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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401596

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401596

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401596
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 23 avril et 6 mai 2024, Mme B A, représentée par Me Enard-Bazire, demande au juge des référés en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 18 mars 2024 par laquelle le président du conseil départemental de la Seine-Maritime a restreint son agrément d'assistante maternelle à l'accueil de deux enfants et de la décision du 27 mars 2024 de son agrément d'assistante maternelle en tant qu'il restreint l'accueil à deux enfants ;

2°) de mettre à la charge du département de la Seine-Maritime la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dans la mesure où elle perd une partie significative de ses revenus, alors qu'elle supporte des charges incompressibles, et elle s'est engagée auprès de parents pour accueillir des enfants les 6 et 27 mai 2024 ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de cette décision :

o elle est entachée d'incompétence de son auteur ;

o elle est insuffisamment motivée en fait et en droit en méconnaissance de l'article L. 412-6 du code de l'action sociale et des familles ;

o elle est entachée d'un vice de procédure dans la mesure où d'une part, le courrier l'informant de la saisine de la commission consultative paritaire départementale était imprécis et ne lui permettait pas de préparer sa défense, d'autre part, la commission a été saisi pour une demande de retrait de l'agrément et non pour une restriction de l'agrément, enfin, elle a consulté son dossier administratif qui n'était pas complet ;

o le retrait partiel de l'agrément est illégal en ce qu'il retire au-delà d'un délai de quatre mois la décision créatrice de droits d'agrément pour l'accueil de quatre enfants ;

o elle est entachée d'erreur de fait, d'appréciation et méconnaît les dispositions des articles L. 421-3 et L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 mai 2024, le département de la Seine-Maritime, représenté par son président en exercice, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie dans la mesure où l'intérêt public de protection des enfants justifie que l'exécution de la mesure ne soit pas suspendue, que Mme A ne justifie pas de la situation financière difficile qu'elle invoque ;

- aucun des moyens soulevés n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- la requête enregistrée le 10 avril 2024 sous le n° 2401395 par laquelle Mme A demande l'annulation des décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et de la famille ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Van Muylder, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de M. Mialon, greffier d'audience :

- le rapport de Mme Van Muylder, juge des référés ;

- les observations de Me Monange substituant Me Enard-Bazire, pour Mme A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soutient, en outre, que le mémoire en défense est entaché d'incompétence de son signataire ;

- et les observations de M. C, pour le département de la Seine-Maritime qui reprend les moyens de défense développés dans le mémoire enregistré le 2 mai 2024.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A est agréée en qualité d'assistante maternelle depuis le 17 août 2011. A la suite de signalements de parents, le service du département de la Seine-Maritime a organisé une visite impromptue au domicile de Mme A le 14 avril 2023. Elle a été convoquée devant la commission consultative paritaire départementale de la Seine-Maritime le 11 mars 2024. Par décision du 18 mars 2024, le président du conseil départemental de la Seine-Maritime a restreint l'agrément de Mme A. Par la présente requête, Mme A demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 18 mars 2024 par laquelle le président du conseil départemental de la Seine-Maritime a restreint son agrément d'assistante maternelle à l'accueil de deux enfants et de la décision du 27 mars 2024 de son agrément d'assistante maternelle en tant qu'il restreint l'accueil à deux enfants.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'action sociale et des familles : " L'assistant maternel est la personne qui, moyennant rémunération, accueille habituellement et de façon non permanente des mineurs à son domicile ou dans un lieu distinct de son domicile appelé " maison d'assistants maternels " tel que défini à l'article L. 424-1. L'assistant maternel accueille des mineurs confiés par leurs parents, directement ou par l'intermédiaire d'un service d'accueil mentionné à l'article L. 2324-1 du code de la santé publique. Il exerce sa profession comme salarié de particuliers employeurs ou de personnes morales de droit public ou de personnes morales de droit privé dans les conditions prévues au chapitre III du présent livre, après avoir été agréé à cet effet. ". Aux termes de l'article L. 421-3 du même code : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel ou d'assistant familial est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside. () / L'agrément est accordé à ces deux professions si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs et majeurs de moins de vingt et un ans accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne () ". Aux termes des 3 et 4èmes alinéas de l'article L. 421-6 du même code : " () / Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait. En cas d'urgence, le président du conseil départemental peut suspendre l'agrément. Tant que l'agrément reste suspendu, aucun enfant ne peut être confié. / Toute décision de retrait de l'agrément, de suspension de l'agrément ou de modification de son contenu doit être dûment motivée (). ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe au président du conseil départemental de s'assurer que les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis. Dans l'hypothèse où il est informé de suspicions de comportements susceptibles de compromettre la santé, la sécurité ou l'épanouissement d'un enfant, de la part du bénéficiaire de l'agrément ou de son entourage, il lui appartient, dans l'intérêt qui s'attache à la protection de l'enfance, de tenir compte de tous les éléments portés à la connaissance des services compétents du département ou recueillis par eux.

6. Pour justifier l'urgence à suspendre l'exécution de la décision en litige, Mme A fait valoir que la décision de restriction de son agrément à l'accueil de deux enfants la place dans une situation de précarité financière manifeste. Toutefois, elle ne justifie pas de ces difficultés financières et n'apporte aucun élément sur le montant de ses charges incompressibles ni sur l'ensemble des revenus de son foyer. Ainsi les pièces produites ne permettent pas d'établir des conséquences qui seraient de nature à compromettre gravement la situation économique de son foyer. Elle fait également valoir qu'elle se serait engagée auprès de parents pour l'accueil de leur enfant à compter du mois de mai 2024, sans établir que les parents ne puissent pas retrouver un mode de garde. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que la décision de restriction de l'agrément a été justifiée afin de garantir au mieux la santé, la sécurité et l'épanouissement des enfants accueillis. Dès lors, la condition d'urgence nécessitant de prononcer à bref délai une mesure provisoire n'est pas remplie.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, que les conclusions présentées par Mme A sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ainsi que, par voie de conséquence, celles relatives aux frais liés à l'instance, doivent être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au département de la Seine-Maritime.

Fait à Rouen, le 7 mai 2024.

La juge des référés

C. VAN MUYLDER

Le greffier,

J.-B. MIALONLa République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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