le maître d'ouvrage et le maître d'œuvre en ce qui concerne les prestations indissociables de la réalisation de l'ouvrage, au nombre desquelles figurent, notamment, les missions de conception de cet ouvrage. La réception interdit, par conséquent, au maître de l'ouvrage d'invoquer, après qu'elle a été prononcée, et sous réserve de la garantie de parfait achèvement, des désordres apparents causés à l'ouvrage ou des désordres causés aux tiers, dont il est alors réputé avoir renoncé à demander la réparation.

10. En l'espèce, la région Normandie a financé des travaux de reprise de la totalité de la surface du parquet qui ont été réalisés par la société SHM, titulaire du lot 8 " menuiseries intérieures - équipements de vestiaires ", suivant avenant n°2 du 5 novembre 2012, pour un montant de 98 058,84 euros TTC afin de remédier au désordre causé à l'ouvrage survenu du fait de l'absence de prise en compte de l'élévation du degré hydrométrique des locaux pendant la réalisation du chantier. La circonstance que les désordres en cause sont apparus en cours d'exécution du marché et ont été réparés antérieurement à la réception de l'ouvrage est, par elle-même, sans incidence sur la fin des obligations contractuelles des constructeurs au regard de la réception définitive respectivement le 12 novembre 2013 pour les prestations relatives au lot n° 2 et le 28 juin 2013 pour celles du lot n°8 par le maître d'ouvrage. Par suite, en l'absence de stipulation contractuelle contraire, la région Normandie n'est pas fondée à rechercher directement la responsabilité du maître d'œuvre sur le fondement de la responsabilité contractuelle en raison des fautes de conception et de surveillance du chantier, prestations indissociables de la réalisation de l'ouvrage, dès lors que la réception de l'ouvrage y fait obstacle, ni à demander la prise en charge des travaux de reprise du désordre causé à l'ouvrage par le maître d'œuvre au titre de la réalisation de travaux supplémentaires.

11. Il résulte de ce qui précède que la région Normandie n'est pas fondée à soutenir que la somme de 67 208,80 euros doit être déduite du solde du marché de maîtrise d'œuvre au titre des frais de reprise du désordre causé à l'ouvrage.

En ce qui concerne les pénalités pour dépassement du seuil de tolérance :

12. Dans le cadre de l'établissement de la part du solde du marché revenant au requérant, il appartient au tribunal de se prononcer sur le bien-fondé des pénalités que le maître d'ouvrage entend imputer à ce dernier, et dont le calcul est précisé dans le tableau de synthèse de la répartition des pénalités produit par la région Normandie.

13. Aux termes de l'article 17 du CCAP applicable au litige : " Le coût de réalisation des travaux est le cout qui résulte de contrats de travaux passés par le maître de l'ouvrage pour la réalisation du projet. Il est égal à la somme des montants initiaux des marchés de travaux et correspond au montant des travaux que le maître d'ouvrage s'engage à respecter. () ". Aux termes de l'article 19 du CCAP : " Le coût de réalisation des travaux est assorti d'un taux de tolérance. Ce taux de tolérance est de 1,00% ". Aux termes de l'article 22 du CCAP : " Si le coût constaté est supérieur au seuil de tolérance tel que défini à l'article 17, le concepteur supporte une pénalité égale à la différence entre le coût constaté et le seuil de tolérance multiplié par le taux défini ci-après. / Ce taux est égal au taux de rémunération t fixé à l'article 2 de l'acte d'engagement multiplié par 2. / Cependant, le montant de cette pénalité ne pourra excéder 15 % du montant de la rémunération t des éléments postérieurs à l'attribution des marchés de travaux. ".

14. La région Normandie soutient sans être contredite que le montant cumulé des travaux des quatorze lots du marché initial de travaux s'élève à la somme de 1 496 931,14 euros HT. Le seuil de tolérance sur le coût de la réalisation de ces travaux, tel qu'il est défini par les stipulations des articles 17 et 19 du CCAP citées au point précédent, est ainsi égal à 1 511 900,45 euros HT. Dès lors que le coût constaté du montant total des travaux des quatorze lots augmenté des avenants pénalisables est évalué à 1 540 056,35 euros, soit supérieur de 28 155,90 euros au seuil de tolérance, le montant des pénalités pour dépassement du seuil de tolérance, dont les modalités de calcul sont définies par les stipulations de l'article 22 du CCAP citées au point précédent, s'élèvent à la somme de 6 063,62 euros. La TVA ne saurait s'appliquer à ce montant, eu égard à l'objet des pénalités, lesquelles ne constituent pas la contrepartie d'une livraison de biens ou d'une prestation de service.

