mardi 23 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2401324 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | EBC AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 4 et le 18 avril 2024, la SAS Parc du Bocasse, représentée par la SCP EMO Avocats, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 22 décembre 2023 par lequel le maire de la commune du Bocasse a refusé le permis de construire n° PC 076 105 23 B003 pour l'implantation et la construction d'une attraction composée de deux manèges avec un local technique sur les parcelles cadastrées C 335, C29, C33, C36, C333, C337, C339, C341, C515 situé à Le Bocasse (76 690) ;
2°) d'enjoindre à la commune du Bocasse, à titre principal, de lui délivrer provisoirement le permis de construire sollicité et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande, dans les deux cas dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune du Bocasse la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société requérante soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que le refus de permis de construire porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation économique et financière, ainsi qu'aux emplois induits par l'exploitation du parc ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors qu'elle :
*est insuffisamment motivée ;
*a été rendue sans prise en compte par le service instructeur de la transmission de pièces complémentaires ;
*est entachée d'une erreur de droit tirée de l'absence de zone dédiée au stationnement ;
*porte atteinte au caractère déclaratif de la demande de permis de construire ;
*méconnaît les dispositions de l'article 12. 1 de la zone 3AU du plan local d'urbanisme ;
*est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de fait.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 et 19 avril 2024, la commune du Bocasse, représentée par Me Colliou, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la SAS Parc du Bocasse de la somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 20 février 2024 sous le numéro 2400656 par laquelle la SAS Parc du Bocasse demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Armand, premier conseiller exerçant les fonctions de vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique en présence de Mme Hussein, greffière d'audience, M. Armand a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Gillet, représentant la SAS Parc du Bocasse ;
- les observations de Me Colliou, représentant la commune du Bocasse.
Considérant ce qui suit :
1. Le 28 juin 2023, la SAS Parc du Bocasse a déposé une demande de permis de construire pour la construction et l'implantation d'une attraction composée de deux manèges et d'un local technique. Par un courrier en date du 12 juillet 2023, la communauté de communes Inter Caux Vexin, chargée de l'instruction des demandes d'autorisation d'urbanisme pour la commune du Bocasse, a informé la société requérante de l'incomplétude de son dossier et a sollicité la transmission de pièces et d'informations complémentaires dans un délai de trois mois. Le 28 septembre 2023, la SAS Parc du Bocasse a transmis à la commune du Bocasse les informations et pièces demandées. Par un arrêté du 22 décembre 2023, le maire de la commune du Bocasse a rejeté la demande de permis de construire présentée par la société requérante. La SAS Parc du Bocasse demande la suspension de l'exécution de cette décision.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. En ce qui concerne une décision de refus de permis de construire, il appartient au juge des référés, lorsqu'il est saisi d'une demande de suspension, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets du refus de permis litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. À cette fin, l'urgence s'apprécie objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, en tenant compte, notamment, des conséquences qui seraient susceptibles de résulter, pour les divers intérêts en présence, de la délivrance d'un permis de construire provisoire à l'issue d'un réexamen de la demande ordonné par le juge des référés.
4. Pour démontrer l'urgence qu'il y aurait à suspendre l'exécution de la décision litigieuse, la SAS Parc du Bocasse fait valoir que le refus de permis de construire porte atteinte de manière grave et immédiate à sa situation économique et financière, ainsi qu'aux emplois induits par l'exploitation du parc. Afin d'en justifier, la société requérante produit une attestation de son expert-comptable indiquant qu'elle a engagé une somme de 1 627 849 euros au titre de l'acquisition, de l'aménagement, des travaux et de l'installation des deux attractions pour lesquelles le permis de construire litigieux a été sollicité, et précisant que le financement de ces deux attractions ne pourra être assumé par le Parc du Bocasse sans refinancement bancaire, lequel est conditionné par la réception finale, après installation et mise en service, des installations. Toutefois, trois des quatre factures produites par la SAS Parc du Bocasse pour l'acquisition des deux attractions dénommées " Sidecar Factory " et " Crazy Pots ", d'un montant respectif de 195 000 euros, 548 200 euros et 142 530 euros, ont été émises antérieurement au dépôt, le 28 juin 2023, de sa demande de permis de construire, tandis que la dernière facture du 14 août 2023, d'un montant de 341 570 euros, représente le solde dû au titre d'un contrat conclu dès le 23 décembre 2022. Si la société requérante soutient qu'elle a été contrainte d'anticiper l'acquisition de son matériel pour faire face à une pénurie prévisible dans un contexte de forte demande de la part des parcs d'attraction, elle n'établit pas, comme elle le prétend, avoir été dans l'impossibilité de produire les plans des attractions en cause, dont la fabrication et la conception ont d'ailleurs été suivies et contrôlées par le bureau d'études Socotec, lui permettant ainsi, dans le même temps, d'anticiper le dépôt de sa demande de permis de construire. Dans ces conditions, et alors que la société Parc du Bocasse exploite déjà 42 manèges, dont le manège " Sidecar Factory " qui a été mis en service en août 2023, il ne résulte pas de l'instruction que l'exécution de la décision rejetant sa demande de permis de construire porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à sa situation ou aux intérêts qu'elle entend défendre. Par suite, la condition d'urgence exigée pour la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par la SAS Parc du Bocasse au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune du Bocasse, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SAS Parc du Bocasse demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la SAS Parc du Bocasse une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la commune du Bocasse et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la SAS Parc du Bocasse est rejetée.
Article 2 : La SAS Parc du Bocasse versera à la commune du Bocasse une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la SAS Parc du Bocasse et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée à la commune du Bocasse.
Fait à Rouen, le 23 avril 2024.
Le juge des référés,
Signé
G. Armand
La greffière,
Signé
A. Hussein
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2401324
ah
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