Le Tribunal administratif de Rouen a rejeté la requête de M. C... contestant l'arrêté du préfet de l'Eure du 21 décembre 2023 lui ordonnant de remettre ses armes et munitions, lui interdisant d'en acquérir, l'inscrivant au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (FNIADA) et invalidant son permis de chasser. Le tribunal a jugé que le signataire de l'arrêté disposait d'une délégation de signature régulière. Sur le fond, il a estimé que la tentative de suicide de M. C... le 19 novembre 2023, caractérisant un danger grave pour lui-même, justifiait légalement et proportionnellement la mesure prise sur le fondement de l'article L. 312-7 du code de la sécurité intérieure, nonobstant l'absence d'utilisation d'armes lors du passage à l'acte.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 février 2024 et le 6 juin 2024, M. C..., représenté par la SCP Emo Avocats, demande au tribunal :
d’annuler l’arrêté du 21 décembre 2023 par lequel le préfet de l’Eure lui a ordonné de remettre ses armes et munitions aux services de la gendarmerie, lui a interdit d’en acquérir, l’a inscrit au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (FNIADA) et a invalidé son permis de chasser ;
de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. C... soutient que :
la décision a été signée d’une autorité incompétente ;
la sanction de remise de ses armes, appréciée au regard des dispositions de la circulaire du ministre de l’intérieur du 25 avril 2019 n°INTA1910979J, est entachée d’erreurs de droit et d’appréciation dès lors qu’elle est disproportionnée ;
il n’a pas tenté d’attenter à ses jours avec l’une de ses armes à feu ;
il n’a commis aucune infraction inscrite au bulletin n° 2 de son casier judiciaire ;
son bulletin n° 3 est vierge ;
sa tentative de suicide demeure un acte isolé ;
la pratique de la chasse participe de sa reconstruction psychologique et le priver de cette passion porte atteinte à sa santé physique et morale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2024, le préfet de l’Eure conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens soulevés par M. C... ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 17 décembre 2024, la clôture d’instruction a été fixée au 17 janvier 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
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le code de la sécurité intérieure ;
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le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
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le rapport de M. Baude, premier conseiller,
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les conclusions de M. Dujardin, rapporteur public,
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et les observations de Me Molkhou, pour M. C....
Considérant ce qui suit :
M. C... est détenteur d’un fusil de marque ATA Arms calibre 12/76 et d’une carabine de marque Rossi calibre 22 Long Rifle, régulièrement déclarées. Il a tenté de mettre fin à ses jours à son domicile de Bourgtheroulde le 19 novembre 2023. Par un arrêté du 21 décembre 2023 le préfet de l'Eure lui a ordonné de remettre ses armes et ses munitions aux services de la gendarmerie et lui a interdit d’en détenir. M. C... demande au tribunal d’annuler cette décision.
En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A... D..., directeur de cabinet, avait délégation pour signer l’acte attaqué en vertu d’un arrêté du préfet de l'Eure du 26 septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 27-2022-180 du même jour. Par suite le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’acte doit être écarté.
En second lieu, aux termes de l’article L. 312-7 du code de la sécurité intérieure : « Si le comportement ou l'état de santé d'une personne détentrice d'armes, de munitions et de leurs éléments présente un danger grave pour elle-même ou pour autrui, le représentant de l'Etat dans le département peut lui ordonner, sans formalité préalable ni procédure contradictoire, de les remettre à l'autorité administrative, quelle que soit leur catégorie. »
Il résulte des pièces du dossier que M. C... a tenté de mettre fin à ses jours par pendaison à une poutre de plafond dans la soirée du 19 novembre 2023 au terme d’une dispute conjugale et qu’il n’a échappé au trépas que par l’intervention de sa compagne puis des services de secours, après une période de perte de connaissance estimée de 1 à 5 minutes. Sa volonté réelle de se suicider est ainsi établie et d’ailleurs non contestée. M. C... soutient qu’il n’a pas utilisé les armes en sa possession pour accomplir son acte, qu’il n’a pas réitéré son geste, qu’il est suivi par une psychologue et que la chasse, qu’il pratiquait avec les armes confisquées, est nécessaire à son équilibre mental. Toutefois, eu égard à la gravité de la nature de son acte, à l’absence de doutes sur sa volonté de mettre fin à ses jours et au bref délai de moins d’un mois écoulé entre la tentative de suicide et la décision attaquée, le préfet pouvait, sans méconnaître les dispositions précitées de l’article L. 312-7 du code de la sécurité intérieure, considérer que la détention de ces armes était de nature à présenter un danger grave pour lui-même.
Il résulte de ce qui précède que M. C... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 21 décembre 2023 par lequel le préfet de l’Eure lui a ordonné de remettre ses armes et munitions, lui a interdit d’en acquérir, l’a inscrit au FNIADA et a invalidé son permis de chasser. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er :
La requête de M. C... est rejetée.
Article 2 :
Le présent jugement sera notifié à M. B... C... et au préfet de l’Eure.
Délibéré après l’audience du 8 janvier 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Minne, président,
M. Bouvet, premier conseiller,
M. Baude, premier conseiller,
Assistés de M. Tostivint, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 janvier 2026.
Le rapporteur,
Signé
F. –E. BaudeLe président,
Signé
P. MinneLe greffier,
Signé
H. Tostivint
La République mande et ordonne au préfet de l’Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision
Pour expédition conforme,
La greffière,
signé
S. Combes