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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2302288

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2302288

jeudi 26 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2302288
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge Unique 2
Avocat requérantHUON SARFATI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en juge unique, a examiné la demande de Mme B visant à obtenir la communication d’un « troisième courrier » la concernant, rédigé par un agent de la communauté de communes Interco Normandie Sud Eure. Le tribunal a rejeté la requête, estimant que ce document, contenant des appréciations sur une personne physique nommément désignée, relevait des exceptions prévues à l’article L. 311-6 du code des relations entre le public et l’administration, et que son occultation partielle en dénaturerait le sens. La solution retenue confirme le refus de communication opposé par la collectivité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 juin 2023 et le 5 août 2024, Mme E B, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d'annuler la décision par laquelle la communauté de communes Interco Normandie Sud Eure a refusé de lui communiquer un " troisième courrier " la concernant, émanant d'un agent de la collectivité.

Elle soutient que :

- trois courriers la concernant, évoqués par l'administration dans un compte-rendu de réunion du 13 septembre 2022, n'étaient pas joints à son dossier administratif ;

- elle a saisi la commission d'accès aux documents administratifs pour en obtenir communication ;

- s'agissant des courriers du 26 août 2022 de Mme D et du 7 septembre 2022 de Mme C, sa demande n'a plus d'objet car les courriers lui ont été communiqués en cours d'instance mais elle sollicite la communication du troisième courrier de M. A, qui ne lui a pas été communiqué ;

- la communication de cette lettre, qui a fondé une décision de suspension la concernant, est essentielle pour lui permettre de faire valoir ses droits.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 18 juillet et le 13 septembre 2024, ce dernier non communiqué, la communauté de communes Interco Normandie Sud Eure, représentée par Me Huon, conclut au non-lieu à statuer concernant les deux courriers datés du 26 août 2022 et du 7 septembre 2022, et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Elle soutient que :

- les courriers des 26 août 2022 et 7 septembre 2022 ont été communiqués à Mme B en cours d'instance, le 21 juin 2023, de sorte qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions en tant qu'elles concernent ces deux documents ;

- s'agissant du troisième courrier, il n'est pas communicable, en vertu de l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors que cette communication est susceptible de porter atteinte à la protection de la vie privée, portant un jugement de valeur ou une appréciation sur une personne physique nommément désignée ou facilement identifiable ou révélant le comportement d'une tierce personne dans des conditions susceptibles de lui porter préjudice ;

- l'occultation partielle de ce document en vertu de l'article L. 311-7 dénaturerait ce document, de sorte que sa communication peut être refusée.

Par un mémoire distinct produit le 18 juillet 2024, en application de l'article R. 412-2-1 du code de justice administrative, la communauté de communes Interco Normandie Sud Eure a indiqué au tribunal les motifs du refus de transmission aux autres parties du document dont la communication est demandée.

Elle soutient que cette communication contrevient aux dispositions de l'article L. 311-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle porterait préjudice à l'auteur de ce courrier.

La communauté de communes Interco Normandie Sud Eure a transmis ce document au tribunal selon les modalités prévues à l'article R. 412-21 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Galle en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 juin 2025 :

- le rapport de Mme Galle, magistrate désignée ;

- les conclusions de Mme Thielleux, rapporteure publique,

- les observations de Me Huon, représentant la communauté de communes Interco Normandie Sud Eure.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 10 février 2023 Mme B, alors agent contractuel de cette collectivité, a demandé au président de la communauté de communes Interco Normandie Sud Eure de lui communiquer les trois courriers d'agents mentionnés dans un compte-rendu d'entretien daté du 13 septembre 2022, et cités également dans le préambule d'une enquête administrative la concernant. En l'absence de communication de ces courriers, Mme B a saisi, le 31 mars 2023, la commission d'accès aux documents administratif (CADA), d'une demande d'avis sur le refus de communication portant sur ces trois courriers. La CADA a émis, le 1er juin 2023, un avis favorable à la communication de ces courriers, sous réserve, d'une part, qu'une procédure disciplinaire ne soit pas en cours, et d'autre part, de l'occultation des éventuelles mentions protégées en application de l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration.

2. Mme B, qui a initialement demandé au tribunal d'annuler le refus de communication portant sur ces trois courriers, a reçu en cours d'instance communication des deux premiers courriers, émanant d'agents placés sous sa responsabilité, et datés du 26 août 2022 et du 7 septembre 2022. Dans le dernier état de ses écritures, elle demande seulement au tribunal d'annuler le refus de communication portant sur un " troisième courrier " adressé à l'autorité territoriale la concernant. Selon les termes du mémoire en réplique de la requérante, ce troisième courrier émane de M. A, agent de la collectivité, que Mme B accuse d'avoir tenu des propos calomnieux à son égard. Selon les indications apportées par la collectivité à la CADA dans son courrier du 11 septembre 2023, ce courrier émane d'un agent de la collectivité sans lien hiérarchique avec l'intéressée et " témoigne d'une posture personnelle anormale de cette dernière ".