15. Il résulte de ce qui précède que la région Normandie est fondée à demander l'intégration au décompte du marché litigieux la somme de 6 063,62 euros HT au titre des pénalités pour dépassement du seuil de tolérance.

En ce qui concerne la rémunération complémentaire de la maîtrise d'œuvre :

16. Dans l'hypothèse où une modification de programme ou de prestations a été décidée par le maître de l'ouvrage, le droit du maître d'œuvre à l'augmentation de sa rémunération est uniquement subordonné à l'existence de prestations supplémentaires de maîtrise d'œuvre utiles à l'exécution des modifications décidées par le maître de l'ouvrage. En revanche, ce droit n'est subordonné, ni à l'intervention de l'avenant qui doit normalement être signé en application des dispositions précitées de l'article 30 du décret du 29 décembre 1993, ni même, à défaut d'avenant, à celle d'une décision par laquelle le maître d'ouvrage donnerait son accord sur un nouveau montant de rémunération du maître d'œuvre.

17. Le requérant soutient qu'il est en droit d'obtenir du maître d'ouvrage la rémunération de 8 266,68 euros HT, au titre de la mission de suivi de la réalisation des travaux de remplacement du parquet, comprenant d'une part, la somme de 7 204,78 euros HT au titre des missions de base et EXE, avec un taux de rémunération de 10,72 % et, d'autre part, la somme de 1 061,90 euros HT au titre de la mission OPC, avec un taux de rémunération de 1,58 %. En se bornant à soutenir que la conclusion par le maître de l'ouvrage avec la société SHM, titulaire du lot 8 " menuiseries intérieures - équipements de vestiaires " de l'avenant n°2 du 5 novembre 2012, pour un montant de 98 058,84 euros TTC, a mécaniquement entraîné l'augmentation de sa rémunération, M. A n'apporte aucun élément de nature à démontrer l'existence de prestations supplémentaires de maîtrise d'œuvre résultant de l'exécution de modifications décidées par le maître de l'ouvrage justifiant que lui soit accordée une rémunération supplémentaire d'un montant de 8 266,68 euros TTC. En tout état de cause, le requérant, qui ne précise pas les prestations supplémentaires dont il demande la rémunération, alors que la région Normandie conteste leur réalité, ne démontre pas que celles-ci dépassent le cadre des missions initialement confiées au groupement de maîtrise d'œuvre.

18. Il s'ensuit que M. A n'est pas fondé à demander l'augmentation de sa rémunération pour les missions supplémentaires que le groupement de maitrise d'œuvre aurait effectuées.

En ce qui concerne la faute du maître d'ouvrage :

19. Aux termes de l'article 33.4 du CCAG-PI : " Lorsque la personne responsable du marché juge que les prestations, sans satisfaire entièrement aux conditions du marché, peuvent être utilisées en l'état, elle notifie au titulaire une décision motivée de les recevoir avec réfaction d'un montant déterminé. () ".

20. M. A ne peut utilement faire valoir que la région de Normandie a procédé à un détournement de pouvoir en n'utilisant pas la procédure de réception avec réfaction prévue à l'article 33.4 du CCAG prestations intellectuelles applicable au marché. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le maitre d'ouvrage a commis une faute à ce titre.

En ce qui concerne la révision des prix :

21. Aux termes d'l'article 5.5 du CCAP applicable : " La révision ci-dessus est effectuée par applicable au prix du marché d'un coefficient (C) de révision donnée par la formule / Cn = 15,00% + 85,00% (In/Io) / dans laquelle Io et In sont les valeurs prises par l'index de référence I respectivement au mois zéro et au mois n . ".

22. M. A demande la somme de 4 447,05 euros HT au titre de la révision de prix dans son décompte final. Dans ses écritures en défense, la région Normandie retient la somme de 5 201,69 euros HT à ce titre.

23. Il résulte de ce qui précède que doit être ajoutée la somme de 5 201,69 euros HT au titre de la révision des prix, en application des stipulations de l'article 5.5 du CCAP applicable, au crédit de M. A.

