mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2401515 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | EDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 avril 2024, M. A B, représenté par la SELARL Eden Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 janvier 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " salarié " ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et, dans l'attente de ce réexamen et dans un délai de huit jours à compter de ce jugement, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, subsidiairement, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par exception de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- la décision du 10 avril 2024 par laquelle M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
- l'ordonnance du 14 mai 2024 fixant la clôture de l'instruction au 3 juin 2024 à 12 h 00;
- les autres pièces du dossier, notamment celle produite par M. B, enregistrée le 23 avril 2024.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,
- et les observations de Me Leprince, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant nigérien né le 1er mars 1998, déclare être entré en France en janvier 2017, afin d'y solliciter l'asile. Sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par une décision du 28 février 2022. Son recours contre cette décision a été rejeté par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 19 mai 2022. Le 5 janvier 2023, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, à l'exécution de laquelle il n'a pas pourvu. Le 6 octobre 2023, M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par l'arrêté attaqué du 5 janvier 2024, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :
2. L'arrêté attaqué vise, notamment, les dispositions des articles L. 421-1, L. 611-1 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été fait application à M. B. Il mentionne également les considérations de fait, propres à ce dernier, qui constituent le fondement des décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de ces décisions doivent être écartés.
Sur le refus de séjour :
3. En premier lieu, d'une part, il ne ressort pas du courrier de demande de titre de séjour adressé par M. B aux services préfectoraux, produit en défense, que celui-ci aurait sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'appartenait pas à l'autorité préfectorale, contrairement à ce que soutient le requérant, d'examiner d'office la possibilité de lui délivrer un titre de séjour sur ce fondement. En tout état de cause, en visant cet article et en indiquant que " sa situation ne fait l'objet d'aucun motif exceptionnel ni d'aucune circonstance humanitaire ", le préfet peut être regardé comme ayant examiné la possibilité d'admettre l'intéressé au séjour sur le fondement de ces dispositions. D'autre part, il ressort de l'arrêté attaqué que l'autorité préfectorale, à qui il n'appartenait pas de faire état de l'ensemble des éléments propres à la situation personnelle de M. B, a procédé à un examen particulier de cette situation. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.
4. En deuxième lieu, en se bornant à soutenir que le préfet de la Seine-Maritime disposait de la possibilité de lui délivrer un titre de séjour en qualité de salarié sans exiger qu'il dispose d'un visa de long séjour, M. B ne critique pas utilement le motif de refus d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel est soumis à cette condition de visa. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions, tel qu'il est formulé, est inopérant.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () " Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance.2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
6. M. B se prévaut de l'ancienneté de son séjour en France, de ses attaches personnelles et familiales sur le territoire et de l'exercice d'une activité professionnelle. Cependant, d'une part, s'il est constant qu'il a présenté une demande d'asile au mois de mars 2017, il est également établi que cette demande a été placée en procédure dite " Dublin " en vue de déterminer l'Etat responsable de son examen et il ressort des pièces du dossier qu'il a, à nouveau, déposé une demande d'asile le 8 juin 2020. Les seuls éléments de nature à établir sa présence en France avant cette date sont des attestations de proches et de son ex-compagne, qui déclarent que cette relation avait commencé au mois de mai 2019. D'autre part, en tout état de cause, si M. B avait conclu un pacte civil de solidarité le 22 juillet 2022, cette relation avait cessé à la date de la décision attaquée, à laquelle il fait état d'une nouvelle relation avec une ressortissante française, dont il n'établit pas l'ancienneté. Enfin, son insertion professionnelle, si elle se caractérise par un contrat à durée indéterminée en qualité de chef de partie dans un restaurant, est récente à la date de la décision attaquée dès lors qu'elle a débuté au mois d'avril 2023. M. B ne justifie par ailleurs d'aucune attache familiale en France. Dans ces conditions, en ayant refusé de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, eu égard aux buts en vue desquels cette décision a été prise. En outre, les éléments précédemment rappelés ne sauraient être regardés ni comme des considérations humanitaires ni comme des motifs exceptionnels, de nature à justifier l'admission exceptionnelle au séjour de M. B. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doivent être écartés.
7. En dernier lieu, si M. B se prévaut, outre sa situation personnelle, plus particulièrement de son insertion professionnelle par l'exercice d'une activité salariée en qualité de chef de partie en contrat à durée indéterminée à temps plein depuis le mois d'avril 2023, le préfet n'a pas, au regard de cette circonstance, à supposer que les employeurs feraient face à des difficultés de recrutement dans ce secteur, entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle en ayant refusé de l'admettre au séjour à titre exceptionnel.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.
9. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3, le moyen tiré du défaut d'examen doit en tout état de cause être écarté.
10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 et 7, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur la situation personnelle du requérant, doivent être écartés.
Sur le pays de destination :
11. En premier lieu, il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est fondé à exciper de l'illégalité ni de la décision portant refus de titre de séjour ni de celle portant obligation de quitter le territoire français.
12. En dernier lieu, en se bornant à affirmer qu'il risquerait d'être soumis à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine et, de manière très peu circonstanciée, qu'il ferait l'objet de menaces de la part du groupe Boko Haram, M. B, dont la demande de protection internationale a au demeurant été rejetée par les organismes chargés de l'asile, n'apporte aucun élément de nature à faire regarder ces risques comme établis ni même, à tout le moins, à les faire présumer. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 5 janvier 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la SELARL Eden Avocats et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
Mme Jeanmougin, première conseillère,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.
Le rapporteur,
A. LE VAILLANT
Le président,
P. MINNELe greffier,
N. BOULAY
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2505208
Le Tribunal Administratif de Rouen a rejeté la requête de Mme C... visant à annuler l'arrêté préfectoral du 12 mai 2025 refusant un titre de séjour et prononçant une obligation de quitter le territoire français (OQTF). La juridiction a estimé que les griefs soulevés, notamment les vices de procédure et la méconnaissance des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) ainsi que de la Convention européenne des droits de l'homme, n'étaient pas fondés. En conséquence, les demandes d'injonction et de condamnation aux dépens ont également été rejetées.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2501565
Le Tribunal Administratif de Rouen a rejeté la requête d'un brigadier-chef de police visant l'annulation de son arrêté de révocation disciplinaire. Le tribunal a jugé que la procédure disciplinaire était régulière, le requérant ayant été dûment informé de son droit à la communication du dossier et le droit de se taire ne s'appliquant pas aux échanges hiérarchiques ordinaires dans ce cas. La décision s'appuie sur les dispositions du code général de la fonction publique et les principes issus de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2404730
Le Tribunal Administratif de Rouen a annulé un avertissement et une exclusion prononcés à l'encontre d'une étudiante en formation paramédicale pour violation des droits de la défense. La juridiction a jugé que la procédure disciplinaire était irrégulière, notamment en raison du défaut de communication préalable du dossier à l'étudiante avant la décision, comme l'exige l'article 66 de l'arrêté du 21 avril 2007. Les sanctions sont donc annulées pour vice de procédure.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2505203
Le Tribunal Administratif de Rouen rejette la requête de Mme A... visant à annuler un arrêté préfectoral d'obligation de quitter le territoire français (OQTF). La juridiction estime que la procédure a respecté le droit d'être entendu et que la motivation de l'arrêté est suffisante, notamment au regard des conditions d'entrée et de séjour. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
07/04/2026