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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2400078

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2400078

mardi 12 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2400078
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantTAMBURINI-BONNEFOY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 janvier 2024 et le 23 avril 2024, Mme C B , M. F G, Mme E G, M A G, représentés par Me Szwarc, demandent au juge des référés :

1°) de condamner le centre hospitalier de Gisors à verser une provision, en application de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :

* D'un montant de 70 000 euros à Mme B,

* D'un montant de 50 000 euros à M. F G,

* D'un montant de 15 000 euros chacun à Mme E et M. A G,

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Gisors, outre les entiers dépens, la somme de 2 000 euros à verser aux requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable y compris en ce qui concerne les conséquences de l'insuffisance rénale ;

- au titre des préjudices patrimoniaux temporaires, elle pourrait prétendre à 5 607,43 euros pour ses frais divers et de déplacements, à 10 644,05 euros pour les frais de tierce personne ;

- au titre des préjudices extra-patrimoniaux temporaires, elle pourrait prétendre à 18 152,25 euros pour son déficit fonctionnel temporaire, à 20 000 euros pour les souffrances endurées, 8 000 euros pour son préjudice esthétique temporaire ;

- - au titre de ses préjudices patrimoniaux permanents, elle sollicite une provision de 50 000 euros pour l'incidence professionnelle ;

- au titre de ses préjudices extra-patrimoniaux permanents, elle pourrait prétendre à 50 400 euros pour son déficit fonctionnel permanent, 6000 euros pour son préjudice esthétique, 10 000 euros pour son préjudice d'agrément et 10 000 euros pour son préjudice sexuel ;

- elle sollicite donc une provision de 70 000 euros ;

- son compagnon sollicite une provision de 50 000 euros et chacun des enfants du couple une provision de 15 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 13 mars 2024, le 2 mai 2024 et le 29 mai 2024, le centre hospitalier de Gisors, représenté par Me Tamburini-Bonnefoy conclut, dans le dernier état de ses écritures :

- à la limitation à 46 484,70 euros du montant de la provision à verser à Mme B ;

- au rejet du surplus des conclusions de la requête des consorts H ; subsidiairement, à ce que la provision à verser à M. G soit limitée à 5 000 euros et celle à verser aux enfants du couple à 3 000 euros par enfant ;

- à la limitation à 198 494,68 euros du montant de la provision à accorder à la CPAM de l'Oise ;

- à ce que la demande de la CPAM de l'Oise au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative soit ramenée à de plus justes proportions.

Il soutient que :

- il existe une contestation sérieuse sur l'existence d'un lien de causalité direct et certain entre l'insuffisance rénale et le geste chirurgical fautif initial ;

- il existe par ailleurs une contestation sérieuse sur le quantum de la provision, qui n'intègre pas non plus l'imputabilité à 70 % de la fracture des vertèbres et des séquelles au niveau du rachis ; en outre, certains justificatifs ne sont pas produits ou sont inexploitables ;

- il ne s'oppose pas au versement d'une provision à Mme B d'un montant de 46 484, 70 euros ;

- il existe des contestations sérieuses sur la demande de provision du compagnon et des enfants de Mme B ; en tout état de cause, le montant de la provision qui leur serait éventuellement versée devrait être limité à 5 000 euros pour M. G et à 3 000 euros pour chaque enfant ;

- compte tenu notamment de l'existence de contestations sérieuses sur l'imputabilité des frais liés à l'insuffisance surrénalienne et à l'insuffisance rénale, la provision accordée à la CPAM de l'Oise au titre des dépenses de santé ne saurait exécder 126 468,21 euros ;

- la provision à allouer à la CPAM de l'Oise au titre des pertes de gains professionnels ne pourra concerner que la période avant consolidation et ne pourra excéder la somme de 72 026,47 euros ;

Par un mémoire enregistré le 25 mars 2024, la caisse primaire d'assurances maladie de l'Oise, représentée par Me de Berny demande au juge des référés :

- de condamner le centre hospitalier de Gisors à lui verser une provision de 250 000 euros à valoir sur l'indemnisation définitive de ses débours ;

- de condamner le centre hospitalier de Gisors à lui verser une provision de 1 191 euros à valoir sur l'indemnité forfaitaire de gestion ;

- de mettre à la charge du centre hospitalier de Gisors la somme de 1 500 euros au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que l'obligation du centre hospitalier de Gisors est non contestable à hauteur des montants sollicités.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.

