mercredi 12 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2304569 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique 4 |
| Avocat requérant | LECLERCQ AVOCATS ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 novembre 2023, et un mémoire, enregistré le 15 octobre 2024, Mme A, représentée par Me Malet, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 1er septembre 2023 et l'arrêté confirmatif du 13 octobre 2023 par lesquels le président du conseil départemental de l'Eure a prononcé à l'encontre de Mme A une sanction disciplinaire de blâme ;
2°) de condamner le département de l'Eure à verser à Mme A la somme de 5 000 euros au titre de son préjudice moral ;
3°) de mettre à la charge du département de l'Eure la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de la décision attaquée ;
- la décision attaquée n'est pas motivée ;
- elle est entachée de plusieurs vices de procédure ;
- la matérialité des faits n'est pas établie ;
- la sanction est disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 avril 2024, et un mémoire complémentaire enregistré le 17 janvier 2025, le département de l'Eure, représenté par Me Tarteret, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme A la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 84-961 du 25 octobre 1984 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Van Muylder, vice-présidente, comme juge statuant seul dans les matières indiquées à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Van Muylder,
- les conclusions de Mme Delacour, rapporteure publique,
- les observations de Me Malet pour Mme A,
- et celles de Me Tarteret pour le département de l'Eure.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, adjoint technique territorial de 2ème classe des établissements d'enseignement est affectée au collège Georges Pompidou à Pacy-sur-Eure depuis le 1er décembre 2012. A la suite de signalements intervenus le 16 décembre 2022, une cellule d'écoute a été mise en place le 5 janvier 2023. Le 9 janvier 2023, Mme A s'est vue notifier un arrêté portant suspension de fonctions à titre conservatoire pour une durée de quatre mois en vue de l'organisation d'une enquête interne au sein de l'établissement. Par arrêté du 9 mai 2023, Mme A a été réintégrée et affectée à titre provisoire au collège de Cervantès à Vernon. Par arrêté du 13 octobre 2023, le président du conseil départemental de l'Eure a décidé d'infliger un blâme à Mme A.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, d'une part, aux termes du quatrième alinéa de l'article L. 3221-3 du code général des collectivités territoriales : " () Le président du conseil départemental est le chef des services du département. Il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, donner délégation de signature en toute matière aux responsables desdits services. ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 3131-1 du code général des collectivités territoriales : " I. - Les actes pris par les autorités départementales sont exécutoires de plein droit dès qu'ils ont été portés à la connaissance des intéressés dans les conditions prévues au présent article () / Le président du conseil départemental peut, sous sa responsabilité, certifier le caractère exécutoire d'un acte. () / III. Les actes réglementaires () font l'objet d'une publication sous forme électronique, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, de nature à garantir leur authenticité et à assurer leur mise à disposition du public de manière permanente et gratuite. () ". Selon l'article R. 3131-2 du même code : " I. ' Les actes publiés sous forme électronique sont mis à la disposition du public sur le site internet du département dans leur intégralité, sous un format non modifiable et dans des conditions propres à en assurer la conservation, à en garantir l'intégrité et à en effectuer le téléchargement. / La version électronique de ces actes comporte la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de leur auteur ainsi que la date de mise en ligne de l'acte sur le site internet du département. La durée de publicité de l'acte ne peut pas être inférieure à deux mois. () ".
