LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2400894

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2400894

vendredi 30 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2400894
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantVAYSSE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen a rejeté la requête de Mme A..., agent contractuel du CCAS du Grand-Quevilly, qui demandait l'annulation du rejet de sa demande indemnitaire et la condamnation de son employeur pour harcèlement moral et manquement à l'obligation de sécurité. Le tribunal a notamment jugé irrecevables les conclusions dirigées contre la commune, non-employeur, et a estimé que les faits de harcèlement moral n'étaient pas établis. Concernant le manquement à l'obligation de sécurité, le tribunal a retenu l'incompétence de la juridiction administrative, le litige relevant de la sécurité sociale, et a opposé la prescription quadriennale. La demande de Mme A... a donc été intégralement rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 6 mars 2024, 4 juin 2025, 25 août 2025 et 2 octobre 2025, et des mémoires récapitulatifs produits en application de l’article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistrés les 17 septembre 2025 et 10 novembre 2025, Mme B... A..., représentée par Me Delarue, doit être regardée comme demandant au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d’annuler la décision du 10 janvier 2024 par laquelle le maire-président du centre communal d’action sociale (CCAS) du Grand-Quevilly a rejeté sa demande indemnitaire préalable ;

2°) de condamner le CCAS du Grand-Quevilly et la commune du Grand-Quevilly à lui verser la somme totale de 50 000 euros au titre des préjudices subis, assortie des intérêts au taux légal à compter du 3 novembre 2023 et capitalisation de ces intérêts ;

3°) de mettre à la charge solidaire du CCAS du Grand-Quevilly et de la commune du Grand-Quevilly la somme de 5 000 euros à lui verser au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A... soutient dans le dernier état de ses écritures que :

la décision du 10 janvier 2024 :
est insuffisamment motivée ;
est entachée d’une erreur de droit en méconnaissance des dispositions de l’article L. 133-2 du code général de la fonction publique ;
est entachée d’une erreur de faits ;
la responsabilité du CCAS du Grand-Quevilly et de la commune du Grand-Quevilly est engagée :
au regard des faits de harcèlement moral dont elle a été victime ;
au regard de la méconnaissance à l’obligation de sécurité au travail ;
elle est fondée à être indemnisée à hauteur de 50 000 euros au titre de son préjudice moral ;
la prescription quadriennale ne peut lui être opposée dès lors qu’il s’agit d’un préjudice continu ayant pris fin à la date de son licenciement.


Par des mémoires en défense, enregistrés les 10 janvier 2025, 7 juillet 2025 et 16 octobre 2025, et des mémoires récapitulatifs produits en application de l’article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistrés les 25 septembre 2025 et 17 novembre 2025, le CCAS du Grand-Quevilly et la commune du Grand-Quevilly, représentés par la SELARL Huon et Sarfati, concluent à l’incompétence de la juridiction administrative pour statuer sur les conclusions indemnitaires en réparation des préjudices résultant du manquement à l’obligation de sécurité au travail, à l’irrecevabilité des conclusions à fin d’annulation et au rejet du surplus de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A... la somme totale de 2 500 euros à leur verser au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le CCAS du Grand-Quevilly et la commune du Grand-Quevilly font valoir que :

les conclusions en annulation dirigées contre la décision du 10 janvier 2024 rejetant la demande indemnitaire préalable de Mme A..., laquelle n’a présenté aucune demande de protection fonctionnelle, sont irrecevables ;
concernant le manquement à l’obligation de sécurité au travail :
le litige ressort de la compétence de la juridiction judiciaire dès lors que Mme A... a été indemnisée des préjudices subis à la suite de l’accident de service survenu le 12 septembre 2016 au regard des dispositions du code de la sécurité sociale et qu’elle ne se prévaut pas d’une faute intentionnelle de son employeur ;
la créance indemnitaire est prescrite dès lors que le fait générateur réside dans l’accident de service survenu le 12 septembre 2016 ;
la collectivité n’a pas commis de faute ;
Mme A... n’invoque aucun préjudice en lien avec l’accident de service survenu le 12 septembre 2016 ;
concernant les faits de harcèlement moral allégués :
l’exception de chose jugée qui s’attache au jugement n°2202787 du 19 avril 2024 du tribunal s’étend aux faits de harcèlement moral ;
les faits ne sont pas établis et ne caractérisent aucune situation de harcèlement moral.


