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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2303085

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2303085

vendredi 13 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2303085
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantBRAULT SARAH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 juillet 2023, des mémoires en production de pièces enregistrés le 1er août 2023, le 3 mars 2024 et le 9 avril 2024, et des mémoires enregistrés le 12 avril 2024 et le 27 novembre 2024, Mme C H, représentée par Me Brault, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 21 juin 2023 par laquelle le président du conseil départemental de l'Eure a rejeté son recours administratif en contestation des indus de revenu de solidarité active de 339,21 euros au titre de la période de décembre 2021 à mai 2022 et de 777,78 euros au titre de la période de juin 2022 à avril 2023 ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer ces sommes ;

3°) d'enjoindre au président du conseil départemental de l'Eure de lui restituer les sommes retenues ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au président du conseil départemental de l'Eure de lui accorder la remise gracieuse totale ou partielle de ses dettes ;

5°) à titre infiniment subsidiaire, de prononcer l'étalement du remboursement à hauteur de 25 euros par mois ;

6°) en tout état de cause, de mettre à la charge de la CAF de l'Eure et du département de l'Eure la somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle.

Mme H soutient que la décision du 21 juin 2023 :

- a été signé par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée en fait ;

- n'a pas été précédée de l'avis de la commission de recours amiable (CRA) de la caisse d'allocations familiales (CAF), en méconnaissance de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles ;

- est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que, d'une part, la pension alimentaire versée par ses parents n'avait pas à être prise en compte comme un revenu et, d'autre part, qu'elle participe aux charges liées à son hébergement, et qu'ainsi le forfait logement ne devait pas lui être appliqué ;

- est entachée d'une erreur de motifs en ce que les indus en cause dans la décision initiale du 20 mars 2023 sont différents de ceux visés par la décision en litige du 21 juin 2023 ;

- la preuve de la prestation de serment et de l'agrément de l'agent ayant pratiqué le contrôle n'est pas apportée ;

- elle est de bonne foi et sa situation est précaire ;

- les mémoires en défense produits par le département de l'Eure ont été signés par des autorités incompétentes.

Par des mémoires en défense enregistrés les 25 septembre, 12 décembre 2023, le 15 mai 2024, les 12 et 22 novembre 2024 et le 2 décembre 2024, la caisse d'allocations familiales de l'Eure conclut à sa mise hors de cause s'agissant de l'indu de RSA et au rejet des conclusions relatives à l'injonction de remboursement et aux frais d'instance.

La CAF soutient que les mémoires en défense ont été signés par une autorité compétente et que les moyens sont infondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 novembre 2023, 12 décembre 2023 et 13 mai 2024, et un mémoire en production de pièces enregistré le 13 mai 2024, le département de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Le département soutient que la pension alimentaire versée à la requérante par ses parents ne fonde pas les indus en litige faisant l'objet de la décision du 21 juin 2023, que Mme H n'a pas demandé la remise gracieuse de ses indus et que les autres moyens sont infondés.

Vu :

- la décision du 22 mai 2024 admettant Mme H au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Jeanmougin en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'aide sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme Jeanmougin, magistrate désignée, a présenté son rapport et entendu les observations de Me Brault, pour Mme H.

A l'issue de l'audience, l'instruction a été clôturée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme H, qui bénéficiait d'un droit au RSA suite à sa demande du 5 septembre 2023, demande au tribunal d'annuler la décision du 21 juin 2023 par laquelle le président du conseil départemental de l'Eure a rejeté son recours administratif et confirmé qu'étaient à sa charge des indus de RSA de 339,21 euros au titre de la période de décembre 2021 à mai 2022 et de 777,78 euros au titre de la période de juin 2022 à avril 2023.

Sur la recevabilité des mémoires en défense du département de l'Eure :

2. Aux termes de l'article R. 431-4 du code de justice administrative : " Dans les affaires où ne s'appliquent pas les dispositions de l'article R. 431-2, les requêtes et les mémoires doivent être signés par leur auteur et, dans le cas d'une personne morale, par une personne justifiant de sa qualité pour agir. ".

