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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403161

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403161

mardi 20 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403161
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de Mme C visant à suspendre la décision du 3 juin 2024 du président du conseil départemental de l'Eure lui refusant un agrément en qualité d'accueillante familiale adulte. Le juge a estimé qu'aucun des moyens soulevés, notamment ceux tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte, de l'insuffisance de motivation ou de l'erreur d'appréciation au regard des articles L. 441-1 et R. 441-1 du code de l'action sociale et des familles, n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée. La condition d'urgence n'a pas été examinée, le rejet étant fondé sur l'absence de moyen sérieux.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 août 2024, Mme B C, représentée par Me Cacciapaglia, demande au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1) de suspendre l'exécution de la décision du 3 juin 2024 par laquelle le président du conseil départemental de l'Eure a rejeté sa demande d'agrément en qualité d'accueillante familiale adulte ;

2) d'enjoindre au président du conseil départemental de l'Eure de lui accorder l'agrément sollicité dans un délai de quinze jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3) de mettre à la charge du département de l'Eure la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur l'urgence :

- elle a fait l'objet le 30 janvier 2024 d'une décision de retrait d'agrément en qualité d'assistante familiale, de sorte qu'elle est privée de toute ressource tirée de l'exercice d'une activité professionnelle ;

- elle ne perçoit pas l'aide au retour à l'emploi ;

- elle doit assumer des charges élevées ;

Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision :

- elle a été prise par un auteur ne justifiant pas d'une délégation de signature régulière ;

- elle est entachée de " vices de procédure " ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans la mise en œuvre des articles L. 441-1 et R. 441-1 et suivants du code de l'action sociale et des familles et, par conséquent, d'une méconnaissance de ces dispositions.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 août 2024, le département de l'Eure, représenté par son président, conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que :

- la requérante ne justifie pas d'une situation d'urgence dès lors que Mme C ne tirait aucun revenu de cette activité et que la décision n'est pas un refus de renouvellement ;

- aucun des moyens soulevés par Mme C n'est de nature à créer un doute quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- la requête n°2403160, par laquelle Mme C demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Mulot, premier conseiller, en qualité de juge des référés sur le fondement de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 août 2024 à 11h30, tenue en présence de M. Tostivint, greffier d'audience :

- le rapport de M. Mulot, juge des référés ;

- les observations de Me Lahaye substituant Me Cacciapaglia, avocat de Mme C, qui reprend et complète les conclusions et moyens de la requête ;

- et les observations de la représentante du département de l'Eure, qui reprend les conclusions et moyens du mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte de l'instruction que Mme B C a exercé durant de nombreuses années la profession d'assistante familiale, accueillant à son domicile des enfants confiés au département ou d'autres personnes publiques ou privées, sous couvert d'un agrément délivré par le président du conseil départemental de l'Eure. Par une décision du 30 janvier 2024, le président du conseil départemental de l'Eure a retiré l'agrément de Mme C. La demande de suspension de l'exécution de cette décision a été rejetée par une ordonnance de la juge des référés du 15 avril 2024. Le 21 mars 2024, Mme C a sollicité du président du conseil départemental la délivrance d'un agrément en qualité d'accueillante familiale adulte, dans les conditions prévues aux articles L. 441-1 et R. 441-1 et suivants du code de l'action sociale et des familles. Par une décision du 3 juin 2024, le président du conseil départemental de l'Eure a rejeté cette demande. Par la présente requête, Mme C sollicite du juge des référés la suspension de l'exécution de cette décision.

2. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 441-1 du code de l'action sociale et des familles, " A accueillir habituellement à son domicile, à titre onéreux, des personnes âgées ou handicapées adultes n'appartenant pas à sa famille jusqu'au quatrième degré inclus et, s'agissant des personnes handicapées adultes, ne relevant pas des dispositions de l'article L. 344-1, une personne ou un couple doit, au préalable, faire l'objet d'un agrément, renouvelable, par le président du conseil départemental de son département de résidence qui en instruit la demande () / L'agrément ne peut être accordé que si les conditions d'accueil garantissent la continuité de celui-ci, la protection de la santé, la sécurité et le bien-être physique et moral des personnes accueillies, si les accueillants se sont engagés à suivre une formation initiale et continue et une initiation aux gestes de secourisme organisées par le président du conseil départemental et si un suivi social et médico-social des personnes accueillies peut être assuré () ".

4. En l'état de l'instruction, aucun des moyens susvisés n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision attaquée doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que les conclusions aux fins d'injonction et au titre des frais du litige.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C et au département de l'Eure.

Fait à Rouen, le 20 août 2024.

Le juge des référés,

Signé : R. Mulot

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

A expédition conforme,

La greffière,

C. HENRY

N°2403161

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