mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2403739 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | AIT-TALEB |
Vu les procédures suivantes :
I/ Par une requête, enregistrée sous le n°2403737 le 15 septembre 2024, M. B, représenté par Me Aït-Taleb, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 18 avril 2024 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires du Grand Ouest a réformé la décision du 13 mars 2024 (procédure 2024000209) prononçant à son encontre une sanction de 20 jours de confinement en cellule, sanction confondue avec celle prononcée le même jour au titre de la procédure 2024000210, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) à titre subsidiaire, de surseoir à statuer jusqu'à ce que la Cour de justice de l'Union européenne se soit prononcée sur les questions préjudicielles suivantes :
- " L'appréciation stricte et discriminatoire faite par le juge administratif français de la condition d'urgence de l'article L. 521-1 du code de justice administrative issu de la loi n°2000-597 du 30 juin 2000 dans le cadre d'un recours en référé-suspension contre une sanction disciplinaire pénitentiaire méconnaît-elle les obligations et la portée des articles 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 47 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ' "
- " Le refus du juge administratif français de reconnaître une présomption de la condition d'urgence de l'article L. 521-1 du code de justice administrative issu de la loi n°2000-597 du 30 juin 2000 dans le cadre d'un recours en référé-suspension contre une sanction disciplinaire pénitentiaire méconnaît-il les obligations et la portée des articles 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 47 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ' "
3°) en toute hypothèse, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que l'urgence résulte de ce que la sanction prononcée n'a pas été totalement exécutée compte tenu du sursis en cours ; qu'elle compromettra considérablement l'issue d'une procédure de libération conditionnelle ou de toute demande d'aménagement de peine sur laquelle le juge de l'application des peines pourrait être appelé à statuer ; que l'urgence est caractérisée par la perte de réduction de peine qu'elle entraînera et par la circonstance que son exécution représente une épreuve morale et psychologique ; que la présomption d'urgence devrait en l'espèce être reconnue, d'autant plus que depuis l'entrée en vigueur de la loi n°2021-1729 du 22 décembre 2021 l'attribution des réductions de peines n'est plus automatique et intervient a postériori, et que l'article R. 234-29 du code pénitentiaire implique que les retraits de crédits de remise de peine liés à des sanctions disciplinaires interviendront avant le jugement de la requête au fond sur lesdites sanctions ; le refus de reconnaitre une présomption d'urgence en cas de prononcé d'une sanction disciplinaire contre un détenu méconnait le droit au recours effectif garanti par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- à titre subsidiaire, pour l'appréciation de la condition d'urgence, l'article L. 521-1 du code de justice administrative devra être écarté dès lors que son application par le juge administratif français le rend incompatible avec l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'agissant des sanctions disciplinaires infligées aux détenus, de sorte que la présomption d'urgence devra être reconnue en l'espèce ; qu'en l'absence de présomption d'urgence, le recours n'est pas effectif puisque les sanctions sont immédiatement exécutées ; qu'en outre, les décisions en référé ne sont pas susceptibles d'être contestées par la voie de l'appel ; que l'article 47 de la charte des droits fondamentaux impose un recours juridictionnel effectif ;
- la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision est remplie dès lors que la décision :
- a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en raison, d'une part, de l'irrégularité du compte-rendu d'incident, en l'absence du nom et du numéro de matricule du rédacteur du compte-rendu d'incident, ce qui ne permet pas d'identifier son auteur, ce qui ne permet pas de vérifier qu'il a été rédigé par le surveillant présent sur les lieux et que le rédacteur du rapport d'enquête subséquent a été rédigé par un agent n'ayant pas assisté à l'incident, et, d'autre part, de ce que le rapport d'enquête est lacunaire et insuffisamment étayé ;
- a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence de preuve de ce que la décision d'engager des poursuites disciplinaires a été prise par une personne ayant délégation pour ce faire du chef d'établissement ;
- est entachée d'irrégularité dès lors qu'il n'est pas établi que la commission de discipline était régulièrement composée puisqu'il n'est pas possible de vérifier que le rédacteur du compte-rendu d'incident ne siégeait pas au sein de la commission en qualité d'assesseur ;
- est entachée d'erreur de droit dès lors que les règles fondant la décision ont été abrogées par le décret n° 2022-479 du 30 mars 2022 avec effet au 1er mai 2022 ;
- est entachée d'erreur de fait, la matérialité des faits n'étant pas établie.