3. Il résulte de l'instruction que par deux arrêtés du 10 octobre 2023, régulièrement publiés au recueil des actes administratif du département de l'Eure du mois d'octobre 2023, le président du conseil départemental de l'Eure a donné délégation d'une part, à M. D E, directeur général des services, pour signer, notamment, les décisions, actes et correspondances relatifs au fonctionnement, à l'activité et aux compétences des services départementaux, dont le service des affaires juridiques et, d'autre part, à Mme G A, directrice des affaires juridiques et de la commande publique, pour signer, notamment, les actes d'administration courante liés à son service, sans que la rédaction de mémoires en défense en soit explicitement exclue. Par suite, Mme H n'est pas fondée à demander que les mémoires en défense du département de l'Eure soient écartés des débats.

Sur l'indu de RSA :

4. Lorsque le juge administratif est saisi d'un recours dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de RSA, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur, et enfin des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, de la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme F B, signataire de la décision du 21 juin 2023 de rejet du recours préalable obligatoire, disposait d'une délégation de signature pour prendre les décisions relatives au revenu de solidarité active, par arrêté du président du conseil départemental de l'Eure du 12 juin 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratif du département de l'Eure du mois de juin 2023. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet doivent être motivées les décisions qui : () imposent des sujétions () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

7. La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de prestations sociales est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.

8. La décision prise par le président du conseil départemental de l'Eure le 21 juin 2023 mentionne les considérations de droit et de fait qui constituent son fondement, notamment les textes applicables, la nature de la prestation indument versée, le montant des sommes réclamées, la période concernée et les motifs de fait justifiant l'indu. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. () ". L'article L. 262-25 du même code dispose que : " I.- Une convention est conclue entre le département et chacun des organismes mentionnés à l'article L. 262-16. Cette convention précise en particulier : 1° Les conditions dans lesquelles le revenu de solidarité active est servi et contrôlé () ".

10. La convention de gestion du revenu de solidarité active signée entre le département de l'Eure et la caisse d'allocations familiales de l'Eure les 14 et 28 décembre 2018, applicable à la date de la décision contestée, ne prévoit pas la saisine de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales pour avis sur les recours exercés contre les indus de revenu de solidarité active. La saisine de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales n'étant pas prévue par la convention applicable, Mme H ne peut utilement soutenir, à l'encontre de la décision du 21 juin 2023, que le président du conseil départemental de l'Eure était tenu de saisir préalablement cette commission. Dès lors, le moyen tiré du défaut de consultation de cette commission ne peut qu'être écarté.

11. En quatrième lieu, selon le premier alinéa de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale : " Les directeurs des organismes chargés de la gestion d'un régime obligatoire de sécurité sociale ou du service des allocations et prestations mentionnées au présent code confient à des agents chargés du contrôle, assermentés et agréés dans des conditions définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité sociale ou par arrêté du ministre chargé de l'agriculture, le soin de procéder à toutes vérifications ou enquêtes administratives concernant l'attribution des prestations, le contrôle du respect des conditions de résidence et la tarification des accidents du travail et des maladies professionnelles. () Les constatations établies à cette occasion par ces agents font foi jusqu'à preuve du contraire. ". Le premier alinéa de l'article L. 583-3 de ce code dispose que : " Les informations nécessaires à l'appréciation des conditions d'ouverture, au maintien des droits et au calcul des prestations familiales, notamment les ressources, peuvent être obtenues par les organismes débiteurs de prestations familiales selon les modalités de l'article L. 114-14. " L'article L. 114-14 du même code dispose que : " Les échanges d'informations entre les agents des administrations fiscales, d'une part, et les agents des administrations chargées de l'application de la législation sociale et du travail et des organismes de protection sociale, d'autre part, sont effectués conformément aux dispositions prévues par le livre des procédures fiscales, et notamment ses articles L. 97 à L. 99 et L. 152 à L. 162 B. " A ce titre, l'article L. 152 A du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable, rappelle que l'administration des impôts est tenue de communiquer aux organismes débiteurs de prestations familiales toutes les informations nécessaires à l'appréciation des conditions d'ouverture, au maintien des droits et au calcul de ces prestations ainsi qu'au contrôle des déclarations des allocataires.

