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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2301719

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2301719

vendredi 26 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2301719
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSEYREK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 avril 2023, le préfet de la Seine-Maritime demande au juge des référés d'ordonner l'expulsion immédiate de Mme B C occupante de l'hébergement d'urgence pour demandeur d'asile (HUDA) dénommé Adoma au 74 boulevard de Graville au Havre et domiciliée au sein du CADA 74 boulevard de Graville 76 600 Le Havre.

Il soutient que :

- les conditions tenant à l'urgence et à l'utilité de la mesure sont remplies ;

- Mme C se maintient illégalement dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 mai 2023, Mme B C représentée par Me Seyrek, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2000 euros soit mise à la charge de l'Etat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

-la requête est irrecevable en raison d'une erreur d'adresse de l'appartement devant être libéré ;

-en raison de son recours devant la Cour nationale du droit d'asile, elle bénéficie du droit de se maintenir dans les lieux ;

-elle est en situation de vulnérabilité en raison de la présence à ses côtés de ses trois enfants mineurs scolarisés et que deux de ses enfants ont des problèmes de santé ;

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme A comme juge des référés ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Après avoir régulièrement convoqué les parties à une audience publique,

Au cours de l'audience publique, tenue le 24 mai 2023 à 9 heures 15 en présence de Mme Henry, greffière, Mme A a lu son rapport et entendu les observations de Me Seyrek pour Mme C qui reprend les conclusions et moyens de son mémoire.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.

A l'issue de l'audience est intervenue la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes l'article L. 551-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L.552-15 du même code dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L.521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ". Aux termes de l'article L.521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

2. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été rejetée par l'OFPRA sur le fondement de l'article L.531-32 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

3. Mme C, ressortissante congolaise est entrée en France le 12 avril 2022 accompagnée de ses trois enfants mineurs. Elle a sollicité le statut de réfugiée et a bénéficié, en qualité de demandeur d'asile, d'un accueil dans les conditions prévues par les dispositions du code de l'action sociale et des familles au sein du centre d'hébergement d'urgence pour demandeur d'asile (HUDA) dénommé Adoma à compter du 22 septembre 2022. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), par décision d'irrecevabilité du 5 décembre 2022 prise sur le fondement du 1° de l'article L.531-32 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'Office français de l'immigration et de l'intégration a pris à son égard une décision de sortie des conditions matérielles d'accueil le 27 janvier 2023 l'informant de prendre ses dispositions pour quitter le centre d'accueil avant le 31 janvier 2023 avec la possibilité de prolonger ce délai d'un mois. Une mise en demeure de quitter les lieux dans un délai de vingt et un jours lui a été adressée par le préfet de la Seine-Maritime par courrier du 8 mars 2023 notifiée le 17 mars 2023.

4. En premier lieu, compte tenu de la situation de tension élevée quant aux places disponibles dans les diverses structures d'accueil des demandeurs d'asile, surtout en Seine-Maritime, et compte tenu des disponibilités du dispositif national d'accueil des demandeurs d'asile ainsi que du taux de présence indue dans les structures d'accueil, tous éléments justifiés par les données actualisées au mois de mars 2023 versées au dossier, la satisfaction des besoins d'accueil des demandeurs d'asile est compromise par le maintien de l'intéressée dans l'HUDA. Par suite, la libération des lieux occupés par Mme C, au 74 boulevard de Graville 76 600 Le Havre ainsi que cela résulte des écritures du préfet malgré l'erreur de plume commise dans le paragraphe conclusif de ses écritures sur l'adresse des lieux occupés, présente, en principe, un caractère d'urgence et d'utilité.

5. En deuxième lieu, il résulte des éléments rappelés au point 3 que la demande d'asile de la requérante a été déclarée irrecevable par l'OFPRA au motif, prévu par le 1° de l'article L. 531-32 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'elle bénéficiait déjà d'une protection effective au titre de la protection subsidiaire dans un Etat membre de l'Union européenne. Dans un tel cas, ainsi qu'en dispose le a) du 1° de l'article L. 542-2 du même code, par dérogation à l'article L. 542-1, son droit de se maintenir sur le territoire français avait pris fin alors même qu'un recours a été formé devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Or, il résulte du principe rappelé au point 2 de la présente ordonnance, que le législateur a entendu ne pas maintenir le bénéfice de l'accueil dans les lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile des demandeurs d'asile dont la demande a été rejetée par l'OFPRA sur le fondement du 1° de l'article L.531-32 susvisé. Contrairement à ce qu'elle allègue, Mme C a été informée des modalités de fin de prise en charge inscrite pour ce qui la concerne à l'article 4, II du contrat d'engagement qu'elle a signé le 22 septembre 2022. Dès lors, la requérante a perdu le droit de se maintenir en centre d'hébergement à compter du 5 décembre 2022.

6. Mme C fait valoir qu'elle est en situation de vulnérabilité dès lors que dépourvue de revenus, elle a trois enfants mineurs à charge âgés de trois, neuf et treize ans et scolarisés dont les deux plus jeunes ont des problèmes de santé. Elle ne produit toutefois aucun document médical relatif à l'état de santé de ses enfants, les déclarations faites sur les formulaires destinés à la restauration scolaire et aux activités périscolaires au titre de l'année 2022-2023 ne revêtant sur ce point aucune valeur probante. En outre, elle n'établit ni même n'allègue qu'elle aurait tenté vainement de se voir attribuer un logement d'urgence. Ainsi, nonobstant la scolarisation de ses enfants, elle ne démontre pas la situation de vulnérabilité dont elle se prévaut.

7. Toutefois, si la libération des lieux en cause par Mme C présente un caractère d'urgence et d'utilité qui ne se heurte à aucune contestation sérieuse, il y a lieu, pour lui permettre de faire valoir son droit à un hébergement d'urgence, d'accorder un délai d'un mois avant la mise à exécution d'office de cette mesure.

8. Il résulte de ce qui précède que le préfet de la Seine-Maritime est fondé à demander d'enjoindre à Mme C, qui a perdu la qualité de demandeur d'asile, d'évacuer sans délai l'hébergement situé au 74 boulevard de Graville 76 600 Le Havre, relevant du centre d'hébergement d'urgence pour demandeur d'asile (HUDA) dénommé Adoma.

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative auxquelles renvoie l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante, la somme que Mme C demande sur leur fondement.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à Mme C et à tous occupants de son chef de libérer l'hébergement d'urgence pour demandeur d'asile (HUDA) dénommé Adoma au 74 boulevard de Graville au Havre 76 600 Le Havre.

Article 2 : En l'absence de départ volontaire de Mme C, le préfet de la Seine-Maritime pourra procéder d'office à son évacuation, passé un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, avec le concours de la force publique et aux frais et risques de l'intéressée.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur, à Me Seyrek et à Mme B C.

Copie en sera transmise au préfet de Seine-Maritime, au procureur de la République près le Tribunal judiciaire de Rouen, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Fait à Rouen, le 26 mai 2023.

La juge des référés,

C. A

La greffière,

C. HENRY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2301719

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