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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2303290

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2303290

lundi 17 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2303290
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge Unique 4

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 août 2023, Mme B A demande au tribunal d'annuler la décision du 12 juin 2023 par laquelle la commission de médiation de l'Eure a rejeté son recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement.

Mme A soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle a refusé les logements proposés dans la mesure où ils se trouvaient en rez-de-chaussée et qu'elle s'est déjà fait cambrioler, d'où son souhait d'obtenir un logement en étage.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Van Muylder, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Van Muylder a été entendu au cours de l'audience publique, en présence de M. Mialon, greffier.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A a saisi le 3 avril 2023 la commission de médiation du département de l'Eure d'un recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, au motif que l'attente d'un logement social a dépassé un délai anormalement long. Lors de sa séance du 12 juin 2023, la commission de médiation a rejeté son recours. Le 17 août 2023, Mme A a déposé un recours gracieux devant la commission de médiation afin que la décision défavorable du 12 juin 2023 soit reconsidérée. Par une décision du 16 octobre 2023, la commission de médiation a rejeté le recours gracieux déposé par la requérante. Mme A demande l'annulation de la décision du 12 juin 2023.

2. Aux termes de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " II.- La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / () / - être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur au regard du logement ou de l'hébergement dont il peut disposer en vertu de l'obligation d'aliments définie par les articles 205 et suivants du code civil ; / () / La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus ".

3. Pour rejeter le recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de la demande de logement de Mme A, la commission de médiation a retenu, dans sa décision du 12 juin 2023, un motif lié à ce que " Mme A ne peut se prévaloir qu'elle n'a pas eu de proposition, puisqu'en mai 2023 elle a refusé un logement sis à Vernon et proposé par le bailleur social Monlogement 27 ", et ce pour un motif de convenance personnelle. Elle relève que ce motif n'est pas recevable au regard du besoin de logement de Mme A et ne démontre pas de l'urgence de sa situation.

4. Selon les termes mêmes de la décision attaquée, Mme A a effectué une demande de logement social depuis plus de dix-huit mois. Dès lors, elle pouvait saisir la commission de médiation d'un recours amiable et se trouvait parmi les demandeurs pouvant être désignés par la commission comme prioritaires et devant être logés d'urgence. Toutefois, l'appartenance à l'une des catégories mentionnées à l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation ne suffit pas à elle seule à être désigné prioritaire et devant être logé en urgence, la commission disposant d'un large pouvoir d'appréciation pour déterminer, dans un second temps, si la situation des demandeurs remplissant cette condition présente en outre un caractère d'urgence justifiant qu'il soit fait droit à leur recours amiable.

5. La requérante expose que, ayant déjà habité par le passé dans un logement situé en rez-de-chaussée, elle s'était faite cambrioler et que pour cette raison elle souhaitait obtenir de préférence un logement en étage. Toutefois, sans remettre en cause les faits de cambriolage invoqués par la requérante, cette seule argumentation ne permet pas de contester utilement le motif de rejet de son recours, alors qu'il ressort des pièces du dossier que Mme A a refusé deux précédentes propositions de logement faites par le bailleur Monlogement27, avec comme motif du refus de la proposition l'environnement. Par suite, la décision litigieuse de la commission de médiation n'est pas entachée d'erreur d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 12 juin 2023 par laquelle la commission de médiation du droit au logement de l'Eure a rejeté son recours amiable tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de l'Eure.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juin 2024.

La magistrate désignée,

C. VAN MUYLDER

Le greffier,

J-B. MIALON

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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