lundi 17 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2301508 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique 4 |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 11 avril 2023, enregistrée le 13 avril 2023 au greffe du tribunal de Rouen, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis au tribunal administratif de Rouen la requête de M. A B, enregistrée au greffe du tribunal de Cergy-Pontoise le 18 mai 2022 sous le numéro 2207541.
Par une requête, enregistrée le 18 mai 2022, M. A B demande au tribunal l'annulation de la décision du 5 mai 2022 par laquelle Pôle emploi Normandie a maintenu sa décision de radiation de la liste des demandeurs d'emploi pour une durée de 6 mois et a supprimé ses allocations.
Il fait valoir que :
- la décision de Pôle emploi est injuste car il ne demande pas l'effacement de sa dette mais qu'un échéancier lui soit accordé ;
- il ne conteste pas les fraudes dont il est accusé ;
- sa demande de mettre un échéancier en place sur vingt-quatre mois est juste dès lors que sa situation financière ne lui permet pas de subvenir aux besoins de ses trois enfants.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2023, Pôle emploi Normandie conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la décision litigieuse est justifiée et légale dès lors que M. B a multiplié sciemment des manquements aux devoirs qui lui incombaient en tant que demandeur d'emploi ;
- le moyen tiré des difficultés financières qu'aurait engendrées la décision de radiation est inopérant ;
- M. B a bénéficié d'un plan Banque de France qui, suite à un jugement du 31 mars 2023, a décidé le rétablissement personnel sans liquidation judiciaire, que dès lors la proposition d'échéancier n'a plus lieu d'être car toutes ses dettes ont été effacées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Van Muylder, vice-présidente, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, en présence de M. Mialon, greffier d'audience, le rapport de Mme Van Muylder.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B est régulièrement inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi depuis 2010. Il a bénéficié d'une ouverture de droits aux allocations chômage appelées Allocation de Sécurisation Professionnelle (ASP) à la suite de son licenciement le 10 novembre 2020. A compter du mai 2021, Pôle emploi a reçu de la part d'une agence d'intérim des remontées informatiques leur signalant que M. B travaille pour eux régulièrement, sans que l'intéressé ne l'ai déclaré. Par une décision du 25 avril 2022, que M. B conteste devant le tribunal, Pôle emploi Normandie l'a radié de la liste de demandeurs d'emploi à compter du 25 avril 2022 et a supprimé définitivement ses allocations.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 5411-1 du code du travail : " A la qualité de demandeur d'emploi toute personne qui recherche un emploi et demande son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi auprès de Pôle emploi. " Aux termes de l'article L. 5411-2 du code du travail : " Les demandeurs d'emploi renouvellent périodiquement leur inscription selon des modalités fixées par arrêté du ministre chargé de l'emploi et la catégorie dans laquelle ils ont été inscrits. Ils portent également à la connaissance de Pôle emploi les changements affectant leur situation susceptible d'avoir une incidence sur leur inscription comme demandeurs d'emploi. ". Aux termes de l'article L. 5412-2 du code du travail : " Est radiée de la liste des demandeurs d'emploi, dans des conditions déterminées par un décret en Conseil d'Etat, la personne qui a fait de fausses déclarations pour être ou demeurer inscrite sur cette liste ". Aux termes de l'article R. 5412-5 du code du travail : " La radiation de la liste des demandeurs d'emploi entraîne l'impossibilité d'obtenir une nouvelle inscription : () 3° Pendant une période dont la durée est comprise entre six et douze mois consécutifs lorsque sont constatées les fausses déclarations mentionnées à l'article L. 5412-2. (.) ". Aux termes de l'article R. 5411-6 du même code : " Les changements affectant la situation au regard de l'inscription ou du classement du demandeur d'emploi et devant être portés à la connaissance de Pôle emploi, en application du second alinéa de l'article L. 5411-2, sont les suivants : 1° L'exercice de toute activité professionnelle, même occasionnelle ou réduite et quelle que soit sa durée ;() ". L'article R. 5411-7 du même code dispose que : " Le demandeur d'emploi porte à la connaissance de Pôle emploi les changements de situation le concernant dans un délai de soixante-douze heures. ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 5426-2 du code du travail : " Le revenu de remplacement est supprimé par Pôle emploi dans les cas mentionnés aux 1° à 3° de l'article L. 5412-1, à l'article L. 5412-2 et au II de l'article L. 5426-1-2. / Il est également supprimé en cas de fraude ou de fausse déclaration. Les sommes indûment perçues donnent lieu à remboursement. ". L'article R. 5426-3 du même code prévoit que : " Le directeur mentionné à l'article R. 5312-26 supprime le revenu de remplacement mentionné à l'article L. 5421-1 pour une durée limitée ou définitivement selon les modalités suivantes : () 3° En cas de manquement mentionné à l'article L. 5412-2 et, en application du deuxième alinéa de l'article L. 5426-2, en cas d'absence de déclaration, ou de déclaration mensongère du demandeur d'emploi, faites en vue de percevoir indûment le revenu de remplacement, il supprime ce revenu de façon définitive. Toutefois, lorsque ce manquement est lié à une activité non déclarée d'une durée très brève, le revenu de remplacement est supprimé, en cas de premier manquement, pour une durée de deux à six mois et, en cas de manquements répétés, de façon définitive. () ". Aux termes de l'article R. 5412-4 du code du travail : " Le retrait du bénéfice du revenu de remplacement pour l'un des motifs énumérés à l'article R. 5426-3 entraîne pour l'intéressé la radiation de la liste des demandeurs d'emploi ". Aux termes de l'article R. 5412-6 de ce code : " Lorsque la radiation est prononcée en application des dispositions de l'article R. 5412-4, sa durée est égale à la durée de la suppression du revenu de remplacement. En cas de suppression définitive du revenu de remplacement, la durée de la radiation est comprise entre six et douze mois consécutifs. Toutefois, lorsque la suppression définitive concerne un manquement lié à une activité non déclarée d'une durée très brève, la durée de la radiation est de six mois ".
4. Il résulte des dispositions précitées que la radiation d'une personne de la liste des demandeurs d'emploi a le caractère d'une sanction que l'administration inflige à un administré. Compte tenu des pouvoirs dont il dispose pour contrôler une sanction de cette nature, le juge se prononce sur la contestation dont il est saisi comme juge de plein contentieux.
5. Il résulte de l'instruction, et n'est d'ailleurs pas contesté, que M. B n'a pas déclaré auprès de Pôle emploi avoir repris une activité intérimaire pendant la période allant des mois de mai 2021 à juillet 2021, période de deux mois qui ne saurait être regardée comme étant " d'une durée très brève " au sens des dispositions de l'article R. 5412-6 précité du code du travail. Pour contester la décision attaquée, le requérant soutient qu'il n'a pas fraudé pour s'enrichir mais pour subvenir aux besoins de ses trois enfants, qu'il a plusieurs dettes et que sa demande d'échéancier est justifiée. Toutefois, de telles circonstances sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Au demeurant, M. B a bénéficié de l'effacement de ses dettes par un jugement du tribunal judiciaire d'Evreux du 31 mars 2023.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à France Travail Normandie.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juin 2024.
La magistrate désignée,
Signé : C. VAN MUYLDER
Le greffier,
Signé : J-B. MIALON
La République mande et ordonne au ministre du travail et de l'insertion professionnelle, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
J.-B. MIALON
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
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