lundi 21 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2302107 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 mai 2023, et des pièces complémentaires produites le 8 juin 2023, Mme B A doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 mai 2023 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Eure a rejeté sa demande de remise gracieuse de son indu d'aide personnalisée au logement de 261,98 euros ;
2°) de lui accorder la remise gracieuse partielle de sa dette et un échéancier de paiement ;
3°) ou, à titre subsidiaire, la remise gracieuse totale de sa dette.
Elle soutient que :
- elle est de bonne foi dès lors qu'elle a toujours déclaré correctement ses ressources dans ses déclarations trimestrielles de ressources et dans les délais impartis ;
- le quotient familial de 1 138 euros qui a été pris en compte est erroné ;
- elle se trouve dans une situation financière précaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2023, la caisse d'allocations familiales de l'Eure conclut au rejet de la requête.
La caisse soutient que la requérante n'est pas fondée à solliciter une remise gracieuse de sa dette dès lors qu'elle ne justifie pas de la précarité de sa situation.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Jeanmougin en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, Mme Jeanmougin, magistrate désignée, a présenté son rapport, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
A l'issue de l'audience, l'instruction a été clôturée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, bénéficiaire de l'aide personnalisée au logement depuis 2017, s'est vu notifier, par courrier du 22 avril 2023 du directeur de la caisse d'allocations familiales (CAF) de l'Eure un indu d'aide personnalisée au logement (APL) de 261,98 euros au titre de la période du 1er janvier 2023 au 30 avril 2023. Le 24 avril 2023, elle a sollicité la remise gracieuse de sa dette. Par une décision du 15 mai 2023, le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Eure a rejeté sa demande de remise de dette. Mme A doit être regardée comme demandant au tribunal d'une part, l'annulation de la décision du 15 mai 2023 par laquelle le directeur de la CAF de l'Eure a rejeté sa demande de remise gracieuse et, d'autre part, la remise gracieuse partielle ou totale de sa dette ainsi que l'établissement d'un échéancier de paiement.
2. Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale, applicable, en vertu des dispositions de l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation, aux aides personnelles au logement dont fait partie l'aide personnalisée au logement : " Tout paiement indu de prestations familiales est récupéré () par retenues sur les prestations à venir ou par remboursement intégral de la dette en un seul versement si l'allocataire opte pour cette solution. () / Toutefois, par dérogation aux dispositions des alinéas précédents, la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations. ". Aux termes de l'article L. 825-3 du code de la construction et de l'habitation : " Le directeur de l'organisme payeur statue, dans des conditions fixées par voie réglementaire, sur : () 2° Les demandes de remise de dettes présentées à titre gracieux par les bénéficiaires des aides personnelles au logement. ".
3. Lorsqu'il statue sur une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'allocation personnalisée au logement, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise.
4. En premier lieu, il résulte des dispositions combinées des articles D. 553-1 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale que l'appréciation des disponibilités financières des allocataires lors de l'examen de leur demande de remise gracieuse d'aide personnalisée au logement par la caisse d'allocations familiales est déterminée en fonction de la composition de leur foyer, des ressources de ce foyer, des charges de logement et des prestations qui leur sont servies. A cet égard, si Mme A soutient que le quotient familial qui lui a été adressé par la CAF diffère de celui mentionné dans la décision en litige, cette différence tient à la prise en compte, par l'organisme social, dans le cadre de l'examen des demandes de remise de dette, des prestations versées, ce dont il n'est pas tenu compte dans le cadre de la communication avec les allocataires. Cette détermination du quotient familial des allocataires, qui constitue un élément objectif permettant d'apprécier l'état de précarité des demandeurs d'une remise gracieuse, ne lie en tout état de cause pas l'examen que le juge du plein contentieux porte sur cet état. Il ne résulte en outre pas de l'instruction, compte tenu des éléments apportés par la caisse d'allocations familiales, que le quotient familial pris en compte pour l'examen de la demande de remise gracieuse aurait été erroné.
5. En deuxième lieu, pour solliciter la remise gracieuse de sa dette, Mme A invoque ses difficultés financières et soutient notamment qu'elle élève seule ses deux enfants dont un en situation de handicap, et qu'elle occupe un emploi à temps partiel. Toutefois, il résulte de l'instruction, compte tenu des pièces produites par la requérante, que si cette dernière doit faire face à des charges courantes d'au-moins 900 euros, elle bénéficie de près de 2 600 euros de ressources dont environ 1 800 euros de prestations sociales. Dès lors, Mme A n'établit pas être dans une situation de précarité telle qu'elle ne pourrait pas faire face, au jour du jugement, au paiement de sa dette d'aide personnalisée au logement de 261,98 euros.
6. En dernier lieu, si Mme A demande au tribunal de lui accorder un échéancier de paiement pour le remboursement de sa dette, il n'appartient toutefois pas au tribunal de lui accorder directement un tel échéancier mais à l'intéressée d'en solliciter un auprès des services de la caisse d'allocations familiales.
7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition relative à la bonne foi, que Mme A n'est fondée à demander ni l'annulation de la décision rejetant sa demande de remise gracieuse de l'indu d'aide personnalisée au logement de 261,98 euros ni la remise gracieuse de sa dette et que ses conclusions présentées au titre de l'échéancier de paiement doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la caisse d'allocations familiales de l'Eure et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.
La magistrate désignée,
signé
H. JEANMOUGINLe greffier,
signé
J.-L. MICHEL
La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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