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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2304071

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2304071

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2304071
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 octobre 2023, Mme A A B, représentée par la SELARL " EDEN avocats " (Me Leprince), demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision en date du 6 octobre 2023 de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (O.F.I.I.) portant cession des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'O.F.I.I. de lui rétablir les conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, subsidiairement de lui enjoindre à réexaminer sa situation dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à venir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, subsidiairement de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser directement en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition de l'urgence est remplie, dès lors que la décision attaquée la place dans une situation de précarité extrême et qu'elle est gravement malade ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision, dès lors :

o qu'elle est insuffisamment motivée ;

o qu'elle méconnaît l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o qu'elle est entachée d'un défaut d'entretien concernant sa vulnérabilité;

o qu'elle est entachée d'un défaut d'examen personnalisé ;

o qu'elle méconnaît l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o qu'elle est entachée d'une erreur de droit ;

o qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

o qu'elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

o qu'elle méconnaît l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 et l'article 1er de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

o qu'elle porte atteinte à la dignité humaine.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 14 octobre 2023 sous le numéro 2304070 par laquelle Mme A B demande l'annulation de la décision attaquée ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive UE n° 2013/33 du 26 juin 2013 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Van Muylder, vice-présidente pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante angolaise née le 21 avril 1998, bénéficie depuis le 23 mars 2023 des conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Par une décision en date du 6 octobre 2023, dont la requérante demande la suspension de l'exécution, l'OFII a mis fin à ces conditions matérielles d'accueil au motif que Mme A B n'aurait pas respecté les exigences des autorités chargés de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique permet d'admettre provisoirement un demandeur à l'aide juridictionnelle. S'il n'appartient qu'au bureau d'aide juridictionnelle de statuer sur toutes les conditions d'admission à l'aide juridictionnelle, l'admission provisoire à cette aide peut être refusée si une de ces conditions apparaît manifestement non remplie.

3. Les dispositions de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 prévoient que l'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable ou dénuée de fondement. Ainsi qu'il est dit ci-après, la requête de Mme A B ne remplit manifestement pas la condition tenant à l'urgence à statuer qui est une des conditions de mise en œuvre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. La demande est donc manifestement dénuée de fondement. Par suite, la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle doit être rejetée.

Sur le bien-fondé de la demande de référé :

4. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". L'article L. 522-3 de ce code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il en résulte qu'il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant l'octroi des conditions matérielles d'accueil à un demandeur d'asile, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de ce refus sur la situation concrète de l'intéressé. Il appartient ainsi au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

6. Pour justifier de la condition d'urgence, Mme A B fait valoir qu'elle ne dispose d'aucune ressource, d'aucun moyen de subsistance, et se trouve dans une situation d'extrême précarité. Toutefois, la requérante, qui est célibataire et sans enfant, ne justifie ni même n'allègue aucune situation témoignant d'une quelconque vulnérabilité. En outre, si la requérante soutient qu'elle est gravement malade, les pièces produites, à savoir un certificat de passage au centre hospitalier universitaire de Rouen daté du 22 septembre 2023 et un certificat médical daté du même jour d'un praticien hospitalier du service des maladies infectieuses et tropicales du centre hospitalier universitaire de Rouen, ne précisent ni la pathologie dont elle est atteinte ni le traitement suivi. Dans ces conditions, en l'état de l'instruction, Mme A B ne justifie pas, par les pièces qu'elle produit, d'une situation d'urgence, laquelle s'apprécie concrètement.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision en cause, que Mme A B n'est pas fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision du 6 octobre 2023 par laquelle l'OFII a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : La demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par de Mme A B est rejetée.

Article 2 : La requête de Mme A B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A A B et à Me Leprince.

Fait à Rouen, le 19 octobre 2023.

La juge des référés

C. Van Muylder

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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