2. Il résulte de l'instruction, et notamment des trois rapports d'expertise des 7 février 2020, 8 juillet 2021 et 2 août 2022 rédigés dans le cadre de la saisine par Mme B de la commission régionale de conciliation et d'indemnisation (CCI) de Haute Normandie, que l'intéressée, née le 2 novembre 1966, a subi le 25 octobre 2016 au centre hospitalier (CH) de Gisors une hystérectomie et une annexectomie et qu'au cours de l'intervention une section du bas uretère droit s'est produite. Les suites de l'intervention ont été notamment marquées, selon les experts, par des épisodes infectieux urinaires, une insuffisance surrénalienne, une ostéoporose ayant entraîné une fracture tassement des vertèbres, une insuffisance rénale. La date de consolidation de l'état de santé de Mme B a été fixée au 15 avril 2022. La CCI de Normandie a émis, le 10 février 2023, l'avis selon lequel il incombait au CH de Gisors de réparer les préjudices de Mme B. Par courrier du 30 mai 2023, le CH de Gisors et son assureur ont formulé une offre d'indemnisation à hauteur de 46 484,70 euros. Mme B l'a refusée tout en sollicitant le versement de ladite somme à titre de provision. Par la présente requête, elle demande que le CH de Gisors soit condamné à verser, à elle-même une provision de 70 000 euros, à M. F G, son concubin, une provision de 50000 euros, et à chacun de leurs deux enfants une provision de 15 000 euros.

Sur le principe de l'obligation :

3. Il résulte suffisamment des rapports d'expertise, et il n'est pas contesté, que la section du bas uretère droit résulte d'une maladresse chirurgicale. L'obligation pour le CH de Gisors, d'indemniser Mme B et le cas échéant ses proches, des conséquences de cette maladresse n'apparaît donc pas sérieusement contestable. Il résulte également des rapports d'expertise, et il n'est pas sérieusement contesté, que cette maladresse est à l'origine des multiples épisodes infectieux urinaires subis par Mme B, ainsi que de son ostéoporose, à hauteur de 70 % seulement, les 30 % restants résultant de la nature des interventions subies. En revanche, le CH de Gisors conteste l'existence d'un lien de causalité direct et certain entre la section de l'uretère et, d'une part, l'insuffisance rénale, d'autre part, l'insuffisance surrénalienne. S'agissant de l'insuffisance rénale, celle-ci a été constatée à partir du 31 octobre 2021 soit cinq ans après l'intervention et l'expert note, dans le 3ème rapport, après avoir reçu un résultat biologique de 2015 normal quant à la fonction rénale que " l'on peut donc en conclure que l'insuffisance rénale . est bien imputable, par un mécanisme ou un autre, aux complications qui ont suivi l'acte opératoire princeps ". Toutefois, le CH de Gisors propose une autre explication reliée à la circonstance que Mme B présente un Syndrome des Anti-Phospholipides (SAPL) diagnostiqué en 1991 et qui est susceptible de causer une atteinte rénale. Dans ces conditions, en l'état de l'instruction, l'existence d'un lien de causalité entre l'intervention du 25 octobre 2016 et l'insuffisance rénale n'apparaît pas présenter un degré de certitude suffisant pour qu'il en découle une obligation non sérieusement contestable à la charge du CH de Gisors. S'agissant de l'insuffisance surrénalienne, le CH de Gisors se contente de soutenir qu'il " se réserve le droit de contester l'imputabilité de cette pathologie devant le juge du fond " mais n'avance pas d'autre explication, alors que ce point a fait l'objet d'un débat lors de la première expertise, le sapiteur considérant que cette pathologie, non présente avant les faits incriminés, est " la conséquence de poussées évolutives du syndrome des anticorps antiphospholipidiques (antécédent de la patiente) déclenchées par les complications, notamment septiques, ayant suivi la lésion iatrogénique urétérale ". Au demeurant, le CH ne conteste pas le lien de causalité existant, à hauteur de 70%, entre les conditions de l'intervention initiale et l'ostéoporose alors que ces troubles rachidiens découlent, selon l'expert, du traitement rendu nécessaire par l'insuffisance surrénalienne. Par suite, l'existence d'un lien de causalité entre l'insuffisance surrénalienne et les épisodes infectieux issus des conditions de déroulement de l'intervention du 25 octobre 2016 apparaît présenter un degré de certitude suffisant et l'obligation du CH de Gisors n'apparaît donc pas sérieusement contestable s'agissant de l'apparition d'une insuffisance surrénalienne.

