lundi 6 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2400385 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | SCP D AVOCATS SAIDJI ET MOREAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 janvier 2024, Mme B A veuve E, agissant tant en son nom personnel qu'en sa qualité d'ayant-droit de son époux décédé, Joël E, représentée par Me Martin, demande au juge des référés d'ordonner une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, portant sur les conditions de sa prise en charge médicale, à compter du 6 novembre 2023, par le centre hospitalier intercommunal (CHI) Elbeuf-Louviers-Val-de-Reuil où il est décédé le 14 novembre suivant.
Par un mémoire, enregistré le 14 février 2024, la caisse primaire d'assurance maladie du Calvados indique qu'elle n'est pas en mesure de fournir un décompte définitif et se réserve le droit de le faire ultérieurement, lorsque l'expertise aura eu lieu.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2024, le CHI Elbeuf-Louviers-Val-de-Reuil, représenté par Me Tamburini-Bonnefoy, ne s'oppose pas à la demande d'expertise dont il demande qu'elle se déroule au contradictoire de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) et que la mission qui pourra être confiée à un expert en chirurgie viscérale et digestive soit complétée suivant les termes de son mémoire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2024, l'ONIAM, représenté par Me Saidji, formule protestations et réserves sans toutefois s'opposer à la mesure d'expertise et demande que la mission soit complétée suivant les termes de son mémoire.
Mme A veuve E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".
2. Les mesures d'expertise demandées par Mme B A veuve E entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a donc lieu de faire droit à sa demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 2 de la présente ordonnance.
3. En l'état de l'instruction, rien ne s'oppose à ce que l'expertise se déroule au contradictoire de l'ONIAM. Il y a donc lieu de le mettre dans la cause.
O R D O N N E :
Article 1er : L'ONIAM est mis dans la cause.
Article 2 : Le Dr D C, demeurant 16 rue Picot, à Paris (75116), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission :
1°) de convoquer l'ensemble des parties ;
2°) de se faire communiquer l'ensemble des éléments qu'il estimera utiles au bon accomplissement de sa mission et d'entendre tout sachant ;
3°) de décrire l'état de santé présenté par Joël E avant sa prise en charge médicale, à compter du 6 novembre 2023, par le CHI Elbeuf-Louviers-Val-de-Reuil ;
4°) de décrire les soins qui lui ont été prodigués, du 6 novembre au 14 novembre 2023, date de son décès, par cet établissement public de santé ;
5°) de dire si les soins qui lui été prodigués ont été consciencieux, attentifs et conformes aux données acquises de la science médicale ou si, le cas échéant, des manquements ont été commis lors de la prise en charge de l'intéressée ;
6°) dans l'hypothèse où l'expert n'aurait pas relevé de manquement, ou si ceux-ci ne sont pas à l'origine de l'intégralité des dommages de la victime, de donner son avis sur le point de savoir si l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles M. E aurait été exposé en l'absence d'intervention ; si tel n'est pas le cas, de donner son avis sur le point de savoir si la survenance du dommage présentait en l'espèce une probabilité faible (à exprimer si possible en pourcentage) ;
7°) de fournir l'ensemble des éléments de nature à permettre de déterminer les responsabilités encourues ;
8°) de déterminer, le cas échéant, l'existence d'une perte de chances pour l'intéressé d'avoir échappé aux complications en cause et de chiffrer cet éventuel taux de perte de chances lié notamment aux manquements invoqués ;
9°) d'évaluer les préjudices découlant du décès de Joël E :
a. Préjudices de la victime :
- déficit fonctionnel temporaire ;
- souffrances endurées ;
- préjudice esthétique temporaire ;
b. Préjudices patrimoniaux des proches :
- pertes de revenus des proches ;
- frais d'obsèques ;
- frais divers des proches ;
c. Préjudices extrapatrimoniaux des proches :
- préjudice d'accompagnement ;
- préjudice d'affection.
9°) de se faire communiquer le relevé des débours de l'organisme social et d'indiquer si les frais qui y sont inclus sont en relation directe avec le manquement relevé.
Article 3 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative.
Article 4 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe par voie électronique, via la plateforme TransfertPro (https://send.transfertpro.com/'c=TA76) à l'adresse suivante : expertises.ta-rouen@juradm.fr, dans les six mois suivant la notification de la présente ordonnance. En application des dispositions de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, des copies du rapport seront notifiées aux parties par l'expert. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.
Article 5 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A veuve E, à la caisse primaire d'assurance maladie de Rouen Elbeuf Dieppe Seine-Maritime, à la caisse primaire d'assurance maladie du Calvados, au centre hospitalier intercommunal Elbeuf - Louviers / Val-de-Reuil, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, à Me Esthel Martin et au Dr D C, expert.
Fait à Rouen, le 6 mai 2024.
La juge des référés,
A. GAILLARD
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