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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2304164

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2304164

mardi 20 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2304164
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantBOILEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 octobre 2023, M. B E et Mme A E, agissant tant en leur nom personnel qu'en leur qualité de représentants légaux de leur fils mineur H E, représentés par Me Greco, demande au juge des référés d'ordonner une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, portant sur les conditions de sa prise en charge médicale, à compter du 16 novembre 2021, par le groupe hospitalier du Havre (GHH), le centre hospitalier universitaire (CHU) de Rouen, l'hôpital Marie Lannelongue, en présence également de l'Office national des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM).

Par un mémoire, enregistré le 30 octobre 2023, la caisse primaire d'assurance maladie du Calvados indique qu'elle n'est pas en mesure de fournir un décompte définitif et se réserve le droit de le faire ultérieurement, lorsque l'expertise aura eu lieu.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2023, l'ONIAM, représenté par Me Saidji, formule protestations et réserves sans toutefois s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée et demande que la mission confiée à l'expert soit complétée suivant les termes de son mémoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 novembre 2023, le CHU de Rouen, représenté par Me Chiffert, formule protestations et réserves sans toutefois s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée dont il demande qu'elle soit confiée à un collège d'experts composé d'un spécialiste en chirurgie cardiaque pédiatrique, d'un spécialiste en réanimation pédiatrique et d'un spécialiste en neuropédiatrie dont la mission pourra être complétée suivant les termes de son mémoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 novembre 2023, le GHH, représenté par Me Boizard, formule protestations et réserves sans toutefois s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée dont il demande qu'elle soit confiée à un collège d'experts composé d'un spécialiste en cardiologie pédiatrique et d'un spécialiste en infectiologie dont la mission pourra être complétée suivant les termes de son mémoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 décembre 2023, l'hôpital Marie Lannelongue, représenté par Me Boileau, formule protestations et réserves quant aux faits exposés dans la requête sans toutefois s'opposer à la mesure d'expertise dont il demande qu'elle soit confiée à un expert ou à un collège d'experts dont la mission pourra être complétée suivant les termes de son mémoire. Il demande également que les consorts E supportent l'avance des frais d'expertise.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

2. Les mesures d'expertise demandées par M. B E et Mme A E entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a donc lieu de faire droit à sa demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

3. Aux termes des dispositions de l'article R. 621-12 du code de justice administrative : " Le président de la juridiction, après consultation du président de la formation de jugement, peut, soit au début de l'expertise, soit au cours de l'expertise ou après le dépôt du rapport et jusqu'à l'intervention du jugement sur le fond, accorder aux experts et aux sapiteurs, sur leur demande, une allocation provisionnelle à valoir sur le montant de leurs honoraires et débours. Il précise la ou les parties qui devront verser ces allocations. Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, cette allocation provisionnelle est, en principe, mise à la charge de la partie qui a demandé le prononcé de la mesure d'expertise. Toutefois, pour des raisons d'équité, elle peut être mise à la charge d'une partie ou partagée entre les parties () ".

4. Il résulte des dispositions précitées qu'il appartient au seul président de la juridiction de désigner la ou les parties qui assumeront la charge de l'éventuelle allocation provisionnelle. Il suit de là que les conclusions présentées par l'hôpital Marie Lannelongue tendant à mettre à la charge des requérants l'avance des frais d'expertise doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Un collège d'experts, composé de la Pr C I, spécialiste en neuropédiatrie, élisant domicile à l'hôpital Necker Enfants G, 149 rue de Sèvres à Paris 15 (75015) et du Pr F D, spécialiste en chirurgie cardiaque, demeurant 2 rue du Rivaux à Berthegon (86420), est désigné. Il aura pour mission :

1°) de convoquer l'ensemble des parties ;

2°) de se faire communiquer l'ensemble des éléments qu'il estimera utiles au bon accomplissement de sa mission et d'entendre tout sachant ;