Sur le montant de la provision à allouer à Mme B :

4. Pour évaluer le montant de la provision à laquelle elle prétend, Mme B fait tout d'abord valoir qu'elle a exposé 3 385,65 euros de frais de déplacements et 2 271,78 euros de " frais divers ", représentant 84 postes de dépense, dans lesquels elle inclut des frais de pharmacie. S'agissant des frais de déplacements, elle verse aux débats un tableau qu'elle a elle-même confectionné faisant apparaître, outre une colonne censée expliciter, généralement en citant le nom d'un médecin, le motif du trajet, des trajets aller retour, la consommation de carburant, le montant du péage et le nombre de kilomètres parcourus. Cependant, aucun justificatif n'est produit concernant, en particulier, le montant des frais kilométriques, de sorte qu'en l'état de l'instruction, l'obligation du CH de Gisors à ce titre n'est pas non sérieusement contestable. Il en va de même s'agissant des frais de pharmacie, dans la mesure, notamment, où le lien avec les conséquences dommageables de l'intervention du 25 octobre 2016 ne ressort pas des factures produites. S'agissant des autres frais, outre que, ainsi qu'il a été souligné en défense, certaines pièces justificatives sont illisibles, il n'est pas démontré, par exemple, que Mme B ait effectivement acquitté les frais allégués (parking), que ceux-ci aient un lien avec les conséquences dommageables de l'intervention (frais d'envoi de documents, frais d'achat de fourniture de bureaux), qu'ils aient été utiles à la solution du litige (frais de photocopies, frais de médecin conseil dont le rôle ne ressort pas de l'instruction). En revanche, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que l'avis émis par la CCI ne les ait pas inclus dans les frais divers qu'elle estime qu'il incombe au CH de Gisors d'indemniser, il y a lieu de tenir compte des frais de téléphonie exposés pendant la période d'hospitalisation au CHU de Rouen (225,40 euros), et des frais de location d'un téléviseur exposés au CH de Gisors du 21 novembre 2017 au 26 novembre 2017 (13,38 euros), des frais de même type exposés à la polyclinique Marzet de Pau (8,50 euros) mais d'écarter en revanche les frais de location d'un téléviseur exposés à la clinique Saint Jean Sud de France dès lors que l'hospitalisation en question découle, en l'état de l'instruction, de l'insuffisance rénale présentée par Mme B. Ainsi, il sera fait une juste évaluation de la somme qui pourrait être due à ce titre par le centre hospitalier défendeur en la fixant à 247,28 euros.

5. Pour évaluer le montant de la provision à laquelle elle prétend, Mme B sollicite 10 644,05 euros au titre de ses frais de tierce personne temporaire, calculés sur la base d'une heure d'aide par jour hors période d'hospitalisation (109 jours) entre le 25 octobre 2016 et le 4 mai 2017 et d'une heure par semaine hors hospitalisation (241,71 semaines) du 5 mai 2017 au 30 septembre 2021. L'expert n'a pas fait une évaluation inférieure du besoin de Mme B et le CH de Gisors a retenu les mêmes bases dans sa proposition d'indemnisation. Il sera fait une juste évaluation de la somme qui pourrait être due à ce titre par le centre hospitalier défendeur en retenant un taux horaire de 15 euros et un nombre de jours par année de 412 pour tenir compte des dimanches et jours fériés, soit la somme de 5 938, 04 euros

6. Pour évaluer le montant de la provision à laquelle elle prétend, Mme B sollicite 18 152,25 euros au titre de son déficit temporaire total ou partiel, défini comme suit :100 % du 28 octobre 2016 au 2 décembre 2016, 50% du 3 décembre 2016 au 3 janvier 2017, 100% du 4 au 28 janvier 2017, 50% du 29 janvier au 8 février 2017, 100 % du 9 au 16 février 2017, 50% du 17 février au 18 mars 2017, 100 % du 19 au 29 mars 2017, 50% du 30 mars au 4 mai 2017, 25% du 5 mai au 19 novembre 2017, 100 % du 20 au 24 novembre 2017, 25% du 25 novembre 2017 au 3 juillet 2018, 100% du 4 au 5 juillet 2018, 25% du 6 juillet 2018 au 2 novembre 2019, 100 % du 3 au 5 novembre 2019, 25% du 6 novembre au 2 décembre 2019, 100 % du 3 au 11 décembre 2019, 25 % du 12 décembre 2019 au 25 mai 2021, 100 % du 26 au 27 mai 2021, 25% du 28 mai au 25 octobre 2021 imputable seulement à 70 %, 100% du 26 octobre au 13 novembre 2021 imputable seulement à 70 % et 25 % du 14 novembre 2021 au 15 avril 2022 imputable seulement à 70 %. Il n'y a toutefois pas lieu de prendre en compte la période du 26 et 27 mai 2021 décrite par le 3ème rapport d'expertise comme une période d'hospitalisation " non documentée ". Pour le surplus, l'expert n'a pas fait une évaluation inférieure du besoin de Mme B et le CH de Gisors a retenu les mêmes bases dans sa proposition d'indemnisation. Il sera fait une juste évaluation de la somme qui pourrait être due à ce titre par le centre hospitalier défendeur en retenant un taux journalier de 20 euros pour un déficit fonctionnel temporaire total, soit la somme de 12 255 euros.

