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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2302433

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2302433

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2302433
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1 ère Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen a rejeté la requête de M. A contestant la délibération de la communauté de communes du Pays de Conches fixant le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères (TEOM) pour 2022. Le requérant soutenait que ce taux était disproportionné au regard des dépenses strictes du service, notamment en finançant le traitement de déchets non ménagers, et qu'il violait le principe d'égalité devant l'impôt. Le tribunal a jugé que le produit de la taxe et son taux ne doivent pas être manifestement disproportionnés par rapport aux dépenses estimées du service, conformément à l'article 1520 du code général des impôts. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation et de décharge de la cotisation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 juin 2023, et un mémoire, enregistré le 29 février 2024, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération par laquelle le conseil de la communauté de communes du Pays de Conches a fixé le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères (TEOM) pour l'année 2022 ;

2°) de prononcer la décharge de la cotisation de TEOM à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2022 dans la commune du Fidelaire ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la délibération de la communauté de communes du pays de Conches attaquée fixe un taux de TEOM disproportionné au regard des dépenses du service, limité à la collecte et au traitement des ordures ménagères au sens strict, au sens des dispositions de l'article 1520 du code général des impôts et compte-tenu de la nature contestable de certaines dépenses, étrangères par leur objet au fonctionnement de ce service ;

- en particulier, la TEOM collectée au titre de l'année 2022 sert à financer le traitement des déchets non ménagers tels que les déchets des activités économiques, les déchets dangereux, les déchets de construction, de démolition et gravats de plâtre acceptés dans les déchetteries de la communauté de communes ;

- la collecte du verre n'est plus assurée sur le territoire de la commune du Fidelaire ;

- la surtaxation dont il fait l'objet sans justification constitue une atteinte au principe d'égalité devant l'impôt et devant les charges publiques ;

- le caractère exorbitant de l'imposition en litige constitue une atteinte au respect des biens au sens de l'article 1er du protocole n° 1 à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 7 décembre 2023 et le 15 mars 2024, le directeur régional des finances publiques de Normandie conclut au rejet de la requête.

Le directeur soutient que :

- l'exception d'illégalité des délibérations fixant le taux de la TEOM n'est pas fondée ;

- les autres moyens sont infondés.

Vu :

- l'ordonnance du 5 mars 2024 fixant la clôture de l'instruction au 4 avril 2024 à 12 h ;

- les autres pièces du dossier, notamment celles versées le 12 février 2024 par M. A ainsi que celles versées le 16 février 2024 par le directeur régional des finances publiques de Normandie et le 21 février 2024 par la communauté de communes du pays de Conches à la demande de la juridiction.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et son premier protocole ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, ont été entendus :

- le rapport de M. Minne, président de chambre,

- et les conclusions de Mme Barray, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est propriétaire avec son épouse d'une maison d'habitation située dans la commune du Fidelaire (Eure). Le taux de la TEOM est fixé par la communauté de communes du pays de Conches. M. A demande l'annulation de la délibération du conseil de cet établissement public de coopération intercommunale du 7 février 2022 ayant fixé le taux de la taxe pour l'année 2022 et la décharge de la cotisation de taxe recouvrée au titre de la même année.

2. Aux termes du I de l'article 1520 du code général des impôts, applicable aux établissements publics de coopération intercommunale, dans sa rédaction applicable aux impositions en cause : " Les communes qui assurent au moins la collecte des déchets des ménages peuvent instituer une taxe destinée à pourvoir aux dépenses du service dans la mesure où celles-ci ne sont pas couvertes par des recettes ordinaires n'ayant pas le caractère fiscal. () " En vertu des articles 1521 et 1522 du même code, cette taxe a pour assiette celle de la taxe foncière sur les propriétés bâties. La TEOM n'a pas le caractère d'un prélèvement opéré sur les contribuables en vue de pourvoir à l'ensemble des dépenses budgétaires, mais a exclusivement pour objet de couvrir les dépenses exposées par la commune pour assurer l'enlèvement et le traitement des ordures ménagères et non couvertes par des recettes non fiscales. Ces dépenses sont constituées de la somme de toutes les dépenses de fonctionnement réelles exposées pour le service public de collecte et de traitement des déchets ménagers et des dotations aux amortissements des immobilisations qui lui sont affectées. Il en résulte que le produit de cette taxe et, par voie de conséquence, son taux, ne doivent pas être manifestement disproportionnés par rapport au montant de telles dépenses, tel qu'il peut être estimé à la date du vote de la délibération fixant ce taux.

