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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403072

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403072

mercredi 14 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403072
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantSAGON LOEVENBRUCK LESIEUR LEJEUNE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de Mme B visant à suspendre l'exécution de la décision de France Travail Normandie du 12 juin 2024 rejetant sa demande de décharge d'un trop-perçu d'allocation de solidarité spécifique, ainsi que la contrainte émise le 28 novembre 2023. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car l'opposition formée par la requérante contre la contrainte, en application des articles L. 5426-8-2 et R. 5426-22 du code du travail, suspendait déjà automatiquement tout effet exécutoire de la contrainte, rendant la suspension demandée sans objet. Par conséquent, la requête a été rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 juillet et 11 août 2024, Mme A B, représentée par Me Monange, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 12 juin 2024 par laquelle France Travail Normandie a rejeté sa demande de décharge de la somme de 6 755, 84 euros dûe au titre d'un trop-perçu d'allocation de solidarité spécifique ainsi que la décision en date du 25 octobre 2022 portant recouvrement de l'indu et de la contrainte émise le 28 novembre 2023, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de ces décisions ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'elle ne perçoit plus aucune ressource ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision dès lors que :

*les décisions du 25 octobre 2022 et 12 juin 2024 méconnaissent l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration en l'absence de signature et de mention du nom et du prénom du signataire ;

*ces décisions sont insuffisamment motivées ;

*la contrainte du 29 septembre 2023 est insuffisamment motivée ;

*les décisions attaquées sont entachées d'erreur de droit et d'erreur de fait.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2024, France Travail Normandie, représenté par Me Lesieur-Guinault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie, que les recours sont irrecevables et qu'aucun moyen n'est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité des décisions.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 27 juillet 2024 sous le n° 2403048 tendant à l'annulation des décisions dont la suspension est demandée.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Armand, premier conseiller faisant fonction de vice-président pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Mialon, greffier d'audience, M. Armand a lu son rapport et entendu les observations de Me Monange pour la requérante.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

2. Aux termes de l'article L. 5426-8-2 du code du travail : " Pour le remboursement des allocations, aides, ainsi que de toute autre prestation indûment versées par Pôle emploi () pour le compte de l'Etat (), le directeur général de Pôle emploi ou la personne qu'il désigne en son sein peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, et après mise en demeure, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère le bénéfice de l'hypothèque judiciaire ". Aux termes de l'article R. 5426-20 du même code : " La contrainte prévue à l'article L. 5426-8-2 est délivrée après que le débiteur a été mis en demeure de rembourser l'allocation, l'aide ou toute autre prestation indue mentionnée à l'article L. 5426-8-1. / Le directeur général de Pôle emploi lui adresse, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, une mise en demeure qui comporte le motif, la nature et le montant des sommes demeurant réclamées, la date du ou des versements indus donnant lieu à recouvrement ainsi que, le cas échéant, le motif ayant conduit à rejeter totalement ou partiellement le recours formé par le débiteur. / Si la mise en demeure reste sans effet au terme du délai d'un mois à compter de sa notification, le directeur général de Pôle emploi peut décerner la contrainte prévue à l'article L. 5426-8-2 ". Enfin, selon l'article R. 5426-22 du code du travail : " Le débiteur peut former opposition par inscription au secrétariat du tribunal compétent dans le ressort duquel il est domicilié ou par lettre recommandée avec demande d'avis de réception adressée au secrétariat dudit tribunal dans les quinze jours à compter de la notification. L'opposition est motivée. Une copie de la contrainte contestée y est jointe. Cette opposition suspend la mise en œuvre de la contrainte. La décision du tribunal, statuant sur opposition, est exécutoire de droit à titre provisoire ".

3. En application des articles L. 5426-8-2 et R. 5426-20 du code du travail, France Travail Normandie a émis le 28 novembre 2023 une contrainte à l'encontre de Mme B en vue de recouvrer la somme de 6 755,84 euros au titre d'un trop perçu d'allocations de solidarité spécifique. Mme B a formé le 27 juillet 2024, parallèlement à la présente requête en référé tendant à la suspension de cet acte, une opposition à cette décision litigieuse enregistrée au greffe du tribunal sous le n° 2403048. En application des dispositions précitées de l'article R. 5426-22 du code du travail, cette opposition suspend tout effet exécutoire de la contrainte et fait par elle-même obstacle, aussi longtemps que ce recours est pendant devant les juges du fond, à la possibilité pour France Travail Normandie de recouvrer les sommes réclamées.

4. La demande en référé de Mme B, qui présente ainsi un caractère superfétatoire puisque son recours au fond interdit tout recouvrement de la créance mise à sa charge jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa requête, doit par suite être rejetée comme irrecevable. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions relatives à la prise en charge des frais de l'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et à France Travail Normandie.

Fait à Rouen, le 14 août 2024.

Le juge des référés,

Signé :

G. ArmandLe greffier,

Signé :

J-B. Mialon

La République mande et ordonne à la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion, en ce qui la concerne ou à tous les huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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