mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2302802 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique 4 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 juillet 2023, Mme B A doit être regardée comme demandant au tribunal l'annulation de la décision du 28 juin 2023 par laquelle la commission de médiation du droit au logement de la Seine-Maritime a rejeté son recours amiable introduit sur le fondement du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation.
Elle soutient que la décision est inadaptée à sa situation et procède à une erreur manifeste d'appréciation, et qu'elle se trouve, elle et sa famille, dans une situation de détresse et de précarité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés dès lors que Mme A s'est mise elle-même dans cette situation, et qu'elle ne conteste aucunement les faits qui lui sont reprochés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Van Muylder a été entendu au cours de l'audience publique, en présence de M. Mialon, greffier.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A ainsi que son compagnon et ses cinq enfants occupaient un appartement T5 du bailleur sociale Alcéane depuis 2009. Le 13 mars 2023, le tribunal judiciaire du Havre a prononcé la résiliation du contrat de bail et a ordonné l'expulsion de Mme A et de son compagnon. Mme A a saisi la commission départementale de médiation d'un recours amiable le 7 avril 2023 sur le fondement du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par une décision 28 juin 2023, la commission départementale de médiation a rejeté le recours de la requérante. Mme A demande l'annulation de cette décision du 28 juin 2023.
2. Aux termes du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est () menacé d'expulsion sans relogement () / Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : () / -ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; / -être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portées à sa connaissance ; () -avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement ; () ".
3. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation. La commission de médiation dispose du pouvoir de procéder, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à un examen global de la situation du demandeur, sans être limitée par le motif invoqué dans la demande, afin de vérifier s'il se trouve dans l'une des situations envisagées à l'article R. 441-14-1 de ce code pour être reconnu prioritaire et devant être relogé en urgence. En conséquence, le demandeur qui forme un recours pour excès de pouvoir contre la décision par laquelle la commission de médiation a refusé de le déclarer prioritaire et devant être relogé en urgence peut utilement faire valoir qu'à la date de cette décision, il remplissait les conditions pour être déclaré prioritaire sur un autre fondement que celui qu'il avait invoqué devant la commission de médiation. Il peut également présenter pour la première fois devant le juge de l'excès de pouvoir des éléments de fait ou des justificatifs qu'il n'avait pas soumis à la commission, sous réserve que ces éléments tendent à établir qu'à la date de la décision attaquée, il se trouvait dans l'une des situations lui permettant d'être reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence.
4. La commission de médiation, qui peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, ou mal logé, est fondée, pour apprécier la bonne foi du demandeur, à tenir compte du comportement de celui-ci. En particulier, un comportement tel que celui causant des troubles de jouissance conduisant à une expulsion est de nature à justifier que la commission de médiation, eu égard à l'ensemble des éléments du dossier qui lui est soumis, estime que le demandeur n'est pas de bonne foi et, par suite, refuse de le reconnaître comme prioritaire et devant être logé d'urgence.
5. Pour rejeter la demande de logement présentée par Mme A, la commission de médiation a, par la décision litigieuse en date du 28 juin 2023, relevé que l'intéressée avait fait l'objet d'une procédure d'expulsion pour troubles du voisinage par une décision du 13 mars 2023, que dès lors elle s'était mise elle-même dans cette situation.
6. Il ressort des pièces du dossier que, par un jugement du 13 mars 2023, le juge du contentieux de la protection du tribunal judiciaire du Havre, a prononcé la résiliation du contrat de bail consenti le 6 mars 2009 à Mme A et M. C sur l'appartement n° 22 situé au 31 rue Jean Cocteau au Havre à compter du 13 mars 2023 et a en conséquence prononcé l'expulsion de ces derniers des lieux qu'ils occupent ainsi que celle de tous les occupants de son chef. Une telle situation relève de la menace de l'expulsion telle que mentionnée au paragraphe II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation comme conférant à la demande de logement social, sans condition d'ancienneté, un caractère prioritaire et urgent. Toutefois, il ressort des énonciations de ce jugement, devenu définitif faute d'avoir été frappé d'appel, que le juge judiciaire a constaté que du mois de décembre 2021 au mois de novembre 2022 de nombreux troubles imputables à la fille de Mme A, et notamment de dégradation et des nuisances dû à des rassemblements, ont été commis dans l'immeuble ainsi que les immeubles adjacents. Il ressort également de ce jugement que la requérante a tenté de justifier devant le juge ces manquements en soulignant qu'elle est séparée de M. C et qu'elle assure seule l'éducation de ses enfants, qu'en outre seulement deux de ses filles sur les quatre résidant encore à son domicile et que seulement une est encore mineure, et que la requérante conteste les faits reprochés à ses filles. Ainsi, Mme A, qui est responsable des agissements de sa fille mineure, a mis en cause la tranquillité en faisant un usage non paisible des locaux loués. Dès lors, Mme A ne peut être regardée comme étant une demandeuse de bonne foi au sens des dispositions précitées des article L. 441-2-3 et R.441-14-1 du code de la construction et de l'habitation.
7. Si Mme A soutient que la décision est inadaptée à sa situation et qu'elle la place dans une situation de précarité, qu'elle fait état de l'insalubrité de son appartement et des parties communes de l'immeuble et qu'elle atteste avoir pris toutes les mesures nécessaires concernant la meilleure prise en main de l'éducation de ses enfants, ces allégations ne sauraient remettre en cause l'illicéité du comportement que sa fille mineure a adoptée lors de son séjour au sein de l'immeuble situé au 31 rue Jean Cocteau. Dans ces conditions, en estimant que la situation de Mme A ne répondait pas aux critères de priorité et d'urgence énoncées aux points 2 et 3 du présent jugement, la commission de médiation n'a pas commis d'erreur d'appréciation.
8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 28 juin 2023 par laquelle la commission de médiation du droit au logement de la Seine-Maritime a rejeté son recours amiable tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.
La magistrate désignée,
C. VAN MUYLDER
Le greffier,
J-B. MIALON
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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