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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403163

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403163

lundi 5 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403163
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la demande de M. C A visant à faire cesser une atteinte grave et manifestement illégale au droit à la vie de son fils, hospitalisé au CHU de Rouen. Le requérant contestait une décision orale d'arrêt de l'assistance respiratoire, mais le juge a relevé qu'aucune décision formelle de limitation ou d'arrêt des traitements, au sens des articles L. 1110-5-1 et R. 4127-37-2 du code de la santé publique, n'avait été produite. En outre, le retrait de l'assistance respiratoire n'avait pas entraîné de conséquences péjoratives, le patient respirant de manière autonome. La demande a été rejetée comme manifestement mal fondée, sans qu'il soit nécessaire de statuer sur l'urgence.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 août 2024 à 22 heures 52, M. C A demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, à l'unité de réanimation neurochirurgicale du centre hospitalier universitaire (CHU) de Rouen de faire cesser l'atteinte grave et manifestement illégale portée au droit à la vie de M. B A ;

2°) de prononcer à cet effet toutes les mesures nécessaires à l'encontre de l'unité de réanimation neurochirurgicale de Rouen ;

3°) de condamner le CHU de Rouen aux dépens.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Anne Gaillard pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1.Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. " L'article L. 522-3 dudit code permet au juge des référés de rejeter une demande sans mener de procédure contradictoire et sans audience lorsque cette demande " ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

2. Aux termes de l'article L1110-5-1 du code de la santé publique : "Les actes mentionnés à l'article L. 1110-5 ne doivent pas être mis en œuvre ou poursuivis lorsqu'ils résultent d'une obstination déraisonnable. Lorsqu'ils apparaissent inutiles, disproportionnés ou lorsqu'ils n'ont d'autre effet que le seul maintien artificiel de la vie, ils peuvent être suspendus ou ne pas être entrepris, conformément à la volonté du patient et, si ce dernier est hors d'état d'exprimer sa volonté, à l'issue d'une procédure collégiale définie par voie réglementaire ". Aux termes de l'article R 4127-37-2 du code précité : " La décision de limitation ou d'arrêt de traitement respecte la volonté du patient () . Lorsque le patient est hors d'état d'exprimer sa volonté, la décision de limiter ou d'arrêter les traitements dispensés, au titre d'une obstination déraisonnable, ne peut être prise qu'à l'issue de la procédure collégiale prévue à l'article L 1110-5 et dans le respect des directives anticipées et, en leur absence, qu'après qu'a été recueilli auprès de la personne de confiance ou, à défaut, auprès de la famille ou de l'un des proches, le témoignage de la volonté exprimée par le patient. () III La décision de limitation ou d'arrêt de traitement est prise par le médecin en charge du patient à l'issue de la procédure collégiale. Cette procédure collégiale prend la forme d'une concertation avec les membres présents de l'équipe de soins, si elle existe, et de l'avis motivé d'au moins un médecin, appelé en qualité de consultant () IV La décision de limitation ou d'arrêt de traitement est motivée. La personne de confiance, ou, à défaut, la famille ou l'un des proches du patient est informé de la nature et des motifs de la décision de limitation ou d'arrêt de traitement. ".

3. M. C A indique que son fils M. B A est hospitalisé au centre hospitalier universitaire (CHU) de Rouen depuis le 4 avril 2024, que le 2 août 2024, la décision a été prise par l'équipe médicale de réanimation neurochirurgicale d'arrêter son assistance respiratoire, que cette décision a été mise en œuvre mais qu'à la suite du retrait de son assistance respiratoire, son fils s'est remis à respirer de manière autonome et stable et qu'il est donc sollicité la reprise des soins.

4. Il appartient au juge des référés d'exercer ses pouvoirs de manière particulière lorsqu'il est saisi, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'une décision, prise par un médecin, dans le cadre défini par le code de la santé publique, et conduisant à arrêter ou à ne pas mettre en œuvre, au titre du refus de l'obstination déraisonnable, un traitement qui apparaît inutile ou disproportionné ou sans autre effet que le seul maintien artificiel de la vie, dans la mesure où l'exécution de cette décision porterait de manière irréversible une atteinte à la vie. Il doit alors prendre les mesures de sauvegarde nécessaires pour faire obstacle à son exécution lorsque cette décision pourrait ne pas relever des hypothèses prévues par la loi, en procédant à la conciliation des libertés fondamentales en cause, qui sont le droit au respect de la vie et le droit du patient de consentir à un traitement médical et de ne pas subir un traitement qui serait le résultat d'une obstination déraisonnable.

5. Toutefois, il n'est pas justifié, en l'état de l'instruction, qu'une décision de limitation ou d'arrêt de traitement au sens de l'article R 4127-37-2 du code de la santé publique ait été prise, une telle décision n'ayant pas été versée au dossier, celle en litige ayant un caractère oral selon les indications téléphoniques parvenues au Tribunal. A plus forte raison, le contenu de ladite décision n'est pas précisé, alors qu'il résulte des éléments rappelés au point 3 que le retrait de l'assistance respiratoire n'a pas été suivi de conséquences péjoratives pour M. B A. Dans ces conditions, en l'état de l'instruction, il n'apparaît, en tout état de cause, pas qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante huit heures. La requête de M. A doit donc être rejetée dans toutes ses conclusions par application des dispositions de l'article L 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et au centre hospitalier universitaire de Rouen.

Fait à Rouen, le 5 août 2024.

La juge des référés,

A. GAILLARD

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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