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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2402895

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2402895

mardi 23 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2402895
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 juillet 2024, M. C A, représenté par Me Djossou, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 22 mai 2024 par laquelle le directeur général de l'Agence régionale de santé (ARS) Normandie a prononcé la suspension de son droit d'exercer la profession de médecin pour la durée maximale de cinq mois ;

2°) de mettre à la charge de l'ARS la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision le prive de la possibilité d'exercer sa profession et donc de moyens de subsistance et alors qu'il a plusieurs crédits ;

- la condition de doute sérieux est satisfaite dès lors qu'il n'a pas été convoqué à un entretien exposant les griefs reprochés avant que la décision ne soit prise, ce qui contrevient aux articles L. 121-1 et L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration ; qu'il n'est pas établi que le directeur général de l'ARS aurait immédiatement saisi la chambre disciplinaire ; que la décision n'est pas suffisamment motivée, repose sur des faits matériellement inexacts, est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un détournement de pouvoir.

Vu :

- la requête, enregistrée le 2 juillet 2024 sous le n° 2402590, par laquelle M. A demande, notamment, l'annulation de la décision attaquée ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme B comme juge des référés ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. " Ces dispositions autorisent le juge des référés à rejeter une demande par une ordonnance motivée, sans mener de procédure contradictoire et sans audience, notamment lorsque cette demande est manifestement mal fondée.

2. Aux termes de l'article L. 4113-14 du code de la santé publique : " En cas d'urgence, lorsque la poursuite de son exercice par un médecin, un chirurgien-dentiste ou une sage-femme expose ses patients à un danger grave, le directeur général de l'agence régionale de santé dont relève le lieu d'exercice du professionnel prononce la suspension immédiate du droit d'exercer pour une durée maximale de cinq mois. Il entend l'intéressé au plus tard dans un délai de trois jours suivant la décision de suspension. / Le directeur général de l'agence régionale de santé dont relève le lieu d'exercice du professionnel informe immédiatement de sa décision le président du conseil départemental compétent et saisit sans délai le conseil régional ou interrégional lorsque le danger est lié à une infirmité, un état pathologique ou l'insuffisance professionnelle du praticien, ou la chambre disciplinaire de première instance dans les autres cas. Le conseil régional ou interrégional ou la chambre disciplinaire de première instance statue dans un délai de deux mois à compter de sa saisine. En l'absence de décision dans ce délai, l'affaire est portée devant le Conseil national ou la Chambre disciplinaire nationale, qui statue dans un délai de deux mois. A défaut de décision dans ce délai, la mesure de suspension prend fin automatiquement. () Le directeur général de l'agence régionale de santé dont relève le lieu d'exercice du professionnel peut à tout moment mettre fin à la suspension qu'il a prononcée lorsqu'il constate la cessation du danger. Il en informe le conseil départemental et le conseil régional ou interrégional compétents et, le cas échéant, la chambre disciplinaire compétente, ainsi que les organismes d'assurance maladie et le représentant de l'Etat dans le département. / Le médecin, le chirurgien-dentiste ou la sage-femme dont le droit d'exercer a été suspendu selon la procédure prévue au présent article peut exercer un recours contre la décision du directeur général de l'agence régionale de santé dont relève le lieu d'exercice du professionnel devant le tribunal administratif, qui statue en référé dans un délai de quarante-huit heures. () "

3. En premier lieu, si M. A, gynécologue obstétricien, se plaint ne pas avoir été convoqué à un entretien préalable à la décision, laquelle est prise non en considération de sa personne mais à titre conservatoire dans l'intérêt de la santé publique et de la sécurité des patients, et ne pas être garanti d'une saisine immédiate de la chambre disciplinaire de son ordre professionnel, il résulte des termes mêmes de l'article L. 4113-14 du code de la santé publique que c'est seulement après avoir décidé de suspendre un professionnel que le directeur de l'ARS doit le convoquer à un entretien et en informer l'ordre professionnel. Les éventuels vices allégués sont donc manifestement sans incidence sur la légalité de la décision en litige, qui doit être appréciée à la date de son édiction. Cette décision de 5 pages permettait à l'intéressé d'en comprendre les motifs de fait et de droit à sa seule lecture et est donc manifestement suffisamment motivée. En outre, si la décision contestée évoque le témoignage circonstancié d'une élève infirmière, celui-ci éclaire le comportement du praticien à l'égard des femmes et est susceptible d'être pris en compte, sans erreur de droit, pour caractériser les dangers graves auxquels peuvent être exposées ses patientes. En se bornant à produire des témoignages de soutien qui n'éclairent pas directement les faits précisément reprochés, à faire valoir d'ailleurs sans l'établir qu'il aurait été placé sous le statut de témoin assisté par le juge d'instruction et que les témoignages des plaignantes sont entachés de " nombreuses contradictions " qu'il ne détaille pas, M. A n'apporte manifestement pas de commencement de preuve que les faits de viols et d'agressions sexuelles sur une patiente jeune majeure ne présenteraient pas un degré de vraisemblance et de gravité suffisant pour justifier sans erreur d'appréciation sa suspension pendant la durée maximale de cinq mois, laquelle, prise à titre conservatoire, ne porte pas atteinte à la présomption d'innocence et n'est manifestement pas entachée d'un détournement de pouvoir. La requête de M. A est donc manifestement mal fondée.

4. En second lieu, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

5. Si M. A produit des documents bancaires montrant qu'il a contracté deux emprunts à titre personnel pour lesquels il est tenu à d'importantes échéances de remboursement, il a plusieurs comptes bancaires et est gérant d'une société civile immobilière qui a elle-même d'importants emprunts mais dont il n'évoque pas les revenus. Il omet également de préciser son statut auprès du centre hospitalier de Bernay alors que les dispositions de l'article R. 4113-114 du code de la santé publique prévoient le maintien du traitement ou des émoluments mensuels pendant la suspension conservatoire. Les pièces produites ne permettent donc pas d'établir la réalité de la situation financière de M. A. En outre, dès lors que le requérant, gynécologue, ne conteste pas sérieusement le caractère vraisemblable des faits graves qui lui sont reprochés, l'intérêt public de la protection des patientes commande qu'il ne puisse pas, provisoirement, exercer sa profession. Par suite, M. A n'établit pas l'urgence de la suspension qu'il demande.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A à fin de suspension sont manifestement mal fondées et doivent, dès lors, être rejetées en application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A.

Fait à Rouen, le 23 juillet 2024.

La juge des référés,

Signé : H. B

La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J.-B. MIALON

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