Par un courrier en date du 9 janvier 2026, les parties ont été informées, en application de l’article R. 611-7 du code de justice administrative de ce que le jugement était susceptible d’être fondé sur le moyen d'ordre public, tiré de ce que les conclusions indemnitaires dirigées contre la commune du Grand-Quevilly sont mal dirigées dès lors que la commune n’est pas l’employeur de Mme A... à la date des faits litigieux.

Par décision du 13 février 2025, Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle partielle, à hauteur de 55%.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
le code de l’action sociale et des familles ;
le code général de la fonction publique ;
le code du travail ;
la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
le décret n°85-603 du 10 juin 1985 ;
le décret n°88-145 du 15 février 1988 ;
la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Favre,
- les conclusions de Mme Aubert, rapporteure publique,
- et les observations de Mme A..., et de Me Huon, représentant le CCAS du Grand-Quevilly et la commune du Grand-Quevilly.


Considérant ce qui suit :

Mme A... a été recrutée par le centre communal d’action social (CCAS) du Grand-Quevilly en qualité d’agent contractuel pour exercer les fonctions d’intervenante sociale par contrat à durée déterminée à compter du 27 juillet 2009, renouvelé à deux reprises, puis par contrat à durée indéterminée à compter du 1er juillet 2015. Par courrier du 8 février 2022, le président du CCAS du Grand-Quevilly a notifié à Mme A... son licenciement pour insuffisance professionnelle, dont la légalité n’a pas été remise en cause par jugement n°2202787 du 19 avril 2024 du tribunal. Par courrier du 3 novembre 2023, réceptionné le 10 novembre suivant, Mme A... a adressé une demande indemnitaire préalable au maire-président du CCAS du Grand-Quevilly au titre de faits de harcèlement moral et d’un manquement à l’obligation de sécurité au travail, rejetée par décision du 10 janvier 2024. Dans la présente instance, elle demande d’annuler cette décision et de condamner le CCAS du Grand-Quevilly et la commune du Grand-Quevilly à lui verser la somme totale de 50 000 euros au titre des préjudices subis.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense sur les conclusions à fin d’annulation :

Les vices propres dont pourraient être entachées les décisions de rejet des demandes préalables, qui n’ont d’autre objet que de lier le contentieux, sont sans incidence sur le droit à obtenir réparation du préjudice.

Si Mme A... demande au tribunal d’annuler la décision du 10 janvier 2024 par laquelle le maire-président du CCAS du Grand-Quevilly a rejeté sa demande indemnitaire préalable, cette décision n’a eu pour effet que de lier le contentieux indemnitaire. En outre, cette décision ne peut, en l’absence de demande en ce sens par l’intéressée, être regardée comme refusant à Mme A... le bénéfice de la protection fonctionnelle. Les conclusions tendant à l’annulation de cette décision sont, dès lors, irrecevables, et la fin de non-recevoir opposée en défense à ce titre doit être accueillie.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la personne publique responsable :

Aux termes de l’article L. 123-6 du code de l’action sociale et des familles : « Le centre d'action sociale est un établissement public administratif communal ou intercommunal. Il est administré par un conseil d'administration présidé, selon le cas, par le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale. (…) ».

Il résulte des dispositions citées au point précédent que le centre communal d’action sociale est un établissement public doté d’une personnalité juridique propre et d’un personnel distinct de celui de la commune, administré par cet établissement. Il s’ensuit que Mme A..., employée à la date des faits en litige par le CCAS du Grand-Quevilly tel qu’il résulte des contrats de recrutement produits, n’est pas fondée à rechercher la responsabilité de la commune du Grand-Quevilly sur le fondement de ces dispositions. Les conclusions indemnitaires de la requérante à l’encontre de celle-ci, mal dirigées, ne peuvent, par suite, qu’être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées par la commune du Grand-Quevilly doivent être rejetées.


En ce qui concerne les faits de harcèlement moral :

S’agissant de l’exception d’autorité de chose jugée opposée en défense :

Le CCAS du Grand-Quevilly oppose en défense l’exception d’autorité de chose jugée attachée au jugement n°2202787 du 19 avril 2024. Pour rejeter les conclusions à fin d’annulation de la décision de licenciement pour insuffisance professionnelle du 8 février 2022, le tribunal a notamment écarté le moyen tiré de l’existence d’une situation de harcèlement moral. Ainsi, les conclusions indemnitaires présentées par Mme A... au titre du harcèlement moral reposent sur une cause juridique différente des conclusions à fin d’annulation rejetées par le jugement du 19 avril 2024. Par suite, et contrairement à ce que fait valoir le CCAS du Grand-Quevilly, l’autorité de chose jugée qui s’attache à ce jugement ne peut lui être opposée.

