jeudi 28 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2302000 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
| Avocat requérant | N.O.A. ORENSTEIN DE COUESSIN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 17 mai 2023 et le 5 octobre 2023, Mme D A épouse B, représentée par la société NOA Orenstein de Couessin Avocats, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°)à titre principal, d'annuler les décisions du 18 janvier 2023 de la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Seine-Maritime mettant à sa charge un indu de revenu de solidarité active (RSA) et du 27 mars 2023 du président du conseil départemental de la Seine-Maritime refusant d'annuler cet indu ;
3°)à titre subsidiaire, de réduire à de plus juste proportion l'indu réclamé et lui accorder la remise totale de son indu ;
4°)à titre infiniment subsidiaire, de lui accorder la remise gracieuse de son indu.
5°)de lui accorder la somme de 1 000 euros au titre du 2e alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser directement à son conseil.
Elle soutient :
* en ce qui concerne la légalité externe :
- que les décisions n'ont pas été adoptée par une autorité compétente ;
- que la décision du 18 janvier 2023 n'est pas motivée ;
- que les décisions n'ont pas été adoptées à la suite d'une procédure régulière dès lors qu'elle n'a pas été informée sur l'origine des informations et documents obtenus par le droit de communication et qu'elle n'a pas été mise à même de présenter ses observations dans la mesure où il ne lui a pas été indiqué qu'elle pouvait présenter ses observations et dans quel délai ;
* en ce qui concerne la légalité interne :
- que les décisions reposent sur des faits inexacts dans la mesure où elle n'a pas effectué de fausses déclarations car il ne lui a pas été indiqué qu'elle devait déclarer les sommes avancées par ses amis ou sa famille ; que la déclaration de ces sommes n'était pas indiquée dans le précédent contrôle ;
- que les sommes qu'elle a versées à son petit fils ne peuvent pas être regardées comme des ressources de celui-ci ;
- que les sommes prises en compte par l'administration, qui correspondent à des prêts, des remboursements d'assurance, des remboursements d'achats et de frais kilométriques ne sont pas des ressources à prendre en compte pour la détermination du RSA ;
- que les décisions procèdent d'une erreur de droit car la prescription biennale ne peut être levée que pour fraude, ce qui n'a pas eu lieu ;
- que les sommes réclamées ne sont pas justifiées et qu'elle était en droit de percevoir le RSA pour les périodes d'avril à juin 2020, d'avril à juin 2021 et de juillet à décembre 2022.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 13 juillet 2023, le département de la Seine-Maritime, représenté par le président du conseil départemental, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les conclusions dirigées contre la décision du 18 janvier 2023 sont irrecevables dès lors que la décision du 27 mars 2023, rejetant le recours administratif préalable obligatoire, s'y est substituée, et que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu :
* la décision du 31 mai 2023 admettant Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
* la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Deflinne en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
* la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
* les autres pièces du dossier.
Vu :
* le code de l'action sociale et des familles ;
* le code de la sécurité sociale ;
* le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Deflinne, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
À l'issue de l'audience, l'instruction a été clôturée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B bénéficiait d'un droit au RSA depuis sa demande du 29 octobre 2018. Le remboursement d'un indu d'un montant de 4 054,91 euros lui a été réclamé le 28 juin 2019 en raison d'un défaut de déclaration de certaines de ses ressources. Un nouvel indu, d'un montant de 4 464,21 euros lui était adressé le 6 janvier 2022 en raison d'une absence de déclaration trimestrielle de ressources. Suite à un nouveau constat d'incohérences relevées dans le cadre d'un contrôle de ses ressources, la requérante s'est vu réclamer, le 18 janvier 2023, la somme de 15 309,63 euros au titre d'un indu de RSA socle INK-005 pour la période de janvier 2021 à décembre 2022. Il était également indiqué à Mme B sa radiation du bénéfice du RSA à compter du 1er janvier 2020. L'intéressée a contesté ces deux dernières décisions le 13 février 2023. Ses recours ont été rejetés par le président du conseil départemental de la Seine-Maritime le 27 mars 2023. Mme B demande au tribunal l'annulation des décisions du 18 janvier 2023 et du 27 mars 2023 ainsi, à titre subsidiaire, que la réduction de son indu ou la remise gracieuse de celui-ci.