7. Pour évaluer le montant de la provision à laquelle elle prétend, Mme B sollicite la somme de 20 000 euros au titre des souffrances endurées évaluées à 5 sur 7 dans le dernier rapport d'expertise mais ramené à 4,5/7 dans l'avis de la CCI pour tenir compte de ce que l'ostéoporose et ses conséquences ne sont imputables qu'à 70 % aux complications de l'intervention du 25 octobre 2025. Il sera fait une juste évaluation de la somme qui pourrait être due à ce titre par le centre hospitalier défendeur en la fixant sur la base du référentiel indicatif d'indemnisation de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM) à la somme de 10 300 euros.

8. Pour évaluer le montant de la provision à laquelle elle prétend, Mme B sollicite la somme de 8 000 euros au titre de son préjudice esthétique temporaire, fixé par l'expert à 3,5/7 jusqu'au 30 septembre 2021 (ablation du corset et de la ceinture lombaire) puis à 3/7 ensuite jusqu'à la date de consolidation. Il sera fait une juste évaluation de la somme qui pourrait être due à ce titre par le centre hospitalier défendeur en la fixant sur la base du référentiel indicatif d'indemnisation de l'ONIAM à la somme de 3 500 euros.

9. Pour évaluer le montant de la provision à laquelle elle prétend, Mme B sollicite la somme de 50 000 euros au titre de l'incidence professionnelle. L'expert indique, dans son troisième rapport, que l'intéressée ne peut plus exercer son activité professionnelle antérieure ni d'ailleurs toute autre activité professionnelle du fait de son " incapacité de catégorie 2 ". Toutefois, il ne résulte pas des propres constatations de l'expert, selon lesquelles la patiente ne présente pas de troubles urinaire résiduels mais présente des douleurs au niveau du rachis dorsolombaire lors des positions debout ou assise prolongées ou lors de certains mouvements d'antéflexion du tronc que Mme B serait effectivement dans l'incapacité d'exercer toute activité professionnelle. Par suite, en l'état de l'instruction et eu égard à l'office du juge des référés statuant sur le fondement de l'article R 541-1 du code de justice administrative, il n'apparaît pas que l'obligation pour le CH de Gisors d'indemniser Mme B au titre de l'incidence professionnelle soit non sérieusement contestable.

10. Pour évaluer le montant de la provision à laquelle elle prétend, Mme B sollicite la somme de 50 400 euros au titre de son déficit fonctionnel permanent, en proposant un taux de 24 %, lequel est minoré pour tenir compte de l'imputabilité partielle des conséquences de l'ostéoporose mais prend en compte l'insuffisance rénale. Or, en l'état de l'instruction, comme dit au point 3, l'existence d'un lien de causalité entre l'intervention du 25 octobre 2016 et l'insuffisance rénale n'apparaît pas présenter un degré de certitude suffisant pour qu'il en découle une obligation non sérieusement contestable à la charge du CH de Gisors. Par suite, il y a lieu d'évaluer le déficit fonctionnel permanent sur la base d'un taux de 16%, admis par l'établissement défendeur, et d'évaluer la provision à la somme de 19 500 euros.

11. Pour évaluer le montant de la provision à laquelle elle prétend, Mme B sollicite la somme de 6 000 euros au titre de son préjudice esthétique permanent évalué à 3/7 par l'expert. Il sera fait une juste appréciation de la somme qui pourrait être due à ce titre par l'établissement défendeur en la fixant à 3 500 euros.

12. Enfin, si des sommes sont demandées au titre du préjudice sexuel et du préjudice d'agrément, l'existence de ces préjudices n'est pas suffisamment établie dans son principe pour qu'il en résulte une obligation non contestable à la charge du CH de Gisors.

13. Eu égard à tout ce qui précède, il y a lieu de condamner le CH de Gisors à verser une provision de 50 000 euros à Mme B.