En ce qui concerne le montant dû au titre du solde du marché :

24. Il résulte de tout ce qui précède que, compte-tenu des montants à intégrer au crédit de M. A dans le décompte du marché de maîtrise d'œuvre soit les sommes de 183 523,64 euros HT correspondant à la rémunération des prestations effectuées, et de 5 201,69 euros HT au titre de la révision de prix, auxquelles il y a lieu de déduire la somme de 6 063,62 euros HT au titre des pénalités pour dépassement du seuil de tolérance, le décompte du marché de maîtrise d'œuvre doit être établi à la somme de 182 661,71 euros HT au crédit de M. A.

25. Au regard des acomptes versés par la région Normandie à M. A d'un montant total de 175 587,60 euros HT, il y lieu de condamner la région Normandie à verser la somme de 7 074,11 euros HT à M. A.

En ce qui concerne les intérêts moratoires :

26. Aux termes de l'article 12.5 du CCAG-PI applicable au litige : " () Les délais dont dispose la personne publique pour procéder au mandatement des acomptes, du solde et des paiements partiels définitifs sont fixés comme suit : / () Le mandatement du solde ou des paiements partiels définitifs doit intervenir dans les quarante-cinq jours suivant la réception par la personne publique du projet de décompte. () En cas de contestation sur le montant de la somme due, la personne responsable du marché fait mandater, dans les délais prévus au deuxième alinéa, les sommes qu'elle a admises. Le complément est mandaté, le cas échéant, après règlement du désaccord ; ce complément donne lieu à des intérêts moratoires au profit du titulaire. () ". Aux termes de l'article 12.7 du CCAG précité : " Le titulaire a droit à des intérêts moratoires dans les conditions réglementaires : / en cas de retard dans le mandatement tel qu'il est prévu au 5 du présent article, sauf si ce retard résulte de l'application des dispositions du 2 de l'article 6 ; () ". Aux termes de l'article 6.3 du CCAP applicable au litige : " Après constatation de l'achèvement de sa mission (), le maître d'œuvre adresse au maître de l'ouvrage une demande de paiement de solde sous forme un projet de décompte final ". Aux termes de l'article 6.4 du CCAP précité : " () Les sommes dues au(x) titulaire(s) et au(x) sous-traitant(s) de premier rang éventuel(s) seront payes dans un délai global de 45 jours à compter de la date de réception des factures ou des demandes de paiement équivalentes. / Le taux des intérêts moratoires sera celui de l'intérêt légal en vigueur à la laquelle les intérêts moratoires auront commencé à courir, augmenté de deux points ".

27. Les sommes qui sont allouées à M. A portent intérêts moratoires de 2,90% à compter du 8 décembre 2017, soit quarante-cinq jours après la date de transmission de son projet de décompte final, le 23 octobre 2017.

Sur les frais d'expertise :

28. Par arrêt n°20DA01683 de la cour administrative d'appel de Douai du 22 août 2022, les frais de l'expertise ordonnée par le président du tribunal administratif de Rouen taxés et liquidés par une ordonnance du 23 mars 2018 à la somme de 11 361,82 euros TTC sont mis définitivement à la charge de la région Normandie. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur les dépens et les conclusions présentées par la région Normandie à ce titre doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

29. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la région Normandie la somme de 1 500 euros à verser M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les conclusions présentées à ce titre par la région Normandie doivent être rejetées, M. A n'étant pas la partie perdante à la présente instance.

D E C I D E :

Article 1 : Le montant du décompte général et définitif du marché de maîtrise d'œuvre pour l'extension et la réhabilitation du gymnase du lycée Thomas Corneille à Barentin est arrêté à la somme de 182 661,71 euros HT au crédit de M. A.

Article 2 : La région Normandie est condamnée à verser à M. A la somme de 7 074,11 euros HT, assortie des intérêts moratoires à compter du 8 décembre 2017.

Article 3 : La région Normandie versera la somme de 1 500 euros à M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la région Normandie.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Van-Mulder, présidente,

- M. Armand, premier conseiller,

- Mme Favre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juin 2025.

La rapporteure,

L.FAVRE

La présidente,

C.VAN MUYLDER Le greffier,

J.-B. MIALON

La République mande et ordonne au préfet de la région Normandie en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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