- le renvoi préjudiciel à la Cour de justice de l'Union européenne en application de l'article 267 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne est justifié dès lors qu'il convient de déterminer si le refus de regarder l'urgence comme présumée, en ce qui concerne le référé-suspension exercé à l'encontre d'une sanction disciplinaire visant un détenu, méconnait les articles 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 47 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ; que cette question présente une difficulté sérieuse d'interprétation du droit de l'Union européenne.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n°2024/000696 du 19 juin 2024.
II. Par une requête, enregistrée sous le n°2403739 le 15 septembre 2024, M. B, représenté par Me Aït-Taleb, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 18 avril 2024 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires du Grand Ouest a réformé la décision du 13 mars 2024 (procédure 2024000210) prononçant à son encontre une sanction de 20 jours de confinement en cellule, sanction confondue avec celle prononcée le même jour au titre de la procédure 2024000209, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) à titre subsidiaire, de surseoir à statuer jusqu'à ce que la cour de justice de l'Union européenne se soit prononcée sur les questions préjudicielles suivantes :
- " L'appréciation stricte et discriminatoire faite par le juge administratif français de la condition d'urgence de l'article L. 521-1 du code de justice administrative issu de la loi n°2000-597 du 30 juin 2000 dans le cadre d'un recours en référé-suspension contre une sanction disciplinaire pénitentiaire méconnaît-elle les obligations et la portée des articles 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 47 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ' "
- " Le refus du juge administratif français de reconnaître une présomption de la condition d'urgence de l'article L. 521-1 du code de justice administrative issu de la loi n°2000-597 du 30 juin 2000 dans le cadre d'un recours en référé-suspension contre une sanction disciplinaire pénitentiaire méconnaît-il les obligations et la portée des articles 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 47 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ' "
3°) en toute hypothèse, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que l'urgence résulte de ce que la sanction prononcée n'a pas été totalement exécutée compte tenu du sursis en cours ; qu'elle compromettra considérablement l'issue d'une procédure de libération conditionnelle ou de toute demande d'aménagement de peine sur laquelle le juge de l'application des peines pourrait être appelé à statuer ; que l'urgence est caractérisée par la perte de réduction de peine qu'elle entraînera et par la circonstance que son exécution représente une épreuve morale et psychologique ; que la présomption d'urgence devrait en l'espèce être reconnue, d'autant plus que depuis l'entrée en vigueur de la loi n°2021-1729 du 22 décembre 2021 l'attribution des réductions de peines n'est plus automatique et intervient a postériori, et que l'article R. 234-29 du code pénitentiaire implique que les retraits de crédits de remise de peine liés à des sanctions disciplinaires interviendront avant le jugement de la requête au fond sur lesdites sanctions ; le refus de reconnaitre une présomption d'urgence en cas de prononcé d'une sanction disciplinaire contre un détenu méconnait le droit au recours effectif garanti par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- à titre subsidiaire, pour l'appréciation de la condition d'urgence, l'article L. 521-1 du code de justice administrative, devra être écarté en tant que son application par le juge administratif français le rend incompatible avec l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'agissant des sanctions disciplinaires infligées aux détenus, de sorte que la présomption d'urgence devra être reconnue en l'espèce ; qu'en l'absence de présomption d'urgence, le recours n'est pas effectif puisque les sanctions sont immédiatement exécutées ; qu'en outre, les décisions en référé ne sont pas susceptibles d'être contestées par la voie de l'appel ; que l'article 47 de la charte des droits fondamentaux impose un recours juridictionnel effectif ;
- la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision est remplie dès lors que la décision :
- a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en raison, d'une part, de l'irrégularité du compte-rendu d'incident, en l'absence du nom et du numéro de matricule du rédacteur du compte-rendu d'incident, ce qui ne permet pas d'identifier son auteur, ce qui ne permet pas de vérifier qu'il a été rédigé par le surveillant présent sur les lieux et que le rédacteur du rapport d'enquête subséquent a été rédigé par un agent n'ayant pas assisté à l'incident, et, d'autre part, de ce que le rapport d'enquête est lacunaire et insuffisamment étayé ;
- a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence de preuve de ce que la décision d'engager des poursuites disciplinaires a été prise par une personne ayant délégation pour ce faire du chef d'établissement ;
- est entachée d'irrégularité dès lors qu'il n'est pas établi que la commission de discipline était régulièrement composée puisqu'il n'est pas possible de vérifier que le rédacteur du compte-rendu d'incident ne siégeait pas au sein de la commission en qualité d'assesseur ;
- est entachée d'erreur de droit dès lors que les règles fondant la décision ont été abrogées par le décret n° 2022-479 du 30 mars 2022 avec effet au 1er mai 2022 ;
- est entachée d'erreur de fait, la matérialité des faits n'étant pas établie.