Sur les conclusions dirigées contre la décision du 18 janvier 2023 :
2. La contestation juridictionnelle des mesures relatives au RSA doit, à peine d'irrecevabilité, être précédée d'un recours administratif. En raison du caractère obligatoire de ce recours préalable, la décision qui intervient à sa suite se substitue à la décision initiale. Ainsi, c'est à bon droit que le département de la Seine-Maritime oppose une fin de non-recevoir à l'encontre des conclusions tendant à l'annulation de la décision du 18 janvier 2023, à laquelle s'est substituée celle du 27 mars 2023.
Sur les conclusions dirigées contre la décision du 27 mars 2023 :
3. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de RSA, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu.
4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme E C, qui a signé la décision en litige, disposait d'une délégation du président du département de la Seine-Maritime du 5 juillet 2021 régulièrement publiée, afin de signer les décisions relatives aux recours administratifs préalables obligatoires en matière de RSA. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision doit donc être écarté.
5. En deuxième lieu, la décision comporte les éléments de droit et de faits qui la fondent. Elle est ainsi suffisamment motivée.
6. En troisième lieu, contrairement à ce qu'elle soutient, Mme B a été informée, dans le cadre de l'enquête diligentée mais également par courrier du 17 octobre 2022, de la possibilité qu'elle avait de présenter des observations. Par suite, le moyen tiré du défaut de caractère contradictoire de la procédure suivi doit être écarté.
7. En quatrième lieu, il résulte des articles L. 262-16 et L. 262-40 du code de l'action sociale et des familles et des articles L. 114-19 et L. 114-21 du code de la sécurité sociale que les CAF et les caisses de mutualité sociale agricole, chargées du service du RSA, réalisent les contrôles relatifs à cette prestation d'aide sociale selon les règles, procédures et moyens d'investigation applicables aux prestations de sécurité sociale, au nombre desquels figurent le droit de communication instauré par l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale au bénéfice des organismes de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations qu'ils servent, ainsi que les garanties procédurales qui s'attachent, en vertu de l'article L. 114-21 du même code, à l'exercice de ce droit par un organisme de sécurité sociale.
8. Il incombe ainsi à l'organisme ayant usé du droit de communication, avant la suppression du service de la prestation ou la mise en recouvrement, d'informer l'allocataire à l'encontre duquel est prise la décision de supprimer le droit au RSA ou de récupérer un indu de RSA tant de la teneur que de l'origine des renseignements qu'il a obtenus de tiers par l'exercice de son droit de communication et sur lesquels il s'est fondé pour prendre sa décision. Cette obligation a pour objet de permettre à l'allocataire, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la récupération de l'indu ou la suppression du service de la prestation, afin qu'il puisse vérifier l'authenticité de ces documents et en discuter la teneur ou la portée. L'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale institue ainsi une garantie au profit de l'intéressé.
9. Toutefois, la méconnaissance de ces articles par l'organisme demeure sans conséquence sur le bien-fondé de la décision prise s'il est établi qu'eu égard à la teneur du renseignement, nécessairement connu de l'allocataire, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, de cette garantie.
10. D'une part, Mme B, à qui la possibilité en a été offerte, n'a pas sollicité la communication des pièces qui auraient été obtenues par l'exercice du droit de communication et qui auraient pu fonder un rappel des prestations versées. D'autre part, il résulte de l'instruction que pour retenir l'existence d'absence de déclaration de sommes perçues par Mme B, le service s'est fondé sur les relevés bancaires de l'intéressée, éléments nécessairement connus de celle-ci. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie en raison du défaut d'information relative aux pièces obtenues par le droit de communication doit être écarté.