S’agissant de la matérialité des faits :

Aux termes du IV de l’article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dont les dispositions ont repris à l’article L. 134-5 du code général de la fonction publique : « La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l’intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu’une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. (…) ». Aux termes de l’article 6 quinquies de cette loi, dont les dispositions ont été reprises à l’article L. 133-2 du code général de la fonction publique : « Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d’altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. ».





Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Le préjudice résultant de ces agissements pour l'agent victime doit alors être intégralement réparé.

Pour établir qu’elle a fait l’objet de harcèlement moral, Mme A... soutient que l’administration l’a placée dans une situation d’instabilité professionnelle et dans un contexte de remise en cause continue. Rattachée lors de son recrutement par le CCAS du Grand-Quevilly auprès du cabinet du maire-président du CCAS du Grand-Quevilly et intervenant sur les situations signalées par les bailleurs sociaux et les situations d’urgence courante, elle a constaté une détérioration de ses conditions de travail à compter de l’arrivée de la nouvelle cheffe de cabinet en 2014, associée à une perte de ses fonctions, notamment de ses missions de visites avec le bailleur social de la commune et au sein de plusieurs comités. Elle rapporte que sa fiche de poste a fait l’objet de modifications successives prévoyant que certaines de ses missions seraient réalisées en lien avec le directeur du CCAS du Grand-Quevilly alors même que celui-ci ne la tenait pas informée. Ces circonstances, ainsi que la transmission de plusieurs offres d’emploi en dehors de la collectivité, révèlent, selon elle, la volonté de l’administration de la faire partir. Durant l’année 2017, elle relève son évincement de la réunion des chefs de service et son placement sous l’autorité hiérarchique de la responsable de l’action sociale et insertion du CCAS, devenue ensuite directrice de l’établissement, laquelle lui a adressé des reproches infondés. Elle fait valoir qu’elle a fait l’objet d’un isolement et d’un retrait de ses missions, avoir pris en charge de tâches ne relevant pas de son cadre d’emploi et avoir continué à recevoir des directives du directeur général des services de la commune, malgré ses différentes alertes auprès de la hiérarchie. Elle indique avoir pris en charge en cours de l’automne 2018 le suivi des bénéficiaires du revenu de solidarité active, en remplacement de deux agents. Alors qu’elle avait manifesté son intérêt pour les missions de responsable de l’action sociale et insertion lors de son entretien d’évaluation au titre de l’année 2019, le poste a été ré intitulé, selon elle, afin d’être pourvu au recrutement par un tiers en 2020. Enfin, elle dénonce, à la suite de sa suspension à titre conservatoire le 7 octobre 2021, une enquête administrative menée à charge alors qu’aucune sanction n’a été prononcée à son encontre.

Il résulte de l’instruction que le directeur du CCAS du Grand-Quevilly et la cheffe de cabinet du maire-président du CCAS du Grand-Quevilly ont souligné dès 2015, à la suite de retours de partenaires extérieurs évoqués dans les attestations versées à l’appui par l’établissement, la nécessité de coordonner et d’évaluer les interventions de Mme A... ainsi que de clarifier son positionnement dans le cadre de l’organisation du CCAS. L’ajustement des missions confiées à Mme A..., qui s’est traduit par la modification de sa fiche de poste dès 2016 puis par son intégration au sein du service d’action sociale du CCAS à compter de mai 2017, à laquelle l’intéressée a manifesté explicitement son approbation le 6 juin 2017, s’est poursuivi dans le cadre de la restructuration intervenue du service d’action sociale puis du pôle social. Cette révision des fonctions de Mme A... par le directeur du CCAS du Grand-Quevilly, dont l’intéressée relevait, alors même qu’elle était rattachée fonctionnellement sur des fonctions auprès du cabinet du maire-président du CCAS, échelonnée entre 2015 et 2018 compte-tenu de la réticence de l’agent, de son placement en arrêt pour accident de service du 12 septembre 2016 au 5 mai 2017 et de la restructuration du service à partir de 2017, n’a pas excédé l’exercice normal d’organisation du service par le pouvoir hiérarchique. Il est constant que l’intéressée a pu échanger soit par courriels soit en entretien à plusieurs reprises avec sa hiérarchie dans le cadre de l’évolution de ses fonctions. Alors que Mme A... apparaissait en demande de repères, elle tendait toutefois à décliner la supervision apportée par ses supérieurs. Ainsi, l’insatisfaction de Mme A..., résultant de la redéfinition du périmètre de ses missions et de son positionnement au sein du CCAS du Grand-Quevilly ainsi que du rejet de sa candidature au poste de responsable de l’action sociale et insertion en 2019 ne permettent pas de caractériser une situation de harcèlement moral. Par ailleurs, lors de son entretien d’évaluation du 13 novembre 2015, elle a fait état de son souhait d’être positionnée sur de nouvelles missions correspondant à ses attentes et d’être formée dans les domaines de la gestion des ressources humaines et de l’état civil, justifiant l’accompagnement de sa hiérarchie dans la recherche d’une mobilité après la conclusion de son contrat à durée indéterminée au 1er juillet 2015.