Sur le montant de la provision à allouer aux proches de Mme B :

14. S'il n'est pas établi que M. G, concubin de Mme B, ait subi un préjudice économique et un préjudice sexuel du fait de l'état de santé de celle-ci, son préjudice d'accompagnement et d'affection résulte suffisamment de l'instruction et il en sera fait une juste évaluation en fixant à 4 000 euros le montant de la provision que le CH de Gisors doit être condamné à lui verser.

15. Il sera fait une juste évaluation du préjudice moral des deux enfants du couple, âgés de 33 ans et 28 ans et dont il n'est pas établi qu'ils vivent toujours au domicile familial ainsi qu'il est soutenu, en l'évaluant à 2000 euros pour chacun d'eux.

Sur le montant de la provision à allouer à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise :

16. La caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de l'Oise sollicite une provision de 250 000 euros évaluée à partir des dépenses de santé (149 939,76 euros) et de la compensation des pertes de gains professionnels (72 026,47 euros), exposées pour le compte de Mme B avant sa consolidation, ainsi qu'à partir des dépenses de santé futures (30 710,50 euros) et des pertes de gains professionnels futurs et incidence professionnelle (100 891,54 euros).

17. Le CH de Gisors conteste le montant des dépenses de santé pris pour base de calcul de la provision en faisant valoir qu'il se réserve de contester l'imputabilité de l'insuffisance surrénalienne, que les frais liés aux conséquences de l'ostéoporose doivent être pris en compte seulement à hauteur de 70 % et que les frais liés à l'insuffisance rénale ne se rattachent pas à l'accident médical fautif du 25 octobre 2016. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que l'obligation du CH de Gisors doit être regardée comme sérieusement contestable s'agissant des frais liés à l'ostéoporose au-delà de 70 % et s'agissant des frais liés à l'insuffisance rénale. L'attestation d'imputabilité versée aux débats par la CPAM ne permet pas d'écarter avec une précision suffisante les frais rattachables à l'insuffisance rénale et ceux rattachables à l'ostéoporose. Dans ces conditions, et eu égard à l'office du juge statuant sur le fondement de l'article R 541-1 du code de justice administrative, il y a lieu d'évaluer le montant de la provision à partir de la moitié des sommes exposées au titre des dépenses de santé, soit 75 000 euros.

18. Pour les mêmes motifs, il y a lieu d'évaluer le montant de la provision à partir de la moitié des sommes exposées au titre des dépenses de santé futures, soit 15 355 euros.

19. S'agissant de la compensation des pertes de gains professionnels de Mme B avant consolidation, la seule circonstance que la CCI n'ait pas retenu dans son avis de préjudice professionnel n'est pas constitutive d'une contestation sérieuse. Par suite, il y a lieu d'évaluer le montant de la provision à partir de la somme de 72 026, 47 euros.

20. Enfin, comme dit au point 9, il ne résulte pas suffisamment de l'état de l'instruction que Mme B serait effectivement dans l'incapacité d'exercer toute activité professionnelle depuis que son état de santé est regardé comme consolidé. Dans ces conditions, l'existence d'une obligation du CH de Gisors n'est pas non sérieusement contestable s'agissant des fraix exposés par la CPAM au titre des pertes de gains professionnels futurs et de l'incidence professionnelle.

21. Eu égard à tout ce qui précède, il y a lieu de condamner le CH de Gisors à verser une provision de 160 000 euros à la CPAM de l'Oise au titre des débours exposés pour le compte de Mme B.

22. La CPAM de l'Oise peut également solliciter le versement d'une provision de 1191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion en application de l'article L 376-1 du code de la sécurité sociale et de l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L 376-1 et L 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024.

Sur les frais de justice :

23. Mme B n'établit pas avoir exposé de dépens au sens de l'article R 761-1 du code de justice administrative. Ses conclusions aux fins que le CH de Gisors soit condamné aux dépens doivent, en tout état de cause, être rejetées.

24. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de Mme B et de la CPAM de l'Oise présentées sur le fondement de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E:

Article 1er : Le CH de Gisors est condamné à verser une provision de 50 000 euros à Mme B

Article 2 : Le CH de Gisors est condamné à verser une provision de 4 000 euros à M. F G.

Article 3 : Le CH de Gisors est condamné à verser une provision de 2 000 euros à Mme E G et une provision de 2 000 euros à M. A G.

Article 4 : Le CH de Gisors est condamné à verser une provision de 160 000 euros à la CPAM de l'Oise au titre des débours exposés pour le compte de Mme B et une provision de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B, en application du dernier alinéa de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la caisse primaire d'assurances maladie de l'Oise et au centre hospitalier de Gisors.

Fait à Rouen, le 12 novembre 2024.

La juge des référés,

A. D

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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