3. Aux termes de l'article L. 2333-76 du code général des collectivités territoriales : " Les communes, les établissements publics de coopération intercommunale et les syndicats mixtes qui bénéficient de la compétence prévue à l'article L. 2224-13 peuvent instituer une redevance d'enlèvement des ordures ménagères calculée en fonction du service rendu dès lors qu'ils assurent au moins la collecte des déchets des ménages () " Aux termes de l'article L. 2333-78 du même code : " Les communes, les établissements publics de coopération intercommunale et les syndicats mixtes peuvent instituer une redevance spéciale afin de financer la collecte et le traitement des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14. Ils sont tenus de l'instituer lorsqu'ils n'ont institué ni la redevance prévue à l'article L. 2333-76 du présent code ni la taxe d'enlèvement des ordures ménagères prévue à l'article 1520 du code général des impôts. Ils ne peuvent l'instituer s'ils ont institué la redevance prévue à l'article L. 2333-76. " Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu permettre, à compter du 1er janvier 2016, le financement par la TEOM du coût de collecte des déchets non ménagers.

4. En premier lieu, le contribuable souligne que le service de traitement des ordures ménagères de la communauté de communes du pays de Conches est assuré par le syndicat mixte d'étude et de traitement des ordures ménagères (SETOM) de l'Eure, lequel est financé par les communes et établissements publics de coopération intercommunale au moyen notamment de la TEOM. Le SETOM a fait l'objet d'un rapport de la chambre régionale des comptes de Normandie du 23 novembre 2017 qui a mis en évidence la dégradation de sa situation financière marquée par une distorsion des recettes de vente de chaleur au regard des coûts de gestion du service et de son endettement. Toutefois, ni le mauvais emploi des recettes engendrées par la taxe perçue au niveau de la communauté de communes au profit du SETOM de l'Eure, imputé à une dérive de gestion imputable à cet organisme ni, à la supposer établie, la fin du service de collecte par conteneurs de verre dans un certain périmètre autour de la maison d'habitation du requérant n'ont d'incidence sur la légalité même de la délibération ayant fixé le taux de la TEOM, laquelle s'apprécie seulement au regard du rapport entre le montant du produit fiscal attendu et les dépenses prévisionnelles du service. Par ailleurs, ainsi qu'il est dit au point 3, la circonstance que le coût de la collecte de déchets non ménagers serait financé par le produit de la TEOM n'est pas contraire à la loi applicable dans la présente instance.

5. En deuxième lieu, s'agissant des dépenses, il résulte de l'instruction, notamment des documents budgétaires transmis par la communauté de communes du Pays de Conches à la demande de la juridiction, que le montant des dépenses réelles de fonctionnement du service, composées des charges de caractère général, des charges de personnels, des charges de gestion courante et des charges financières, s'élève à 2 929 800 euros et que le montant des dépenses d'ordre, correspondant aux dotations aux amortissements, s'élève à 123 271,34 euros. Il en résulte que le montant total des dépenses s'établit à 3 053 071,34 euros. Le montant du produit attendu de la TEOM s'élève par ailleurs au même montant.

6. Ainsi, le montant des dépenses prévisionnelles du service étant en adéquation avec les recettes fiscales attendues, le produit de la taxe en litige n'excède pas le montant des charges qu'elle a pour objet de couvrir. Dès lors, l'imposition en litige ne constitue pas non plus une atteinte au respect des biens au sens de l'article 1er du protocole n° 1 à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en tant que le caractère spécial et exorbitant de cette imposition n'est pas démontré, ni qu'il n'est constaté de déséquilibre entre les exigences de l'intérêt général et le droit au respect des biens. Par suite, le moyen, soulevé par voie d'action ou par exception, tiré de l'illégalité de la délibération du conseil de la communauté de communes du Pays de Conches du 7 février 2022 ayant institué le taux de TEOM pour l'année 2022, doit être écarté.

7. En dernier lieu, le taux d'imposition fixé par le conseil communautaire étant conforme à la loi, le moyen tiré d'une atteinte au principe d'égalité devant les charges publiques et au principe d'égalité devant l'impôt ne peut être accueilli.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander la décharge des cotisations de TEOM auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2022 dans la commune du Fidelaire, ni l'annulation de la délibération ayant fixé le taux de cette taxe pour la même année. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au directeur régional des finances publiques de Normandie et à la communauté de communes du pays de Conches.

Copie en sera transmise, pour information, à la chambre régionale des comptes de Normandie.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

Mme Jeanmougin, première conseillère,

Mme Ameline, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

Le président-rapporteur,

signé

P. MINNEL'assesseure la plus ancienne,

signé

H. JEANMOUGIN

Le greffier,

signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne au directeur régional des finances publiques de Normandie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2302433

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