vendredi 12 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2304367 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4 ème Chambre |
| Avocat requérant | VINCENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 4 novembre 2023, 6 décembre 2023 et 4 mai 2024, Mme A B, représentée par Me Vincent, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune d'Eslettes à lui verser la somme totale de 50 000 euros au titre des préjudices subis, assortie des intérêts au taux légal à compter du 5 juillet 2023 et capitalisation de ces intérêts ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Eslettes la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B soutient que :
- la responsabilité pour faute de la commune est engagée du fait du non-respect de la protection fonctionnelle lui ayant été accordée ;
- la responsabilité de la commune est engagée du fait du harcèlement moral qu'elle a subi ;
- son préjudice au titre des souffrances endurées est évalué à 30 000 euros ;
- son préjudice d'agrément et lié au trouble dans les conditions d'existence est évalué à 20 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 30 janvier 2024 et 10 juin 2024, la commune d'Eslettes, représentée par Me Loevenbruck, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme B la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- sa responsabilité n'est pas engagée d'une part, en l'absence de faute concernant le respect de la protection fonctionnelle accordée à Mme B, et d'autre part, en l'absence d'éléments permettant de présumer un harcèlement moral subi par cet agent ;
- Mme B ne justifie pas son préjudice relatif aux souffrances endurées ;
- la demande d'indemnisation de son préjudice d'agrément et lié au troubles dans les conditions d'existence est irrecevable en l'absence de liaison préalable du contentieux à ce titre.
Mme B, représentée par Me Vincent, a présenté un mémoire, enregistré le 20 juin 2024, non communiqué.
Mme B, représentée par Me Vincent, a présenté une note en délibéré, enregistrée le 5 juillet 2024, non communiquée.
Vu :
- la décision du 27 septembre 2023 par laquelle Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Favre,
- les conclusions de Mme Delacour, rapporteure publique,
- et les observations de Mme B et de Me Delaunay, représentant la commune d'Eslettes.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, adjointe technique territoriale, a été recrutée par la commune d'Eslettes le 1er janvier 2019 en qualité de remplaçante, puis à compter du 1er septembre 2020 par la voie d'un contrat à durée déterminée pour une durée d'un an, ayant fait l'objet de deux renouvellements, dont le dernier a été refusé par l'intéressée. Par un courrier du 3 juillet 2023, réceptionné le 5 juillet 2023 et resté sans réponse, l'intéressée a adressé une demande indemnitaire préalable concernant les préjudices qu'elle estime avoir subis au regard, d'une part, de la faute commise par la collectivité du fait du non-respect de la protection fonctionnelle lui ayant été accordée et, d'autre part, du harcèlement moral qu'elle a subi. Dans la présente instance, Mme B demande la condamnation de la commune d'Eslettes à la somme de 30 000 euros au titre des souffrances endurées et à la somme de 20 000 euros au titre du préjudice d'agrément et lié aux troubles dans les conditions d'existence.
Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :
En ce qui concerne la faute tirée de l'absence de respect de la protection fonctionnelle :
2. Aux termes des dispositions de l'article L. 134-1 du code général de la fonction publique : " L'agent public ou, le cas échéant, l'ancien agent public bénéficie, à raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire, dans les conditions prévues au présent chapitre. ". Aux termes des dispositions de l'art. L. 134-5 du code précité : " La collectivité publique est tenue de protéger l'agent public contre les atteintes volontaires à l'intégrité de sa personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. / Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. ". Ces dispositions établissent à la charge de l'administration une obligation de protection de ses agents dans l'exercice de leurs fonctions, à laquelle il ne peut être dérogé que pour des motifs d'intérêt général. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles l'agent est exposé, mais aussi d'assurer à celui-ci une réparation adéquate des torts qu'il a subis. La mise en œuvre de cette obligation peut notamment conduire l'administration à assister son agent dans l'exercice des poursuites judiciaires qu'il entreprendrait pour se défendre. Il appartient dans chaque cas à l'autorité administrative compétente de prendre les mesures lui permettant de remplir son obligation vis-à-vis de son agent, sous le contrôle du juge et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.
3. A l'appui de sa demande de protection fonctionnelle du 13 septembre 2022, Mme B faisait état de violences verbales, d'intimidations, d'humiliations et de menaces physiques tenues par une de ses collègues, à laquelle la protection fonctionnelle a été également accordée. Dans son courrier d'accord de protection fonctionnelle du 27 octobre 2022, le maire de la commune invite Mme B à un suivi par le service de la médecine préventive, la place sous son autorité hiérarchique directe et interdit aux intéressées de rentrer en contact direct. Mme B reproche à la commune l'insuffisance des mesures dans le cadre de la protection fonctionnelle accordée dès lors qu'étant affectée au service de restauration scolaire de la ville, elle continue de côtoyer sa collègue lorsque celle-ci déjeune. Elle allègue, attestations émanant de ses collègues à l'appui, que sa collègue lui fait subir des brimades et des moqueries devants ses collègues et les élèves. Toutefois, la requérante n'établit ni même n'allègue que ce comportement, s'il était avéré et qui s'inscrit tout du moins dans un contexte de tension professionnelle entre les deux intéressées, revêtirait le caractère d'une atteinte au sens de l'article L. 134-5 précité. Ainsi, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la collectivité n'aurait pas pris les mesures appropriées au titre de l'obligation de protection prévue par l'article L. 134-5 précité. Par suite, la responsabilité de la commune ne peut donc être engagée à ce titre.
