jeudi 22 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2403131 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SELARL AUDICIT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er et 17 août 2024, la société pour la construction et l'exploitation du marché d'intérêt national de Rouen, représentée par la SELARL Huon et Sarfati demande au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1) d'enjoindre à la société Allo Froid de libérer les locaux qu'elle occupe sans droit ni titre au sein du marché d'intérêt national (MIN) de Rouen dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter de l'ordonnance à intervenir ;
2) de mettre à la charge de la société Allo Froid le versement de la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur l'urgence, le maintien irrégulier de la société Allo Froid l'empêche de gérer le domaine public lui appartenant en percevant des redevances d'occupation et de réaliser les travaux nécessaires ;
Sur l'absence de contestation sérieuse :
- la société Allo Froid ne justifie d'aucun titre l'autorisant à occuper le domaine public ;
- la mesure demandée présente un caractère d'utilité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 aout 2024, la société Allo Froid, représentée par la SELARL Pierre-Xavier Boyer, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requérante ne justifie d'aucune urgence au prononcé de la mesure demandée, en l'absence de justifications suffisantes ;
- il existe une contestation sérieuse au prononcé de la mesure d'expulsion au regard du principe de loyauté des relations contractuelles ;
- l'utilité de la mesure n'est pas démontrée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de commerce ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Mulot, premier conseiller, en qualité de juge des référés sur le fondement de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 août 2024 à 10h30, tenue en présence de M. Tostivint, greffier d'audience :
- le rapport de M. Mulot, juge des référés ;
- les observations de Me Sarfati, avocate de la société pour la construction et l'exploitation du marché d'intérêt national de Rouen, qui reprend et complète les conclusions et moyens de la requête ;
- et les observations de Me Malet substituant Me Boyer, avocate de la société Allo Froid, qui porte sa demande présentée au titre des frais d'instance à hauteur de 3 000 euros et, pour le surplus, reprend et complète les conclusions et moyens du mémoire en défense.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Connaissance prise de la note en délibéré, enregistrée le 20 août 2024, présentée pour la société requérante.
Connaissance prise de la note en délibéré, enregistrée le 21 août 2024, présentée pour la société défenderesse.
Considérant ce qui suit :
1. Il résulte de l'instruction que la société Allo Froid, qui a pour activité l'installation, le dépannage et la maintenance du matériel aéraulique frigorifique, occupe depuis 2001 un local au sein du marché d'intérêt national (MIN) de Rouen. En dernier lieu, elle a signé avec la société pour la construction et l'exploitation du Marché d'Intérêt National de Rouen (ci-après société du MIN de Rouen) société délégataire de la mission de gestion du service public du MIN de Rouen, d'une part, une convention d'occupation n°COT-2018-09 portant sur une surface de 212 m2 environ dans le bâtiment E1 du MIN, entrée en vigueur le 1er mars 2019 pour une durée de quatre ans et renouvelable ensuite par tacite reconduction jusqu'au 31 décembre 2045 au plus tard, d'autre part, une convention d'occupation n°COT- 2018-10 portant sur une surface de 84 m2 environ dans la halle A du MIN, entrée en vigueur le 1er janvier 2019, consentie pour une année ou pour neuf années en cas de réalisation par l'occupant avant le 31 décembre 2019 de certains travaux contractuellement définis, l'autorisation d'occupation se renouvelant tacitement à l'échéance de la convention au plus tard jusqu'au 31 décembre 2045, sauf dénonciation par l'une des parties, avec un préavis de trois mois, par lettre recommandée avec accusé de réception. Par courrier recommandé avec accusé de réception du 2 juillet 2021, la société du MIN de Rouen a informé la société ALLO FROID que la convention n°COT-2018-10 ne serait pas renouvelée à compter du 31 décembre 2021, tout en proposant à l'occupante un autre emplacement. Cette décision a été réitérée par courrier du 9 novembre 2021 du conseil de la société du MIN de Rouen à celui de la société ALLO FROID. Cette dernière société a sollicité auprès du président du Tribunal, le 21 mars 2022, la désignation d'un médiateur sur le fondement de l'article L 213-5 du code de justice administrative, mais cette médiation n'a pu aboutir à une issue positive. Par une ordonnance du 23 juin 2023, la juge des référés a rejeté la requête du 21 juin précédent de la société pour la construction et l'exploitation du marché d'intérêt national de Rouen tendant à l'expulsion de la société Allo Froid.
2. Par un courrier du 26 octobre 2023, le MIN a proposé à la société Allo Froid d'occuper à compter du début de l'année 2024 une case située au sein du bâtiment E, d'une surface de 312 mètres carrés. Les parties ont conclu le 12 février 2024 une convention à cet effet, prévoyant des obligations réciproques, dont la réalisation de travaux, et la fin des conventions prévoyant la mise à disposition de la case 21B dans la halle A et de l'entrepôt n°4 du bâtiment E.
3. Par la présente requête, la société pour la construction et l'exploitation du marché d'intérêt national de Rouen demande au juge des référés d'ordonner l'expulsion de la société Allo Froid de la case 21B de la halle A et de l'entrepôt n°4 du bâtiment E.
