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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2304166

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2304166

vendredi 10 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2304166
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 octobre 2023, Mme A A B, représentée par la SELARL " EDEN avocats " (Me Leprince), demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision en date du 6 octobre 2023 de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (O.F.I.I.) portant cessation des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'O.F.I.I. de lui rétablir les conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, subsidiairement de lui enjoindre à réexaminer sa situation dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à venir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, subsidiairement de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser directement en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition de l'urgence est remplie, dès lors que la décision attaquée la place dans une situation de précarité extrême et qu'elle est gravement malade ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision, dès lors :

o qu'elle est insuffisamment motivée ;

o qu'elle méconnaît l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o qu'elle est entachée d'un défaut d'entretien concernant sa vulnérabilité;

o qu'elle est entachée d'un défaut d'examen personnalisé ;

o qu'elle méconnaît l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o qu'elle est entachée d'une erreur de droit ;

o qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

o qu'elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

o qu'elle méconnaît l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 et l'article 1er de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

o qu'elle porte atteinte à la dignité humaine.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition de l'urgence n'est pas remplie ;

- les moyens soulevés au soutien de sa requête ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 14 octobre 2023 sous le numéro 2304070 par laquelle Mme A B demande l'annulation de la décision attaquée ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive UE n° 2013/33 du 26 juin 2013 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Van Muylder, vice-présidente pour statuer sur les demandes de référé.

Après avoir convoqué les parties à l'audience publique.

Au cours de l'audience publique du 7 novembre 2023 à 15h00, ont été entendus :

- le rapport de Mme Van Muylder,

- et les observations de Me Souty, pour Mme A B.

L'OFII n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application du premier alinéa de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante angolaise née le 21 avril 1998, bénéficie depuis le 23 mars 2023 des conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Par une décision en date du 6 octobre 2023, dont la requérante demande la suspension de l'exécution, l'OFII a mis fin au bénéfice de ces conditions matérielles d'accueil au motif que Mme A B n'aurait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Les dispositions de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 prévoient que l'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable ou dénuée de fondement. Ainsi qu'il est dit ci-après, eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme A B au bénéfice de l'aide juridictionnelle dans le cadre de la présente instance.

Sur le bien-fondé de la demande de référé :

4. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

5. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () ".

6. En l'état de l'instruction, aucun des moyens tels qu'analysés dans les visas ne sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision du directeur de l'O.F.I.I. du 6 octobre 2023 mettant fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition de l'urgence, que les conclusions de Mme A B présentées aux fins de suspension de la décision du 6 octobre 2023 doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions présentées aux fins d'injonction sous astreinte et de celles relatives aux frais de l'instance.

ORDONNE :

Article 1er : Mme A B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme A B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A A B, à Me Leprince et à l'office français pour l'immigration et l'intégration.

Fait à Rouen, le 10 novembre 2023.

La juge des référés, Le greffier,

SignéSigné

C. VAN MUYLDER J.-B. MIALON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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