mardi 4 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2302270 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | BON-JULIEN |
Vu la procédure suivante :
Par un déféré, enregistré le 8 juin 2023, le préfet de la Seine-Maritime demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, la suspension de la décision du 30 mai 2023, par laquelle le maire de la commune de Rouen a fait opposition à la déclaration préalable déposée le 6 avril 2023 par la SAS TDF DII en vue de l'installation d'antennes relais sur un immeuble situé 79 rue Leonard Bordes ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Rouen de délivrer à la SAS TDF DII une décision positive dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros en cas d'inaction.
Il fait valoir qu'au regard de l'impact mineur du projet, le maire de la commune ne pouvait opposer les dispositions de l'article 4.1.2 du plan local d'urbanisme intercommunal de la métropole Rouen-Normandie, alors qu'il ne démontre pas en quoi le traitement proposé ne permet pas une bonne insertion du projet et que l'architecte des bâtiments de France avait émis un avis favorable assorti d'une prescription.
Par un mémoire en intervention, enregistré le 22 juin 2023, la SAS TDF, représentée par Me Bon-Julien, s'associe aux demandes du préfet et demande au tribunal la mise à la charge de la commune de Rouen de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision dès lors que :
- Elle est entachée d'incompétence ;
- Le projet s'implante sur un immeuble comportant déjà des fausses cheminées ; qu'elle a prévu un traitement soigné permettant de minimiser la visibilité du projet ;
- Aucun motif ne s'oppose à la délivrance de l'autorisation.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 26 juin 2023, la commune de Rouen conclut au rejet du déféré et à la mise à la charge du requérant la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le déféré enregistrée le 8 juin 2023 sous le numéro 2302269 par lequel le préfet de la Seine-Maritime demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Bailly, vice-présidente pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Hussein, greffière d'audience, Mme Bailly a lu son rapport et entendu :
- Les observations de M. A, représentant le préfet de la Seine-Maritime.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté en date du 30 mai 2023, le maire de la commune de Rouen s'est opposé à la déclaration préalable déposée par la SAS TDF DII le 6 avril 2023, en vue de l'installation de trois antennes relais de radiotéléphonie dans de fausses cheminées sur le toit d'un immeuble situé 79 rue Leonard Bordes, pour méconnaissance de l'article 4.1.2 du plan local d'urbanisme intercommunal de la métropole Rouen-Normandie. Le préfet de la Seine-Maritime demande au juge des référés de suspendre l'exécution de cet arrêté.
Sur l'intervention de la SAS TDF :
2. La décision en litige s'oppose à la déclaration préalable déposée par la SAS TDF DII. Elle a, dès lors, intérêt à l'annulation de cette décision. Son intervention au soutien du déféré introduit par le préfet de la Seine-Maritime sur le fondement de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales est, par suite, recevable.
Sur la demande de suspension :
3. Aux termes de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales : " Le représentant de l'Etat dans le département défère au tribunal administratif les actes mentionnés à l'article L. 2131-2 qu'il estime contraires à la légalité dans les deux mois suivant leur transmission. / () Le représentant de l'Etat peut assortir son recours d'une demande de suspension. Il est fait droit à cette demande si l'un des moyens invoqués paraît, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte attaqué. Il est statué dans un délai d'un mois. / Jusqu'à ce que le président du tribunal administratif ou le magistrat délégué par lui ait statué, la demande de suspension en matière d'urbanisme, de marchés et de délégation de service public formulée par le représentant de l'Etat dans les dix jours à compter de la réception de l'acte entraîne la suspension de celui-ci. Au terme d'un délai d'un mois à compter de la réception, si le juge des référés n'a pas statué, l'acte redevient exécutoire. () / L'appel des jugements du tribunal administratif ainsi que des décisions relatives aux demandes de suspension prévues aux alinéas précédents, rendus sur recours du représentant de l'Etat, est présenté par celui-ci. ".
4. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que le maire de la commune de Rouen ne pouvait opposer les dispositions de l'article 4.1.2 du plan local d'urbanisme intercommunal de la métropole Rouen-Normandie pour s'opposer à la déclaration alors qu'il aurait pu assortir une décision favorable de prescriptions afin d'assurer l'intégration du projet dans le paysage, ainsi que l'avait préconisé l'architecte des bâtiments de France dans son avis, est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Il y a lieu, en conséquence, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision attaquée du 30 mai 2023 portant opposition à la déclaration préalable en date du 6 avril 2023.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
5. La présente ordonnance, qui prononce la suspension de l'arrêté du 30 mai 2023 par lequel le maire de la commune de Rouen s'est opposé à la déclaration préalable de la SAS TDF DII, implique qu'il soit enjoint au maire de la commune de Rouen de réexaminer la demande de la société, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Sur les frais du litige :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme réclamée par la commune de Rouen au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
7. La SAS TDF DII, intervenue dans le délai de recours contentieux au soutien du déféré préfectoral, aurait eu, en sa qualité de destinataire de la décision en litige, intérêt pour exercer un recours à l'encontre de l'arrêté déféré au tribunal par le préfet de la Seine-Maritime. Eu égard à cette qualité, elle doit être regardée pour la présente instance comme une partie au sens des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et peut ainsi prétendre au remboursement des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Rouen une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés par la société TDF et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : L'intervention de la SAS TDF DII est admise.
Article 2 : L'exécution de la décision du 30 mai 2023 par laquelle le maire de la commune de Rouen s'est opposé à la déclaration préalable déposée par la SAS TDF DII en vue de l'installation de trois antennes sur le toit de l'immeuble situé 79 rue Leonard Bordes à Rouen est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint au maire de la commune de Rouen de réexaminer la demande de la SAS TDF DII dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : La commune de Rouen versera à la SAS TDF DII la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Les conclusions présentées par la commune de Rouen sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet de la Seine-Maritime, à la commune de Rouen et à la SAS TDF.
Fait à Rouen, le 4 juillet 2023.
La juge des référés,
Signé
P. BaillyLa greffière,
Signé
A. Hussein
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