vendredi 13 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2302693 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
| Avocat requérant | DA & MC SOCIETE D'AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 juin 2023 et un mémoire enregistré le 6 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Dieng, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 13 avril 2023 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime a rejeté son recours exercé contre la décision du 23 novembre 2022 lui notifiant un indu de prime d'activité de 7 247,43 euros au titre de la période de juin 2020 à mars 2022 ;
2°) d'annuler la décision du 23 novembre 2022 mettant à sa charge cet indu ainsi que la décision du 30 mai 2022 suspendant ses droits ;
3°) de lui accorder la remise gracieuse de sa dette ;
4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
M. B soutient que :
- il a intérêt à agir ;
- la décision du 23 novembre 2022 a été prise par une autorité incompétente ;
La décision du 13 avril 2023 :
- est insuffisamment motivée ;
- l'indu n'est fondé ni dans son montant ni dans son principe dès lors qu'il n'a pas fraudé, que la caisse a pris en compte des sommes qui ne constituent pas des ressources et que, compte tenu de la prescription de l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale, seuls les indus postérieurs au 23 novembre 2020 pouvaient être réclamés.
Par un mémoire enregistré le 29 août 2023, le département de la Seine-Maritime conclut à sa mise hors de cause s'agissant de la prime d'activité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2024 et un mémoire en production de pièces enregistré le 2 décembre 2024, la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime, représentée par la SELARL DAMC, conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à ce que soit mis à la charge de M. B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et les entiers dépens.
La caisse soutient que la demande de remise de dette est irrecevable faute d'exercice d'un recours préalable obligatoire et que les moyens ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Jeanmougin en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, Mme Jeanmougin, magistrate désignée, a présenté son rapport et entendu les observations de Me Lahaye, pour la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime.
A l'issue de l'audience, l'instruction a été clôturée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 13 avril 2023 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime a rejeté son recours administratif exercé contre la décision du 23 novembre 2022 mettant à sa charge un indu de prime d'activité de 7 247,43 euros au titre de la période de juin 2020 à mars 2022. Il demande également l'annulation de la décision du 23 novembre 2022 mettant à sa charge cet indu ainsi que la décision du 30 mai 2022 suspendant ses droits.
Sur l'étendue du litige :
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative à la prime d'activité prise par l'un des organismes mentionnés à l'article L. 843-1 fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours auprès de la commission de recours amiable, composée et constituée au sein du conseil d'administration de cet organisme et qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 412-7 du code des relations entre le public et l'administration : " La décision prise à la suite d'un recours administratif préalable obligatoire se substitue à la décision initiale. ".
3. Il résulte de ces dispositions que la décision prise après exercice du recours préalable obligatoire contre une décision relative à la prime d'activité se substitue à la décision initiale, qui disparaît de l'ordonnancement juridique. Par suite, les conclusions en annulation dirigées contre la décision du 23 novembre 2022 en tant qu'elle met à la charge de M. B un indu de prime d'activité ne peuvent qu'être rejetées comme irrecevables, la décision prise par la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime s'y étant substituée avant même que le juge ne soit saisi.
Sur l'indu de prime d'activité :
4. Lorsque le juge administratif est saisi d'un recours dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de prime d'activité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur, et enfin des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, de la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet doivent être motivées les décisions qui : () imposent des sujétions () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de prestations sociales est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.
6. La décision de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime du 13 avril 2023 mentionne les considérations de droit et de fait qui constituent son fondement, notamment les textes applicables, la nature de la prestation indument versée, le montant des sommes réclamées, les périodes concernées et les motifs de fait justifiant les indus. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 842-3 du code de la sécurité sociale : " La prime d'activité est égale à la différence entre : 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1°. () ". Aux termes de l'article L. 842-4 du même code : " Les ressources mentionnées à l'article L. 842-3 prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont : 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; 2° Les revenus de remplacement des revenus professionnels ; 3° L'avantage en nature que constitue la disposition d'un logement à titre gratuit, déterminé de manière forfaitaire ; 4° Les prestations et les aides sociales, à l'exception de certaines d'entre elles en raison de leur finalité sociale particulière ; 5° Les autres revenus soumis à l'impôt sur le revenu. ".
