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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2302160

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2302160

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2302160
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationURGENCES JU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en urgence, a rejeté la demande de M. B qui sollicitait l'annulation de la décision de la CAF de la Seine-Maritime lui accordant une remise partielle de son indu de prime d'activité de 4 801,81 euros, ainsi qu'une remise gracieuse totale de sa dette. Le tribunal a estimé que M. B ne justifiait pas de la précarité de sa situation financière, son foyer percevant plus de 3 500 euros de ressources mensuelles, et n'a pas retenu sa bonne foi. La solution a été fondée sur les articles L. 845-3 et R. 846-5 du code de la sécurité sociale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 mai 2023, et un mémoire enregistré le 27 juin 2023, M. A B doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 avril 2023 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime lui a accordé une remise gracieuse partielle de son indu de prime d'activité de 4 801,81 euros, à hauteur de la seule somme de 2 400,91 euros ;

2°) de lui accorder la remise gracieuse totale de sa dette.

M. B soutient que :

- il est de bonne foi dès lors qu'il a suivi les indications des services de la caisse d'allocations familiales pour la déclaration de sa rente d'invalidité dans ses déclarations trimestrielles de ressources ;

- il se trouve dans une situation financière précaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2024, la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

La caisse fait valoir que le requérant n'est pas fondé à solliciter une remise gracieuse supplémentaire dès lors qu'il n'est pas de bonne foi et qu'il ne justifie pas de la précarité de sa situation.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Jeanmougin en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, à laquelle aucune partie n'était présente ni représentée, Mme Jeanmougin, magistrate désignée, a présenté son rapport.

A l'issue de l'audience, l'instruction a été clôturée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est bénéficiaire de la prime d'activité depuis fin 2018. Par une décision du 29 novembre 2022, la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime a mis à sa charge un indu de 4 801,81 euros au titre de la prime d'activité pour la période du 1er mars 2021 au 30 juin 2022. Le requérant doit être regardé comme demandant au tribunal l'annulation de la décision du 14 avril 2023 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Seine-Maritime lui a accordé une remise partielle de son indu de prime d'activité, à hauteur de la seule somme de 2 400,91 euros, ainsi que la remise gracieuse totale de sa dette.

2. Aux termes de l'article L. 845-3 du code de sécurité sociale : " Tout paiement indu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service. () / La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. ". Aux termes de l'article R. 846-5 du même code : " Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire de la prime d'activité ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté manifeste de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.

4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu de prime d'activité, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire.

5. Il résulte de l'instruction que, suite au contrôle de ses ressources, M. B s'est vu réclamer la somme de 4 801,81 euros au titre d'un indu de prime d'activité pour la période du 1er mars 2021 au 30 juin 2022 et qu'il s'est vu accorder, par décision du 14 avril 2023, la remise gracieuse de la moitié de la somme due. Si M. B invoque ses difficultés financières et mentionne qu'il doit faire face, avec sa compagne, à des charges mensuelles fixes d'environ 2 500 euros et à des dépenses imprévues, il ne produit toutefois aucun document au soutien de ses allégations ni aucune pièce relative à ses ressources et à ses charges. II ne justifie donc pas de la réalité de sa situation financière alors qu'il admet que son foyer perçoit plus de 3 500 euros de ressources mensuelles. De plus, il n'est pas contesté par le requérant qu'au moment de l'examen de sa demande de remise de dette, son quotient familial s'élevait à 1 370 euros. Dès lors, M. B n'établit pas être dans une situation de précarité telle qu'il ne pourrait pas, au jour du jugement, faire face au paiement de sa dette, et alors qu'il pourra solliciter auprès de la caisse d'allocations familiales un échéancier de paiement. Par suite, il n'y a pas lieu de lui accorder une remise gracieuse supplémentaire de son indu de prime d'activité.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition relative à la bonne foi, que M. B n'est fondé à demander ni l'annulation de la décision du 14 avril 2023 du directeur de la CAF de la Seine-Maritime de rejet partiel de sa demande de remise gracieuse de son indu de prime d'activité ni la remise gracieuse totale de cet indu.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime et à la ministre du travail et de l'emploi.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.

La magistrate désignée,

signé

H. JEANMOUGINLe greffier,

signé

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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