Sur les conclusions principales :
4. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ", et aux termes de l'article R. 552-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
En ce qui concerne le bien-fondé de la demande d'expulsion :
5. Lorsque le juge des référés est saisi, sur le fondement de ces dispositions, d'une demande d'expulsion d'un occupant du domaine public, il lui appartient de rechercher si, au jour où il statue, cette demande présente un caractère d'urgence et ne se heurte à aucune contestation sérieuse. S'agissant de cette dernière condition, dans le cas où la demande d'expulsion fait suite à la décision du gestionnaire du domaine de retirer ou de refuser de renouveler le titre dont bénéficiait l'occupant et où, alors que cette décision exécutoire n'est pas devenue définitive, l'occupant en conteste devant lui la validité, le juge des référés doit rechercher si, compte tenu tant de la nature que du bien-fondé des moyens ainsi soulevés à l'encontre de cette décision, la demande d'expulsion doit être regardée comme se heurtant à une contestation sérieuse.
6. En premier lieu, si les parties conviennent de l'intérêt commun que présente, dans son principe, le maintien sur le site du MIN de la société Allo Froid, la société pour la construction et l'exploitation du marché d'intérêt national de Rouen justifie suffisamment par les éléments qu'elle produit devant le juge des référés que d'autres sociétés ont manifesté un intérêt certain pour l'occupation de la case 21b de la halle A et de l'entrepôt n°4 du bâtiment E, et que le maintien de la société Allo Froid dans lesdits locaux compromet la réalisation de ces projets et la conclusion effective de conventions avec ces sociétés ou, en ce qui concerne les relations entre le MIN et la société Petit Forestier, leur exécution. En particulier, la convention pour laquelle la société Petit Forestier a donné son accord prévoit, à la charge de la société pour la construction et l'exploitation du marché d'intérêt national de Rouen, la réalisation de travaux conséquents dans les entrepôts E101 à E104, dont l'un est actuellement occupé par la défenderesse.
7. En outre, si la société Allo Froid fait valoir que l'exécution de cette mesure serait de nature à mettre un terme définitif à son activité, elle n'a pas justifié devant le juge des référés de la portée d'une telle assertion, alors qu'il est constant que la société pour la construction et l'exploitation du marché d'intérêt national de Rouen a par ailleurs mis à sa disposition un autre local dont le caractère inadapté, ainsi qu'il sera vu infra, ne résulte pas de l'instruction.
8. Ainsi, la société pour la construction et l'exploitation du marché d'intérêt national de Rouen justifie que soit prononcée, sans attendre une décision du juge du fond et en urgence, l'expulsion de la société Allo Froid.
9. En second lieu, la société Allo Froid se prévaut notamment d'un manquement de la société pour la construction et l'exploitation du marché d'intérêt national de Rouen à ses obligations contractuelles dès lors que la convention conclue le 12 février 2024 entre elle et la société pour la construction et l'exploitation du marché d'intérêt national de Rouen pour la mise à disposition d'un entrepôt de 312 mètres carrés prévoyait à son article 6 la réalisation, à la charge de la société du MIN, d'un " dallage béton ". Plus particulièrement, la société Allo Froid fait valoir que compte-tenu de la déclivité du sol de ce local, celui-ci est inadapté à son activité, en raison de l'impossibilité d'installer des racks à palette. Toutefois, outre que la convention en question ne prévoyait pas expressément la mise à disposition d'un dallage parfaitement aplani, il ne résulte pas de l'instruction et notamment des explications apportées durant l'audience publique que cette faible déclivité, d'environ 1 % selon les constats du commissaire de justice, rendent matériellement impossible l'installation de racks à palette ni même, comme cela a été soutenu, exagérément difficile. Par suite, la demande de la société pour la construction et l'exploitation du marché d'intérêt national de Rouen ne se heurte à aucune contestation sérieuse et présente un caractère d'utilité.
En ce qui concerne l'octroi d'un délai pour quitter les lieux et le prononcé d'une astreinte :
10. Le juge des référés n'a pas le pouvoir d'accorder à l'occupant un délai pour quitter les lieux. Mais il peut prévoir que son injonction soit assortie d'une astreinte et prévoir que celle-ci ne commencera à courir qu'à l'expiration d'un délai qu'il lui appartient de fixer.
11. Ainsi, outre que la demande de délai présentée par la défenderesse n'entre pas dans les pouvoirs du juge des référés, compte-tenu des circonstances de l'espèce, il apparait nécessaire de prononcer à l'encontre de la société Allo Froid une astreinte de 500 euros par jour de retard si elle n'a pas, dans un délai de vingt-et-un jours à compter de la notification de la présente ordonnance, quitté les locaux qu'elle occupe irrégulièrement.
Sur les conclusions accessoires :
12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Allo Froid la somme que la société pour la construction et l'exploitation du marché d'intérêt national de Rouen demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les dispositions du même article font par ailleurs obstacle à ce que les sommes demandées à ce titre par la société Allo Froid soient mises à la charge de la société pour la construction et l'exploitation du marché d'intérêt national de Rouen, qui n'est pas la partie perdante.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à la société Allo Froid de libérer sans délai les locaux de la case 21b de la halle A et de l'entrepôt n°4 du bâtiment E du MIN de Rouen, sous astreinte de 500 euros par jour de retard à l'expiration d'un délai de vingt-et-un jours à compter de la notification de la présente décision.
Article 2 : Le surplus de la requête et les conclusions de la société Allo Froid présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société pour la construction et l'exploitation du marché d'intérêt national de Rouen et à la société Allo Froid.
Fait à Rouen, le 22 août 2024.
Le juge des référés,
signé
R. Mulot
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire chacun en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Signé
S. Combes
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