En ce qui concerne le harcèlement moral :
4. Aux termes des dispositions de l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun agent public ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ".
5. D'une part, il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
6. D'autre part, pour apprécier si des agissements, dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral, revêtent un tel caractère, le juge doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Le préjudice résultant de ces agissements pour l'agent victime doit alors être intégralement réparé.
7. Pour établir qu'elle a fait l'objet d'un harcèlement moral, Mme B fait valoir qu'elle a fait l'objet d'humiliations et de moqueries par une collègue exerçant les fonctions de secrétaire de mairie et chargée de gestion des contrats de travail et des ressources humaines, notamment à l'occasion d'un entretien qui s'est déroulé le 7 juillet 2022 avec le maire et l'adjointe aux affaires scolaires. La requérante affirme avoir été menacée par cette personne lors d'une altercation le 2 septembre 2022. Elle relaye que, malgré l'octroi de la protection fonctionnelle le 27 septembre 2023, elle a continué de subir les moqueries de sa collègue lorsque celle-ci déjeune au réfectoire, durant son service. Mme B soutient également avoir été victime d'un harcèlement moral de la part de l'exécutif municipal depuis qu'elle a contesté devant le tribunal la décision de retrait de la promesse de sa titularisation. Elle relève que le maire a refusé d'organiser une rencontre avec un représentant syndical pour amorcer une médiation sur sa situation. Elle souligne que sa hiérarchie a réalisé des visites inopinées sur son lieu de travail pour exercer une pression sur elle et lui a adressé des reproches injustifiés sur la réalisation de son travail. La requérante fait état d'un contrôle médical le 28 février 2023, le lendemain de sa reprise à la suite d'un arrêt de travail, en raison de soupçon d'" arrêt de complaisance ". Elle fait valoir que le maire l'a qualifiée d'" agent municipal contractuel insatisfait de sa situation et vindicatif " lors de la séance du conseil municipal du 20 octobre 2022. L'intéressée précise que, lors de son entretien professionnel du 28 mars 2023, son employeur a fait état de la procédure en cours devant le tribunal et qu'elle n'a pas été reçue lors d'un second entretien professionnel malgré la contestation de son évaluation. Mme B invoque également l'absence de versement de prime de précarité et l'irrégularité de l'attestation transmise à Pôle emploi à la suite du non-renouvellement de son contrat.
8. Si les relations entre Mme B et sa collègue étaient manifestement tendues et durablement dégradées, les deux intéressées ayant sollicité la protection fonctionnelle à la suite de l'altercation survenue le 2 septembre 2022, il résulte de l'instruction que les propos que la secrétaire de mairie a pu tenir à l'égard de la requérante, s'ils sont avérés, ne présentent pas le caractère humiliant ou dégradant allégué par celle-ci, ni ne traduisent une volonté avérée et réitérée de la déstabiliser. Les pièces versées aux débats par Mme B, notamment les attestations émanant d'anciens collègues, sont insuffisamment précises et circonstanciées pour laisser présumer l'existence d'agissements répétés ayant pour objet ou pour effet de dégrader ses conditions de travail. Enfin, les autres faits décrits au point précédent, pris séparément ou même dans leur ensemble, ne révèlent pas des demandes de l'autorité territoriale excédant un exercice normal du pouvoir hiérarchique, ni trouvent en tout état de cause leur justification dans des raisons qui étaient étrangères à l'intérêt du service, notamment compte tenu des dysfonctionnements précédemment observés. Il résulte en outre de l'instruction que, si son employeur a organisé une visite avec le médecin de prévention le 1er juillet 2022, de même que le 28 février 2023 avec le médecin agréé, celles-ci avaient pour objet de s'assurer de la compatibilité de son état de santé avec ses missions au moment de la reprise de ses fonctions à la suite d'un arrêt de travail. De plus, l'absence de versement de la prime de précarité et l'irrégularité de l'attestation transmise à Pôle Emploi à la suite du non-renouvellement de son contrat, à laquelle la collectivité a d'ailleurs remédié, ne sauraient pas plus faire présumer des faits entrant dans la qualification de harcèlement moral. Enfin, si Mme B produit des pièces médicales attestant du syndrome anxio-dépressif dont elle souffre, ces documents, qui se bornent à reprendre les déclarations de l'intéressée, ainsi que la reconnaissance du caractère de maladie professionnelle par l'Assurance-maladie le 18 janvier 2024, ne peuvent suffire à faire présumer des faits constitutifs de harcèlement moral de la part de sa hiérarchie. La requérante n'apporte pas d'autre élément à même d'étayer ses autres allégations susceptibles de révéler la détérioration de ses conditions de travail, telle que décrite dans ses écritures. Dans ces conditions, les éléments de fait soumis par Mme B ne permettent pas de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral.
9. Il résulte ce qui précède que les conclusions de Mme B tendant à la condamnation de la commune suite au harcèlement moral qu'elle estime avoir subi doivent être rejetées.
10. Il résulte de ce tout ce qui précède, sans qu'il sans besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions aux fins indemnitaires présentées par Mme B doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par Mme B doivent dès lors être rejetées. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme B la somme demandée par la commune d'Eslettes également à ce titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune d'Eslettes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Vincent et à la commune d'Eslettes.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Van Muylder, présidente,
- M. Cotraud, premier conseiller,
- Mme Favre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.
La rapporteure,
Signé : L.FAVRE
La présidente,
Signé : C.VAN MUYLDER Le greffier,
Signé : J.-B. MIALON
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
J.-B. MIALON
N°2304367
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026