Sur les conclusions à fin d'annulation du refus de communication :

3. Aux termes de l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Sont considérés comme documents administratifs, au sens des titres Ier, III et IV du présent livre, quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, les documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par l'Etat, les collectivités territoriales ainsi que par les autres personnes de droit public ou les personnes de droit privé chargées d'une telle mission. Constituent de tels documents notamment les dossiers, rapports, études, comptes rendus, procès-verbaux, statistiques, instructions, circulaires, notes et réponses ministérielles, correspondances, avis, prévisions, codes sources et décisions. () ". Aux termes de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre. ".

4. Aux termes de l'article L. 311-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Sous réserve des dispositions de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, concernant les données à caractère personnel figurant dans des fichiers, toute personne a le droit de connaître les informations contenues dans un document administratif dont les conclusions lui sont opposées. / Sur sa demande, ses observations à l'égard desdites conclusions sont obligatoirement consignées en annexe au document concerné. / L'utilisation d'un document administratif au mépris des dispositions ci-dessus est interdite. "

5. Aux termes de l'article L. 311-6 du code précité : " Ne sont communicables qu'à l'intéressé les documents administratifs : / 1° Dont la communication porterait atteinte à la protection de la vie privée, au secret médical et au secret des affaires () ; 2° Portant une appréciation ou un jugement de valeur sur une personne physique, nommément désignée ou facilement identifiable ; 3° Faisant apparaître le comportement d'une personne, dès lors que la divulgation de ce comportement pourrait lui porter préjudice. () ". L'article L. 311-7 du même code dispose enfin que : " Lorsque la demande porte sur un document comportant des mentions qui ne sont pas communicables en application des articles L. 311-5 et L. 311-6 mais qu'il est possible d'occulter ou de disjoindre, le document est communiqué au demandeur après occultation ou disjonction de ces mentions ".

6. Les conclusions d'un document administratif sont opposées à une personne, au sens de l'article 3 de la loi n° 78-753 du 17 juillet 1978, lorsqu'une décision la visant est prise ou envisagée sur la base des informations qu'elles contiennent. L'article L. 311-3 du code des relations entre le public et l'administration n'a ni pour objet, ni pour effet de déroger à l'article L. 311-6 de cette loi. Par suite, les restrictions et exceptions à la communication de documents administratifs prévues par l'article L. 311-6 peuvent être opposées à une demande formulée sur le fondement de l'article L. 311-3 du code des relations entre le public et l'administration. Des témoignages ou procès-verbaux d'audition peuvent, compte tenu du contexte juridique ou factuel dans lequel ils sont établis, faire apparaître le comportement des personnes qui portent ces témoignages ou sont entendues. Ces personnes ont la qualité d'intéressés au sens de l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration, et les documents ne sont communicables qu'à elles, lorsque la communication de ces documents à des tiers serait de nature à leur porter préjudice.

7. Il est constant que le " troisième courrier " dont la communication est sollicitée par Mme B est un courrier reçu par la collectivité, émanant d'un autre agent de la collectivité, et se rapportant à un comportement de Mme B vis-à-vis de cet agent, lorsque Mme B était chargée, en qualité d'agent contractuel, des fonctions de directrice de la communication. En outre, il ne constitue pas un document préparatoire, et aucune procédure disciplinaire en cours ne ferait obstacle à sa communication sur le fondement des dispositions du code des relations entre le public et l'administration précitées. Par suite, ce document est un document administratif au sens de l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration.

8. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que le " troisième courrier " dont Mme B demande la communication ait fondé la décision de suspension en date du 21 février 2023 prise à son encontre, cette décision étant uniquement motivée par les faits recueillis lors de l'enquête administrative réalisée en janvier 2023, et dont les conclusions ont été établies le 17 février 2023, et non par l'un ou plusieurs des trois courriers évoqués dans un compte rendu de réunion du 13 septembre 2022.

9. En tout état de cause, à supposer même que le courrier litigieux aurait partiellement fondé une décision de suspension prise à son encontre, ou que la collectivité ait envisagé un temps de prononcer une sanction disciplinaire à l'encontre de Mme B sur la base, notamment, de ce " troisième courrier ", il ressort du courrier litigieux, communiqué au tribunal par la collectivité dans le cadre de l'article R. 412-2-1 du code de justice administrative, que la communication de ce document à Mme B serait contraire aux dispositions du 3° de l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration, en ce qu'il fait apparaître de la part de l'auteur de ce courrier un comportement dont la divulgation à un tiers, en l'espèce Mme B, serait de nature à lui porter préjudice. Par ailleurs, aucune occultation ou disjonction ne permettrait de rendre possible la communication de ce document. Dans ces conditions, c'est sans méconnaitre les articles L. 311-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration que la communauté de communes Interco Normandie Eure Sud a refusé de lui communiquer ce document. Par suite, les conclusions de Mme B à fin d'annulation de la décision de refus de communication du " troisième courrier " évoqué dans un compte rendu d'entretien, doivent être rejetées.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B et à la communauté de communes Intercom Normandie Sud Eure.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2025.

La magistrate désignée,

Signé

C. Galle La greffière,

Signé

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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