4. La décision attaquée est signée par M. B C, directeur général des services du département de l'Eure. Par un arrêté du 10 octobre 2023, le président du conseil départemental de l'Eure a délégué sa signature à M. B C lui permettant, selon l'article 4 de cet arrêté, de signer tous les actes relatifs à l'exercice du pouvoir disciplinaire, et notamment les décisions portant sanction disciplinaire. Toutefois, il ne ressort d'aucune pièce du dossier ni de la consultation du site internet du département de l'Eure que cette délégation aurait fait l'objet, au plus tard à la date de la décision attaquée, de la publication électronique exigée par les dispositions des articles L. 3131-1 et R. 3131-2 du code général des collectivités territoriales, qui conditionne l'opposabilité des actes règlementaires, lesquels comprennent les décisions portant délégation de signature. Par suite, Mme A est fondée à soutenir que la décision du 13 octobre 2023 est entachée d'incompétence.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 530-1 du code général de la fonction publique : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire () ". Aux termes de l'article L. 533-1 du même code : " Les sanctions disciplinaires pouvant être infligées aux fonctionnaires sont réparties en quatre groupes : / 1° Premier groupe : / a) L'avertissement ; / b) Le blâme () ".
6. Aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
7. Par ces dispositions, le législateur a entendu imposer à l'autorité qui prononce une sanction l'obligation de préciser elle-même dans sa décision les griefs qu'elle entend retenir à l'encontre du fonctionnaire, de sorte que ce dernier puisse à la seule lecture de la décision qui lui est notifiée connaître les motifs de la sanction qui le frappe.
8. Si la décision attaquée comporte les considérations de droit qui en constituent le fondement, elle se borne à faire état d'un comportement inadapté et de la tenue de propos discriminatoires sans aucune autre précision. Dans ces conditions, Mme A est fondée à soutenir que la décision attaquée est insuffisamment motivée.
9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 1er septembre 2023 réitérée par l'arrêté du 13 octobre 2023 prononçant à son encontre une sanction de blâme.
Sur les conclusions indemnitaires :
10. Si l'intervention d'une décision illégale peut constituer une faute susceptible d'engager la responsabilité de la collectivité publique, elle ne saurait donner lieu à réparation si, dans le cas d'une procédure régulière, la même décision aurait pu légalement être prise.
11. Mme A nie avoir commis les faits qui lui sont reprochés. Toutefois, il résulte de l'instruction, et notamment de cinq témoignages sur les huit produits, dont l'anonymat a été levé dans la présente instance, qu'un grand nombre d'agents entendus à l'occasion de la cellule d'écoute et de l'enquête administrative, témoignent de façon précise et concordante, et sans se borner à rapporter des propos émanant d'autres agents sans en avoir été le destinataire ou le témoin direct, d'un comportement inadapté de l'intéressée à l'égard d'autres agents, par la tenue à plusieurs reprises de propos familiers, grossiers, moqueurs, dévalorisants voire humiliants, portant notamment sur l'apparence physique ou encore leur tenue vestimentaire. Les attestations de certains collègues produites par la requérante ne permettent pas d'exclure l'adoption d'un tel comportement à l'égard d'autres collègues, et ne sauraient dès lors suffire à remettre en cause la matérialité de ces faits. Il en est de même de ses différentes évaluations qui font état de sa bienveillance et d'une attitude respectueuse. Les faits reprochés, certes non datés, mais précisément décrits, doivent dès lors être regardés dans leur globalité comme matériellement établis et sont constitutifs d'une faute, en ce qu'ils caractérisent une méconnaissance des obligations de dignité et de respect qui s'imposent à tout agent public, ayant eu pour effet par ailleurs d'affecter le climat de travail. Le blâme, sanction relevant du 1er groupe, n'est pas, eu égard à la nature, à leur répétition, à l'étendue et à la gravité des faits ainsi retenus, disproportionné.
12. Dans ces conditions, dès lors que la sanction prononcée est fondée, Mme A n'est pas fondée demander la condamnation du département de l'Eure.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de l'Eure le versement à Mme A de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que demande le département de l'Eure au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 1er septembre 2023 et l'arrêté du 13 octobre 2023 sont annulés.
Article 2 : Le département de l'Eure versera à Mme A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées par le département de l'Eure sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et au département de l'Eure.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2025.
La magistrate désignée,
Signé :
C. VAN MUYLDERLe greffier,
Signé :
J-B MIALON
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
J.-B. MIALON
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026