8. Il résulte de l'instruction que les indus en litige résultent de la prise en compte de ressources que M. et Mme B n'avaient pas déclarées dans le cadre de leurs déclarations trimestrielles au titre de la période de juin 2020 à mars 2022, notamment de nombreux salaires, remises de chèques et virements.
9. D'une part, si M. B, pour justifier ses déclarations incomplètes, soutient que ses salaires ne doivent pas être déclarés dans leur intégralité, il se borne à citer des exemples d'indemnités versées au salarié ne devant pas être déclarées, sans pour autant identifier et chiffrer les sommes qu'il a jugé ne pas devoir déclarer au titre de son salaire. Il ne produit d'ailleurs aucune fiche de paie ni aucun contrat de travail. En outre, il résulte de l'instruction que M. B est le dirigeant de cinq entreprises, qu'une large majorité des salaires provenant de ses activités n'ont pas été déclarés tout au long de la période contrôlée et qu'il recevait régulièrement, de la part d'autres entreprises ou de particuliers, des virements de sommes importantes.
10. D'autre part, si M. B soutient que les virements apparaissant sur les relevés bancaires correspondent à la vente de biens d'occasion sur des sites internet dédiés, il n'apporte aucun élément de nature à établir que ces sommes, eu égard à la fréquence des ventes réalisées par les époux B, ne constitueraient pas des ressources soumises à l'impôt sur le revenu et devant être prises en compte pour le calcul des droits à la prime d'activité, notamment au regard de leur origine et de leur nature.
11. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale : " L'action de l'allocataire pour le paiement des prestations se prescrit par deux ans. Cette prescription est également applicable à l'action intentée par un organisme payeur en recouvrement des prestations indûment payées sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausse déclaration, l'action de l'organisme se prescrivant alors par cinq ans. La prescription est interrompue tant que l'organisme débiteur des prestations familiales se trouve dans l'impossibilité de recouvrer l'indu concerné en raison de la mise en œuvre d'une procédure de recouvrement d'indus relevant des articles () L. 845-3, L. 844-3 (1) du code de la sécurité sociale () ".
12. Il résulte de l'instruction que M. et Mme B ont dissimulé de nombreux revenus réguliers d'un montant conséquent au titre de l'entièreté de la période contrôlée et que M. B n'apporte aucun élément de nature à établir l'origine des sommes perçues d'un nombre importants d'entités différentes. Compte tenu de la réitération des fausses déclarations, M. B doit être regardé comme ayant fait preuve d'une volonté de dissimulation caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives et une intention frauduleuse, permettant à la caisse d'allocations familiales de lever la prescription biennale prévue par les dispositions de l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale.
Sur la demande de remise gracieuse :
13. D'une part, il ne résulte pas de l'instruction que M. B aurait demandé à l'administration la remise gracieuse de son indu de prime d'activité et il n'appartient pas au tribunal d'accorder directement une remise de dette.
14. D'autre part, et en tout état de cause, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. B a omis de déclarer l'ensemble de ses ressources de juin 2020 à mars 2022 et doit donc, eu égard à la répétition de ce comportement et l'importance des sommes en cause, être regardé comme ayant délibérément manqué à ses obligations déclaratives. Ce comportement fait obstacle, en application des dispositions de l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale, à ce que lui soit accordée la remise gracieuse de sa dette, et alors, au surplus que M. B n'établit pas, par les pièces qu'il produit, être dans une situation financière précaire.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas recevable à demander l'annulation de la décision du 23 novembre 2022 et n'est fondé à demander ni l'annulation de la décision du 13 avril 2023 par laquelle la commission de recours amiable a rejeté son recours concernant un indu de prime d'activité au titre de la période de juin 2020 à mars 2022, ni, dès lors qu'il n'invoque aucun moyen à son encontre, l'annulation de la décision par laquelle ses droits ont été suspendus, ni la remise gracieuse de sa dette. Par voie de conséquence du rejet de ses conclusions principales, les conclusions présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. B une somme au titre des frais d'instance. La présente instance n'ayant occasionné aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre par la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée ainsi que les conclusions de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime relatives aux frais d'instance et aux dépens.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime et à la ministre du travail et de l'emploi.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2024.
La magistrate désignée,
signé
H. JEANMOUGINLe greffier,
signé
J.-L. MICHEL
La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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