vendredi 23 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2403397 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SOUTY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 et 22 août 2024, M. B A, représenté par Me Souty demande au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, dans le dernier état de ses écritures :
1) de lui accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui permettre de poursuivre sa demande d'asile en France, de lui délivrer sans délai une attestation de demande d'asile et de rétablir à son profit les conditions matérielles d'accueil, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai ;
3) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 440 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ainsi que la somme de 1 200 euros à son profit.
Il soutient que :
Sur l'urgence :
- il se trouve, du fait des décisions erronées de l'administration, dans une situation de précarité ;
- il peut être expulsé de son lieu d'hébergement ;
- il peut faire l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français ;
Sur l'existence d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :
- il est privé de la possibilité de solliciter le statut de réfugié ;
- il est privé des conditions matérielles d'accueil, aux dires de l'office français de l'immigration et de l'intégration ;
- il est privé du " respect des règles de procédures ",
- et du droit à un recours effectif ;
- la position de l'administration repose sur des faits manifestement erronés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 août 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que le requérant s'est placé seul dans une situation d'urgence en ne renouvelant pas son attestation de demande d'asile et qu'aucune atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale n'est caractérisée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 août 2024 à 09h15, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que le requérant s'est placé seul dans une situation d'urgence en ne renouvelant pas son attestation de demande d'asile et qu'aucune atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale n'est caractérisée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Mulot, premier conseiller, en qualité de juge des référés sur le fondement de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 août 2024 à 10h00, tenue en présence de Mme Lenfant, greffière d'audience :
- le rapport de M. Mulot, juge des référés ;
- les observations de Me Montreuil substituant Me Souty, avocat de M. A, qui reprend et complète les conclusions et moyens de la requête ;
- et les observations de M. A.
Le préfet de la Seine-Maritime et l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'étaient ni présents, ni représentés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 10h30.
Considérant ce qui suit :
1. Il résulte de l'instruction que M. B A, ressortissant afghan né en 2000, est entré en France en juillet 2024 selon ses déclarations pour y demander l'asile. Ses empreintes digitales ayant révélé qu'elles avaient été précédemment relevées par les autorités allemandes à l'occasion d'une demande formée le 4 octobre 2022, sa demande a été placée en procédure Dublin et les autorités allemandes ont été saisies d'une demande de reprise en charge. Le 12 août 2024, les autorités allemandes ont donné leur accord et indiqué que M. A ayant regagné le territoire de cet Etat membre le 31 juillet 2024, la procédure était achevée et qu'aucun transfert n'était nécessaire.
2. M. A, qui conteste avoir quitté le territoire français, s'est vu indiquer par les autorités françaises compétentes que sa demande d'asile n'était plus instruite et il a été informé de la nécessité de quitter le lieu d'hébergement qu'il occupe, ne bénéficiant plus des conditions matérielles d'accueil par voie de conséquence du transfert volontaire allégué. Par la présente requête, M. A demande à titre principal au juge des référés d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui permettre de poursuivre sa demande d'asile en France et de maintenir les conditions matérielles d'accueil correspondantes.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique prévoit que " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur la demande en référé :
4. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
5. Il résulte de l'instruction qu'en réponse à la demande de reprise en charge formée par les autorités françaises, les autorités de la république fédérale d'Allemagne ont indiqué que M. A se serait volontairement rendu sur leur territoire le 31 juillet 2024. Les autorités françaises compétentes en matière d'asile ont, chacune en ce qui les concerne, tiré les conséquences de cette information, le préfet de la Seine-Maritime (pôle régional Dublin) en clôturant la demande d'asile de l'intéressé, et l'Office français de l'immigration et de l'intégration en mettant fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Sur ce point, il ressort des éléments concordants produits par les parties que la demande d'asile de M. A ne sera pas examinée par l'autorité de détermination française et que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été retiré à M. A, qui s'est vu enjoindre de quitter l'hébergement dont il bénéficie et qui se voit privé de toute ressource. L'urgence à statuer est, ainsi, caractérisée, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que l'attestation de demande d'asile dont il était bénéficiaire n'ait pas encore été renouvelée, l'administration ayant elle-même modifié cette procédure de renouvellement, qui était en cours pour le requérant, qui justifie des difficultés rencontrées.
6. En outre, si l'administration s'est fondée, pour estimer que M. A se serait volontairement rendu en Allemagne le 31 juillet 2024, sur les déclarations des autorités allemandes issues du document d'accord de reprise en charge transmis via le système Dublinet, il résulte suffisamment des pièces versées devant le juge des référés et des déclarations concordantes faites lors de l'audience publique que cette assertion repose sur des faits matériellement inexacts.
7. Par suite, en clôturant la demande d'asile de M. A et en le privant des conditions matérielles d'accueil, le préfet de la Seine-Maritime et l'Office français de l'immigration et de l'intégration ont porté au droit de l'intéressé de solliciter le statut de réfugié une atteinte grave et manifestement illégale, qu'il y a lieu de faire cesser à bref délai.
8. Afin de faire cesser l'atteinte constatée ci-dessus, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de délivrer une attestation de demande d'asile à M. A et de reprendre l'instruction de sa demande. Cette injonction devra être exécutée dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance. En outre, il y a lieu d'enjoindre au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de cesser sans délai la procédure d'expulsion de M. A et rétablir à son profit les conditions matérielles d'accueil dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, le prononcé d'une astreinte n'apparaît pas nécessaire.
Sur les frais de procès :
9. Ainsi qu'il a été dit au point 3 du présent jugement, il y a lieu d'admettre provisoirement M. A à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Souty, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Souty de la somme de 500 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 500 euros sera versée à M. A.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Maritime de délivrer une attestation de demande d'asile à M. A et de reprendre l'instruction de sa demande d'asile, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : Il est enjoint au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de cesser sans délai la procédure d'expulsion de M. A et rétablir à son profit les conditions matérielles d'accueil dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Souty renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Souty, avocat de M. A, une somme de 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 500 euros sera versée à M. A.
Article 5 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Souty, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à l'office français de l'immigration et de l'intégration.
Copie en sera adressée au préfet de la région Normandie, préfet de la Seine-Maritime.
Fait à Rouen, le 23 août 2024.
Le juge des référés,La greffière,
R. MulotA. Lenfant
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2403397
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026