3°) de procéder à l'examen médical de l'enfant H E et de décrire son état de santé ;

4°) de décrire les soins qui lui ont été prodigués, à compter du 16 novembre 2021, par le GHH, le CHU de Rouen et l'hôpital Marie Lannelongue et de dire s'ils ont été consciencieux, attentifs et conformes aux données acquises de la science médicale ou si, le cas échéant, des manquements ont été commis lors de la prise en charge de l'intéressée dans ces établissements de santé ;

5°) de donner, notamment, son avis sur la question de savoir si le 7 décembre 2021 ou les jours suivants, devant la persistance des vomissements et de la perte de poids de H, le traitement par Lasilix aurait dû être administré par perfusion afin de permettre une meilleure assimilation du médicament, si des examens complémentaires auraient dû être prescrits, si toutes les mesures ont été prises pour éviter la déshydratation de l'enfant et si l'intervention en chirurgie cardiaque aurait dû être programmée avant le 15 janvier 2022 compte-tenu du début de défaillance cardiaque apparue le 15 novembre 2021 ;

6°) de donner tous éléments permettant de déterminer si l'infection contractée par l'enfant est nosocomiale ;

7°) sur la prise en charge des complications infectieuses, de donner, notamment, son avis la question de savoir si l'infection associée aux soins dont a bénéficié H est à l'origine de l'AVC cérébelleux et de l'hématome sous-dural ;

8°) de fournir l'ensemble des éléments de nature à permettre de déterminer les responsabilités encourues ;

9°) de déterminer, le cas échéant, l'existence d'une perte de chances pour l'intéressé d'avoir échappé aux complications en cause et de chiffrer cet éventuel taux de perte de chances lié notamment aux manquements invoqués ;

10°) de fixer la date de consolidation de l'état de santé de l'intéressé et, dans l'impossibilité, d'indiquer la date prévisible à laquelle elle est susceptible d'intervenir ;

11°) de déterminer l'étendue des préjudices au regard des postes de préjudices suivants, en donnant toutes précisions permettant de les rattacher à l'action d'un ou de plusieurs établissements de santé :

a. Préjudices patrimoniaux temporaires :

- Dépenses de santé actuelles ;

- Frais divers ;

- Pertes de gains professionnels actuels ;

b. Préjudices patrimoniaux permanents :

- Dépenses de santé futures ;

- Frais de logement adapté ;

- Frais de véhicule adapté ;

- Assistance par tierce personne ;

- Pertes de gains professionnels futurs ;

- Incidence professionnelle ;

- Préjudice scolaire, universitaire ou de formation ;

c. Préjudices extrapatrimoniaux temporaires :

- Déficit fonctionnel temporaire ;

- Souffrances endurées ;

- Préjudice esthétique temporaire ;

d. Préjudices extrapatrimoniaux permanents :

- Déficit fonctionnel permanent ;

- Préjudice d'agrément ;

- Préjudice esthétique permanent ;

- Préjudice sexuel ;

- Préjudice d'établissement ;

- Préjudices permanents exceptionnels.

12°) de se faire communiquer l'ensemble des débours de l'organisme social.

Article 2 : Le collège d'experts accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 3 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe par voie électronique, dans les six mois suivant la notification de la présente ordonnance. En application des dispositions de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, des copies du rapport seront notifiées aux parties par le collège d'experts. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 4 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 5 : Les conclusions présentées par l'hôpital Marie Lannelongue au titre de l'avance des frais d'expertise sont rejetées.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B E, à Mme A E, à la caisse primaire d'assurance maladie du Havre, à la caisse primaire d'assurance maladie du Calvados, au groupe hospitalier du Havre, au centre hospitalier universitaire de Rouen, à l'hôpital Marie Lannelongue, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des infections nosocomiales et des affections iatrogènes, au Pr C I et au Pr F D, experts.

Fait à Rouen, le 20 février 2024.

La juge des référés,

A. GAILLARD

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