jeudi 29 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2402421 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | Juge Unique 4 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 juin 2024, M. B A, demande au tribunal, statuant en application de l'article L. 441-2-3-1 I du code de la construction et de l'habitation :
1°) d'enjoindre à l'Etat de leur attribuer un logement dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
2°) de mettre une somme de 1 500 euros à la charge de l'Etat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Il soutient qu'il a été reconnu prioritaire pour un hébergement d'urgence par une décision de la commission de médiation de l'Eure le 21 mars 2024 ; qu'il ne s'est pas vu proposer d'offre d'hébergement dans le délai de six semaines, qu'il est dès lors fondé à demander à ce qu'il soit enjoint au préfet de l'Eure de lui délivrer un hébergement en urgence.
Par un mémoire enregistré le 5 août 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête et subsidiairement à ce qu'il lui soit accordé un délai supplémentaire pour se conformer à la décision de la commission de médiation et de ne pas assortir la décision d'une astreinte
Il fait valoir que l'association YSOS avait fixé un rendez-vous avec M. A le 19 juillet 2024 mais le requérant ne s'est pas présenté, que l'association dispose d'une place disponible mais que malgré plusieurs relances, M. A demeure injoignable.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Van Muylder, vice-présidente, pour statuer sur les requêtes présentées sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 27 août 2024 à 10 h 00, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.
L'instruction a été clôturée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation : " I. - Le demandeur qui a été reconnu par la commission de médiation comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence et qui n'a pas reçu, dans un délai fixé par décret, une offre de logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités peut introduire un recours devant la juridiction administrative tendant à ce que soit ordonné son logement ou son relogement () Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne statue en urgence, dans un délai de deux mois à compter de sa saisine. Sauf renvoi à une formation collégiale, l'audience se déroule sans conclusions du commissaire du Gouvernement. / Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne, lorsqu'il constate que la demande a été reconnue comme prioritaire par la commission de médiation et doit être satisfaite d'urgence et que n'a pas été offert au demandeur un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités, ordonne le logement ou le relogement de celui-ci par l'Etat et peut assortir son injonction d'une astreinte () ".
2. Les dispositions précitées, éclairées par les travaux parlementaires qui ont précédé leur adoption, fixent une obligation de résultat pour l'Etat, désigné comme garant du droit au logement opposable reconnu par le législateur. Il en résulte que le préfet est tenu de proposer à un demandeur reconnu prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable une offre de logement. Ces dispositions font obligation au juge d'adresser au préfet l'injonction qu'elles prévoient dès lors qu'il constate que la demande a été reconnue comme prioritaire par la commission de médiation, que cette demande doit être satisfaite d'urgence et qu'un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités n'a pas été offert au demandeur. Cependant, lorsque le demandeur a refusé un logement qui lui avait été proposé à la suite de la décision de la commission, le juge ne peut adresser une injonction à l'administration que si l'offre ainsi rejetée n'était pas adaptée aux besoins et capacités de l'intéressé tels que définis par la commission ou si, bien que cette offre fût adaptée, le demandeur a fait état d'un motif impérieux de nature à justifier son refus.
3. Par une décision du 29 avril 2024, la commission de médiation du droit au logement opposable de l'Eure a reconnu M. B A prioritaire et devant être accueilli dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale et a précisé que le SIAO prendra contact avec M. A.
4. M. A soutient, à l'appui de sa requête, qu'aucune offre d'hébergement ne lui a été présentée dans le délai de six semaines imparti à cet effet et que, par suite, sa situation étant demeurée inchangée, il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui attribuer une place dans une structure d'hébergement, conformément à ce qui a été décidé par la commission de médiation.
5. Il résulte toutefois de l'instruction que M. A s'est vu proposer un hébergement par le service intégré de l'accueil et de l'orientation auprès de l'association Ysos mais il n'a pas contacté les différents services qui ont essayé de le joindre pour l'informer de l'attribution d'une place d'hébergement. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie sera adressée au préfet de l'Eure.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 août 2024.
La magistrate désignée
C. VAN MUYLDER La greffière
S. GIRARD
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui la concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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