11. En cinquième lieu, les bénéficiaires du RSA ne détiennent aucun droit à ce que l'administration les informe de façon spécifique sur les sommes qui doivent figurer dans leurs déclarations de ressources, alors qu'une notice complète est mise à leur disposition.
12. En sixième lieu, l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles dispose que : " L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine notamment : () 2° Les modalités d'évaluation des ressources, y compris les avantages en nature. L'avantage en nature lié à la disposition d'un logement à titre gratuit est déterminé de manière forfaitaire ; () 4° Les prestations et aides sociales qui ne sont pas incluses dans le calcul des ressources à raison de leur finalité sociale particulière ". L'article R. 262-6 du même code prévoit que : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par les biens mobiliers et immobiliers et par les capitaux ". L'article R. 262-11 du même code prévoit de façon limitative les ressources qui, pour l'application de l'article R. 262-6 du code, ne sont pas prises en compte dans la détermination du RSA.
13. Il résulte des dispositions législatives et réglementaires précitées, d'une part, que les aides apportées par des proches ne sauraient être assimilées ni à des " aides et secours financiers dont le montant et la périodicité n'ont pas de caractère régulier ", ni à des " aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation " mentionnés au 14° de l'article R. 262-11 du code de l'action sociale et des familles, lequel vise, en application du 4° de l'article L. 262-3 du même code, des prestations et aides sociales à finalité sociale particulière. Par suite, alors que Mme B, en ne produisant que des attestations ne mentionnant pas les conditions de remboursement des sommes présentées comme prêtées et ne formalisant aucun engagement de sa part, ne justifie pas du caractère de prêts des sommes en litige, c'est à bon droit que l'administration a regardé ces sommes comme constitutives de ressources devant être déclarées. D'autre part, les remboursements au titre des assurances ne figurent pas dans la liste des sommes exclues de la détermination du RSA par les dispositions de l'article R. 262-11 du code de l'action sociale et des familles. Enfin, Mme B ne justifie pas par les pièces produites de la réalité des frais kilométriques exposés. Le moyen tiré de l'erreur de droit commise en retenant l'ensemble de ces sommes au titre des ressources devant être déclarées doit ainsi être écarté.
14. En septième lieu, la circonstance que Mme B ait décidé de verser certaines des ressources perçues à son petit-fils ne fait pas obstacle à ce que celles-ci soient elles-mêmes regardées comme des ressources de ce dernier.
15. En huitième lieu, au regard de la durée des omissions, de l'ampleur des sommes en jeu et alors que Mme B avait déjà été alertée sur de précédentes omissions déclaratives ayant conduit à la constatation d'indus de RSA, c'est sans erreur d'appréciation que l'administration a considéré que l'intéressée avait commis une fraude et, par suite, a levé la prescription biennale de récupération.
16. En dernier lieu, si Mme B soutient qu'elle n'a pas perçu l'ensemble des sommes réclamées et qu'elle avait par ailleurs droit au RSA pour les périodes d'avril à juin 2020, d'avril à juin 2021 et de juillet à décembre 2022, elle n'apporte aucune justification ou commencement de preuve de sorte que ces moyens doivent être écartés.
Sur les conclusions à fin de remise gracieuse :
17. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, dans sa rédaction applicable au litige : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () ". Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.
18. Mme B, dont la bonne foi ne peut pas être regardée comme établie, ne fait en tout état de cause valoir aucun élément relatif à sa précarité de sorte qu'elle n'est pas fondée à solliciter la remise gracieuse, partielle ou totale de sa dette.
19. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des conclusions doivent être rejetées, y compris celles relatives aux frais liés à l'instance.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A Épouse B, à la société NOA Orenstein de Couessin Avocats et au président du conseil départemental de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2024
Le magistrat désigné,
signé
T. DEFLINNE
Le greffier,
signé
J.-L. MICHEL
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2302000
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026