12. L'exigence résultant de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale, selon laquelle les vérifications et enquêtes administratives diligentées pour les contrôles relatifs au revenu de solidarité active doivent être effectuées par des agents assermentés et agréés, ne peut être utilement invoquée à l'encontre d'une décision de récupération d'indus de revenu de solidarité active prise au seul vu d'une comparaison des déclarations faites par l'allocataire avec les informations transmises par l'administration des impôts conformément aux dispositions de l'article L. 114-14 du code de la sécurité sociale ou toute autre pièce en possession de la caisse, y compris les déclarations antérieures de l'allocataire.

13. Il résulte de l'instruction que les indus en litige ont été mis à la charge de Mme H après que les agents de la caisse d'allocations familiales de l'Eure ont détecté des incohérences d'abord, entre les propres déclarations de l'intéressée, ensuite, entre ses déclarations et les pièces qu'elle avait produites et, enfin, entre ses déclarations et les informations transmises par l'administration des impôts. Mme H ne peut donc utilement soutenir avoir fait l'objet d'une vérification ou d'une enquête au sens de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale qui aurait dû être conduite par un agent assermenté et agréé.

14. En cinquième lieu, si Mme H soutient que les indus de revenu de solidarité active en litige ne peuvent être fondés sur la prise en compte d'une pension alimentaire que lui auraient versée ses parents, il résulte de l'instruction qu'après avoir mis à la charge de l'intéressée, par courrier du 20 mars 2023, un indu de 2 949,99 euros au motif de la prise en compte d'une pension alimentaire, la caf de l'Eure l'a informée le 26 avril 2023 qu'elle procédait à un nouvel examen de sa situation et qu'à l'issue de ce réexamen, la caf a mis à sa charge des indus de 777,78 euros et de 339,21 euros fondés sur la seule prise en compte de l'avantage en nature constitué par son hébergement à titre gratuit. Il en résulte donc que Mme H ne peut utilement arguer de l'illégalité du motif tiré de la prise en compte d'une pension alimentaire, ce motif ne constituant pas le fondement des indus attaqués.

15. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un niveau garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre () ". Selon l'article L. 262-3 du même code : " L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article R. 262-9 du même code : " Sauf lorsqu'ils constituent un élément des revenus professionnels mentionnés à l'article R. 262-12, les avantages en nature procurés par un logement occupé soit par son propriétaire ne bénéficiant pas d'aide personnelle au logement, soit, à titre gratuit, par les membres du foyer, sont évalués mensuellement et de manière forfaitaire : 1° A 12 % du montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 applicable à un foyer composé d'une seule personne () ".

16. Pour contester le bien-fondé des indus litigieux, Mme H soutient qu'un forfait logement ne devait pas être déduit de son RSA car, contribuant aux charges liées à son hébergement chez ses parents, elle ne peut être regardée comme bénéficiant d'un avantage en nature. Cependant, la requérante ne produit aucune pièce démontrant qu'elle participerait au paiement des factures d'eau et d'électricité ou à tout autre charge liée au logement et l'attestation imprécise du 12 mai 2023 non signée de ses parents ne saurait efficacement contredire leurs attestations signées du 9 avril 2023 et du 1er juin 2023 faisant état d'un hébergement à titre gratuit. Par suite, Mme H n'établit pas que les indus en litige ne seraient pas fondés dans leur principe et dans leur montant.

17. Il résulte de ce qui précède que Mme H n'est pas fondée à demander l'annulation des indus de revenu de solidarité active mis à sa charge. Par voie de conséquence, les conclusions présentées aux fins de décharge de l'obligation de les payer et d'injonction de restitution, de remise gracieuse et d'étalement du remboursement doivent, en tout état de cause, être rejetées. Pour le même motif, les conclusions présentées au titre des frais d'instance doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme H est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C H, à Me Sarah Brault, au département de l'Eure et à la caisse d'allocations familiales de l'Eure.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2024.

La magistrate désignée,

signé

H. JEANMOUGINLe greffier,

signé

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2303085

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