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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2304653

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2304653

mardi 20 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2304653
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSCP D AVOCATS SAIDJI ET MOREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 novembre 2023, Mme E A, représentée par Me Leroux, demande au tribunal d'ordonner une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, portant sur les conditions de sa prise en charge médicale, à compter du 19 janvier 2021 par le centre hospitalier (CH) du Belvédère de Mont-Saint-Aignan puis, à compter du 25 janvier 2021, par le centre hospitalier universitaire de Rouen.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 décembre 2023, le CHU de Rouen, représenté par Me Chiffert, ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée dont il demande qu'elle soit confiée à un collège d'experts composé d'un spécialiste en gynécologie et d'un spécialiste en chirurgie digestive.

Par un mémoire, enregistré le 19 décembre 2023, la caisse primaire d'assurance maladie du Calvados indique qu'elle n'est pas en mesure de fournir un décompte définitif et se réserve le droit de le faire ultérieurement, lorsque l'expertise aura eu lieu.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 décembre 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me Saidji, formule protestations et réserves quant à la mesure d'expertise sollicitée sans toutefois s'y opposer et demande que la mission confiée à l'expert soit complétée suivant les termes de son mémoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 janvier 2024, le CH du Belvédère et le Dr C D, représentés par Me Tamburini-Bonnefoy :

1°) demandent la mise hors de cause du Dr C D ;

2°) ne s'opposent pas à la mesure d'expertise sollicitée dont ils demandent qu'elle soit confiée à un chirurgien gynécologue obstétricien, qui aura la possibilité d'être assisté d'un sapiteur, dont la mission pourra être complétée suivant les termes de leur mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

2. Les mesures d'expertise demandées par Mme E A entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a donc lieu de faire droit à sa demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 2 de la présente ordonnance.

3. Il résulte de l'instruction que dès lors que le Dr D est intervenu en qualité de praticien du service public hospitalier, sa responsabilité n'est pas susceptible d'être mise en cause devant la juridiction administrative. Il y a donc lieu de faire droit à sa demande ainsi qu'à celle du CH du Belvédère tendant à la mise hors de cause de ce praticien. Toutefois, rien ne s'oppose à ce que ce médecin soit entendu en qualité de sachant.

O R D O N N E :

Article 1er : Le Dr C D est mis hors de cause.

Article 2 : Le Dr F B, élisant domicile au centre hospitalier Duchenne, allée Jacques Monod, à Boulogne-sur-Mer (562321), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission :

1°) de convoquer l'ensemble des parties ;

2°) de se faire communiquer l'ensemble des éléments qu'il estimera utiles au bon accomplissement de sa mission et d'entendre tout sachant ;

3°) de procéder à l'examen médical de Mme E A et de décrire son état de santé actuel ainsi que celui présenté avant et après sa prise en charge médicale, le 19 janvier 2021, par le CH du Belvédère ;

4°) de décrire les soins qui lui ont été prodigués par le CH du Belvédère à compter du 19 janvier 2021 et par le CHU de Rouen à compter du 25 janvier 2021 et de dire s'ils ont été consciencieux, attentifs et conformes aux données acquises de la science médicale ou si, le cas échéant, des manquements ont été commis lors de la prise en charge de l'intéressée dans ces établissements publics de santé ;

5°) dans l'hypothèse où l'expert n'aurait pas relevé de manquement, ou si ceux-ci ne sont pas à l'origine de l'intégralité des dommages subis par la victime de donner son avis sur le point de savoir si l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles Mme A aurait été exposée en l'absence d'intervention ; si tel n'est pas le cas, de donner son avis sur le point de savoir si la survenance du dommage présentait en l'espèce une probabilité faible (à exprimer si possible en pourcentage) ;

6°) de dire si Mme A a été victime d'une infection et, dans l'affirmative, en rechercher l'origine plausible et les facteurs ayant favorisé son développement ;

7°) de donner son avis sur le point de savoir si cette infection est d'origine nosocomiale ;

8°) de donner son avis sur le point de savoir si Mme E A a bénéficié d'une information claire, loyale et appropriée ;

9°) de fournir l'ensemble des éléments de nature à permettre de déterminer les responsabilités encourues ;

10°) de déterminer, le cas échéant, l'existence d'une perte de chances pour l'intéressée d'avoir échappé aux complications en cause et de chiffrer cet éventuel taux de perte de chances lié notamment aux manquements invoqués ;

11°) de fixer la date de consolidation de l'état de santé de l'intéressé et, dans l'impossibilité, d'indiquer la date prévisible à laquelle elle est susceptible d'intervenir ;

12°) d'évaluer les chefs de préjudices de Mme A en les rattachant aux manquements, aléas ou infections relevés :

a. Préjudices patrimoniaux temporaires :

- Dépenses de santé actuelles ;

- Frais divers ;

- Pertes de gains professionnels actuels ;

b. Préjudices patrimoniaux permanents :

- Dépenses de santé futures ;

- Frais de logement adapté ;

- Frais de véhicule adapté ;

- Assistance par tierce personne ;

- Pertes de gains professionnels futurs ;

- Incidence professionnelle ;

- Préjudice scolaire, universitaire ou de formation ;

c. Préjudices extrapatrimoniaux temporaires :

- Déficit fonctionnel temporaire ;

- Souffrances endurées ;

- Préjudice esthétique temporaire ;

d. Préjudices extrapatrimoniaux permanents :

- Déficit fonctionnel permanent ;

- Préjudice d'agrément ;

- Préjudice esthétique permanent ;

- Préjudice sexuel ;

- Préjudice d'établissement ;

- Préjudices permanents exceptionnels.

13°) de se faire communiquer l'ensemble des débours de l'organisme social.

Article 3 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 4 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe par voie électronique, dans les six mois suivant la notification de la présente ordonnance. En application des dispositions de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, des copies du rapport seront notifiées aux parties par l'expert. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 5 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E A, à la caisse primaire d'assurance maladie de Rouen Elbeuf Dieppe Seine-Maritime, à la caisse primaire d'assurance maladie du Calvados, au centre hospitalier universitaire de Rouen, au centre hospitalier du Belvédère, au Dr C D, à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et au Dr F B, expert.

Fait à Rouen, le 20 février 2024.

La juge des référés,

A. GAILLARD

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