La collectivité fait valoir la persistance de postures de défiance et de comportement menaçant adoptés par Mme A... à l’égard de sa hiérarchie, relevés dès 2017 et mis en exergue lors des entretiens d’évaluation des 15 novembre 2019 et 26 janvier 2021 et par la note rédigée par sa responsable le 15 janvier 2021, conduisant à des situations de tension au sein du service, confirmées par les entretiens menés dans le cadre de l’enquête administrative diligentée le 25 octobre 2021 et par la demande de protection fonctionnelle présentée par la directrice du CCAS du Grand-Quevilly, laquelle a été accordée par arrêté du 15 mars 2021. Ainsi, si Mme A... dénonce des difficultés de communication avec ses responsables, elle a contribué par son comportement à la dégradation manifeste de ses relations avec sa hiérarchie, étant sans incidence la circonstance que la procédure n’ait pas abouti à une sanction disciplinaire.

Dès lors, les pièces versées aux débats par la requérante sont insuffisamment précises et circonstanciées pour laisser présumer l’existence d’agissements répétés ayant pour objet ou pour effet de dégrader ses conditions de travail. Elle n’apporte pas d’autre élément à même d’étayer ses autres allégations susceptibles de révéler la détérioration de ses conditions de travail, telle que décrite dans ses écritures. En outre, les autres faits décrits au point précédent, pris séparément ou même dans leur ensemble, ne révèlent pas de demandes de l’autorité excédant un exercice normal du pouvoir hiérarchique, ni trouvent en tout état de cause leur justification dans des raisons qui étaient étrangères à l’intérêt du service. Enfin, si la requérante produit des pièces médicales attestant du syndrome d’épuisement professionnel et d’état de stress post-traumatique dont elle souffre, ces documents, qui se bornent à retranscrire son vécu et son ressenti, ne peuvent suffire à faire présumer des faits constitutifs de harcèlement moral de la part de sa hiérarchie. Dans ces conditions, les éléments de fait soumis par Mme A... ne permettent pas de faire présumer l’existence d’un harcèlement moral.

Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme A... tendant à la condamnation du CCAS du Grand-Quevilly au titre du harcèlement moral qu’elle estime avoir subi doivent être rejetées.




En ce qui concerne le manquement à l’obligation de sécurité au travail :

S’agissant de l’exception d’incompétence opposée en défense :

Le CCAS du Grand-Quevilly oppose l’incompétence de la juridiction administrative pour statuer sur les conclusions indemnitaires en réparation du préjudice résultant du manquement à l’obligation de sécurité au travail dès lors que Mme A..., agent contractuel régi par les dispositions du décret du 15 février 1988, a été réparée du préjudice résultant de son accident de service survenu le 12 septembre 2016 par application du code de la sécurité sociale et qu’elle ne démontre pas une faute intentionnelle de son employeur. Toutefois, il résulte des écritures que Mme A... ne recherche pas la responsabilité pour faute de la collectivité résultant de l’accident de service dont elle a été victime le 12 septembre 2016 mais du fait de ses conditions de travail tout au long de sa carrière, et notamment lors de sa reprise au regard des conséquences de cet accident sur son état de santé. Par suite, l’exception d’incompétence opposée en défense à ce titre doit être écartée.

