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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2302082

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2302082

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2302082
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantGRAY SCOLAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 29 mai 2023, le 16 octobre 2023 et le 13 décembre 2023, Mme B C, Mme H C, Mme I C, Mme D C, agissant tant en leur nom personnel qu'en leur qualité d'ayants droit de M. G C, représentés par Me Cherrier, demandent au juge des référés :

1°) de prescrire une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, portant sur les conditions de la prise en charge médicale de M. G C à compter du mois d'octobre 2022 par l'EHPAD d'Harcourt ;

2°) de mettre à la charge de l'EHPAD l'avance des frais d'expertise ainsi que les entiers dépens au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 19 juin 2023 et le 23 novembre 2023, l'EHPAD d'Harcourt, représenté par Me Scolan, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

2. Pour s'opposer à l'expertise sollicitée, l'EHPAD d'Harcourt fait valoir, dans le dernier état de ses écritures, que l'expertise amiable, confiée au Dr A, qui s'est tenue le 13 septembre 2023, a permis de répondre à l'ensemble des questions posées par les consorts C. Toutefois, ces derniers, en s'appuyant sur une note établie le 11 octobre 2023 à leur demande par le Dr F, contestent les conclusions de ce rapport notamment sur les questions du taux de perte de chance de survivre ainsi que sur le préjudice esthétique qu'aurait notamment présenté le défunt. Eu égard à ces points de désaccords, la demande d'expertise présente une utilité. Dans ces conditions, il y a lieu de faire droit à la demande des consorts C présentée sur le fondement des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

3. Aux termes de l'article R. 621-12 du code de justice administrative : " Le président de la juridiction () peut, soit au début de l'expertise, soit au cours de l'expertise () accorder aux experts et aux sapiteurs, sur leur demande, une allocation provisionnelle sur le montant de leur honoraires et débours. Il précise la ou les parties qui devront verser ces allocations. Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, cette allocation provisionnelle est, en principe, mise à la charge de la partie qui a demandé le prononcé de la mesure d'expertise. Toutefois, pour des raisons d'équité, elle peut être mise à la charge d'une autre partie ou partagée entre les parties. La décision ne peut faire l'objet d'aucun recours. " Aux termes de l'article R. 621-13 du même code : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Ces frais et honoraires sont, en principe, mis à la charge de la partie qui a demandé le prononcé de la mesure d'expertise. Toutefois, pour des raisons d'équité, ils peuvent être mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ".

4. Il résulte des dispositions précitées qu'il appartient au seul président de la juridiction de désigner la ou les parties qui assumeront la charge de l'éventuelle allocation provisionnelle ou, après l'accomplissement de l'expertise, des frais et honoraires de celle-ci. Il suit de là que les conclusions présentées par les requérants portant sur la mise à la charge des frais d'expertise ne peuvent qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Le Dr E J, élisant domicile à la clinique de l'Europe, service des urgences, 73 boulevard de l'Europe, à Rouen (76100), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission :

1°) de convoquer l'ensemble des parties ;

2°) de se faire communiquer l'ensemble des éléments qu'il estimera utiles au bon accomplissement de sa mission et d'entendre tout sachant ;

3°) de décrire l'état de santé de M. G C avant le 12 octobre 2022, date de survenue de son état comateux et de son transfert aux centre hospitaliers de Bernay puis d'Evreux ;

4°) de décrire les soins qui lui ont été prodigués par l'EHPAD d'Harcourt et de dire s'ils ont été consciencieux, attentifs, et conformes aux données acquises de la science ou si, le cas échéant, des manquements ont été commis ;

5°) de déterminer, le cas échéant, l'existence d'une perte de chances pour l'intéressé d'avoir échappé aux complications en cause et de chiffrer cet éventuel taux de perte de chances lié notamment aux manquements invoqués ;

6°) d'évaluer les préjudices découlant de l'état de santé de M. C, à compter du 12 octobre 2022, en distinguant, s'il y a lieu, les préjudices découlant des manquements relevés de ceux découlant de l'état initial de l'intéressé :

a. Préjudices patrimoniaux temporaires :

- Dépenses de santé actuelles ;

- Pertes de gains professionnels actuels ;

- Frais divers ;

b. Préjudices patrimoniaux permanents :

- Dépenses de santé futures ;

- Frais de logement adapté ;

- Frais de véhicule adapté ;

- Assistance par tierce personne ;

- Pertes de gains professionnels futurs ;

- Incidence professionnelle ;

- Préjudice scolaire, universitaire ou de formation ;

c. Préjudices extrapatrimoniaux temporaires :

- Déficit fonctionnel temporaire ;

- Souffrances endurées ;

- Préjudice esthétique temporaire ;

d. Préjudices extrapatrimoniaux permanents :

- Déficit fonctionnel permanent ;

- Préjudice d'agrément ;

- Préjudice esthétique permanent ;

- Préjudice sexuel ;

- Préjudice d'établissement ;

- Préjudices permanents exceptionnels.

7°) de se faire communiquer le relevé des débours de l'organisme social et d'indiquer si les frais qui y sont inclus sont en relation directe avec le manquement relevé.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 3 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe par voie électronique, dans les six mois suivant la notification de la présente ordonnance. En application des dispositions de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, des copies du rapport seront notifiées aux parties par l'expert. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 4 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C, à Mme H C, à Mme I C, à Mme D C, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure, à l'EHPAD d'Harcourt et au Dr E J, expert.

Fait à Rouen, le 21 décembre 2023.

La juge des référés,

A. GAILLARD

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