S’agissant de la faute :

D’une part, aux termes de l’article 23 du 13 juillet 1983 relative aux droits et obligations des fonctionnaires, dans sa version alors applicable, dont les dispositions ont été reprises à l’article L. 136-1 du code général de la fonction publique : « Des conditions d’hygiène et de sécurité de nature à préserver leur santé et leur intégrité physique sont assurées aux fonctionnaires durant leur travail ». Aux termes de l’article 108-1 de loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dont les dispositions ont été reprises à l’article L. 811-1 du code général de la fonction publique : « Dans les services des collectivités et établissements mentionnés à l’article 2, les règles applicables en matière d’hygiène et de sécurité sont celles définies par les livres Ier à V de la quatrième partie du code du travail et par les décrets pris pour leur application, ainsi que par l’article L. 717-9 du code rural et de la pêche maritime. Il peut toutefois y être dérogé par décret en Conseil d’Etat. ». Aux termes de l’article 2-1 du décret du 10 juin 1985 relatif à l’hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu’à la médecine professionnelle et préventive dans la fonction publique territoriale : « Les autorités territoriales sont chargées de veiller à la sécurité et à la protection de la santé des agents placés sous leur autorité ».

D’autre part, aux termes de l’article L. 4121-1 du code du travail : « L’employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. / Ces mesures comprennent : 1° Des actions de prévention des risques professionnels, y compris ceux mentionnés à l’article L. 4161-1 ; 2° Des actions d’information et de formation ; 3° La mise en place d’une organisation et de moyens adaptés. / L’employeur veille à l’adaptation de ces mesures pour tenir compte du changement des circonstances et tendre à l’amélioration des situations existantes. » Aux termes de l’article L. 4121-2 du même code : « L'employeur met en œuvre les mesures prévues à l'article L. 4121-1 sur le fondement des principes généraux de prévention suivants : / (…) / 7° Planifier la prévention en y intégrant, dans un ensemble cohérent, la technique, l'organisation du travail, les conditions de travail, les relations sociales et l'influence des facteurs ambiants, notamment les risques liés au harcèlement moral et au harcèlement sexuel, tels qu'ils sont définis aux articles L. 1152-1 et L. 1153-1, ainsi que ceux liés aux agissements sexistes définis à l'article L. 1142-2-1 ; / (…) ».





La requérante reproche à son employeur d’avoir refusé de prendre en compte son état de santé et la sensibilité de ses missions auprès d’un public difficile. Si Mme A... fait état d’interventions extérieures difficiles, procédant d’un risque au demeurant inhérent à ses fonctions, celles-ci s’inscrivaient dans un cadre d’autonomie revendiqué par l’intéressée alors rattachée auprès du cabinet du maire – président du CCAS, et ont fait l’objet d’une supervision à compter de son intégration effective au CCAS du Grand-Quevilly. La seule circonstance, à la supposer établie, que la cheffe de cabinet, d’une part, ne lui aurait pas transmis le 17 octobre 2014 un dépôt de main-courante concernant un usager conservant des couteaux à son domicile et, d’autre part, ne l’aurait pas avertie par téléphone de la présence d’un usager dangereux à l’accueil du bâtiment du CCAS le 17 novembre 2015 ne permet pas de considérer que l’employeur aurait commis une faute. En outre, il n’est pas établi, ni même allégué que Mme A... aurait fait état à ses supérieurs hiérarchiques de son souhait éventuel de ne plus être confrontée à des publics en difficultés à sa reprise à la suite de son accident de service du 12 septembre 2016. Par ailleurs, la circonstance que son bureau, à compter du déménagement dans le cadre du programme de restructuration du bâtiment administratif arrêté en février 2017, ne comportait plus de sortie en cas de situation d’urgence ne permet pas non plus de caractériser un manquement à l’obligation de sécurité. Sa demande de déplacer l’armoire contenant les dossiers de suivi des bénéficiaires du revenu de solidarité active située dans le local commun vers son bureau, émise le 18 novembre 2020, a reçu une suite favorable par sa hiérarchie le 20 novembre suivant. Il résulte de l’instruction que les tâches confiées à Mme A... ont été ajustées lors de ses périodes de temps partiel thérapeutique du 6 mai 2017 au 6 août 2017 puis du 16 novembre 2020 au 16 février 2021 afin de tenir compte de ses temps de présence. Si Mme A... relève des difficultés dans l’exercice de ses missions, notamment au travers de sa charge de travail induite par l’absence de continuité du suivi des bénéficiaires assurée lors de son congé maladie du 1er juin 2020 au 15 novembre 2020 et de l’installation d’un logiciel incompatible avec les services du département, ces circonstances ne sont pas susceptibles de caractériser un manquement par l’employeur à son obligation de sécurité. Enfin, si elle produit des pièces médicales attestant du syndrome d’épuisement professionnel et d’état de stress post-traumatique dont elle souffre, ces documents qui se bornent à reprendre les déclarations de l’intéressée, ne peuvent suffire à établir un manquement à l’obligation de protection. Par ailleurs, il résulte de l’instruction que Mme A... a été reçue par le médecin de travail, lequel a relevé la souffrance au travail de l’intéressée et a préconisé le 30 janvier 2018 un suivi psychologique compte-tenu du ressenti et des antécédents de stress post-traumatiques de l’agent, mis en place en 2021, et deux jours de télétravail par semaine à compter du 15 mai 2021. Dans ces conditions, Mme A... n’établit pas que l’administration n’aurait pas respecté son obligation générale de sécurité. Ainsi, la faute reprochée au CCAS du Grand-Quevilly à ce titre n’est pas établie.

Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner la prescription quadriennale opposée en défense, que les conclusions indemnitaires présentées par Mme A... doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l’instance :

Dans les circonstances de l’espèce, il n’y pas lieu de mettre à la charge de Mme A... la somme demandée par le CCAS du Grand-Quevilly au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Par ailleurs, ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge du CCAS du Grand-Quevilly, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme A... au même titre.



D E C I D E :


Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le CCAS du Grand-Quevilly et la commune du Grand-Quevilly au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A..., au centre communal d’action sociale (CCAS) du Grand-Quevilly et à la commune du Grand-Quevilly.


Délibéré après l'audience du 16 janvier 2026, à laquelle siégeaient :
- Mme Van Muylder, présidente,
- M. Cotraud, premier conseiller,
- Mme Favre, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2026.

La rapporteure,




L.FAVRE


La présidente,




C.VAN MUYLDER Le greffier,




J.-B. MIALON

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


Décisions similaires

TA33Plein contentieux

Tribunal Administratif de Bordeaux — N° TA33-2604449

Le Tribunal administratif de Bordeaux, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. A... B.... Ce dernier demandait, en pleine vague de chaleur et avant un rendez-vous médical, sa réintégration dans un hébergement d'urgence, invoquant une atteinte grave à ses libertés fondamentales (droit à l'hébergement, droit à la vie et à l'intégrité physique). Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie ou que la demande était manifestement mal fondée, au vu des nombreux hébergements déjà proposés au requérant. La décision s'appuie sur les articles L. 345-2 et suivants du code de l'action sociale et des familles, qui garantissent l'accès à l'hébergement d'urgence, mais dont la carence n'a pas été caractérisée en l'espèce.

01/06/2026

TA35Plein contentieux

Tribunal Administratif de Rennes — N° TA35-2504730

Le Tribunal Administratif de Rennes a pris acte, par ordonnance du 1er juin 2026, du désistement pur et simple de Mme A... de son instance et de l'ensemble de ses conclusions. La requérante demandait initialement la condamnation de la commune de Rennes à l'indemniser de préjudices liés à une maladie professionnelle. Le tribunal, statuant sur le fondement de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, a donné acte de ce désistement et a rejeté les conclusions de la commune présentées au titre de l'article L. 761-1 du même code.

01/06/2026

TA44Plein contentieux

Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2520806

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme B... A... comme manifestement irrecevable. La requérante contestait le refus de la commission d’accès aux documents administratifs de lui communiquer le dossier personnel de son arrière-grand-père. Saisi en plein contentieux, le tribunal a constaté que la requête n'était pas accompagnée de la décision attaquée et que Mme B... A..., résidant en Algérie, n'avait pas élu domicile sur le territoire national comme l'exige l'article R. 431-8 du code de justice administrative. Malgré une demande de régularisation restée sans effet, ces vices n'ont pas été corrigés, justifiant le rejet sur le fondement de l'article R. 222-1 du même code.

01/06/2026

TA44Plein contentieux

Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2609206

Le Tribunal Administratif de Nantes, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. A... qui demandait d’enjoindre au ministre de l’intérieur de lui délivrer un certificat d’immatriculation pour son véhicule. Le juge a estimé que la mesure sollicitée était manifestement irrecevable car elle aurait pour effet de faire obstacle à l’exécution de la décision administrative de refus d’immatriculation déjà prise. En conséquence, la requête a été rejetée sans instruction ni audience, en application de l’article L. 522-3 du même code.

01/06/2026

← Retour aux décisions