-le renvoi préjudiciel à la Cour de justice de l'Union européenne en application de l'article 267 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne est justifié dès lors qu'il convient de déterminer si le refus regarder l'urgence comme présumée en ce qui concerne le référé-suspension exercé à l'encontre d'une sanction disciplinaire visant un détenu méconnait les articles 23 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 47 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ; que cette question présente une difficulté sérieuse d'interprétation du droit de l'Union européenne.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2024/000692 du 19 juin 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2402689 enregistrée le 8 juillet 2024 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision du 18 avril 2024 en tant qu'elle porte sur la procédure 2024000209 ;
- la requête n° 2402834 enregistrée le 16 juillet 2024 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision du 18 avril 2024 en tant qu'elle porte sur la procédure 2024000210.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code pénitentiaire ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, détenu à la maison d'arrêt de Rouen, a fait l'objet d'un compte rendu d'incident le 21 janvier 2024 pour avoir insulté un surveillant pénitentiaire et refusé de se plier à une mesure de sécurité, et d'un nouveau compte rendu d'incident le 5 mars 2024 pour le même type de faits. La commission de discipline réunie le 13 mars 2024 a sanctionné l'intéressé de vingt jours de confinement en cellule ordinaire au titre des faits commis le 21 janvier 2024 (procédure 2024000209) et de vingt jours de confinement en cellule ordinaire au titre des faits commis le 5 mars 2024 (procédure 2024000210), les deux sanctions ayant été confondues en application de l'article R. 234-34 du code pénitentiaire. M. B a exercé un recours administratif préalable obligatoire contre ces deux sanctions. Par une décision du 18 avril 2024, la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes a réformé ces deux sanctions disciplinaires pour porter la sanction confondue au titre des deux procédures disciplinaires à dix jours de confinement en cellule ordinaire. Le 8 juillet 2024 et le 16 juillet 2024, M. B a demandé au tribunal d'annuler la décision du 18 avril 2024 prise sur recours administratif préalable obligatoire, qui s'est substituée aux deux sanctions initiales.
2. Par les présentes requêtes, M. B demande la suspension de l'exécution de la décision du 18 avril 2024 prononçant une seule sanction de dix jours de confinement en cellule ordinaire au titre des procédures 2024000209 et 2024000210.
3. Les deux requêtes susvisées sont dirigées contre la même décision prise sur recours administratif préalable obligatoire, et infligeant au requérant une seule sanction disciplinaire de dix jours de confinement en cellule ordinaire au titre de deux procédures disciplinaires. Elles présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par une seule ordonnance.
Sur les conclusions à fin de suspension :
4. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". L'article L. 522-3 du même code permet au juge des référés de rejeter par une ordonnance motivée, sans mener de procédure contradictoire et sans audience, une demande en référé notamment lorsqu'elle ne présente pas un caractère d'urgence. Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée globalement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
6. Pour justifier d'une situation d'urgence, M. B soutient en premier lieu que l'absence de reconnaissance d'une présomption d'urgence en cas de contestation sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'une sanction disciplinaire d'un détenu, méconnaitrait le droit au recours effectif garanti par les articles 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 47 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Toutefois, contrairement à ce que soutient M. B, le droit au recours effectif garanti par les stipulations précitées n'implique pas que le juge des référés fasse droit à une demande de suspension de l'exécution d'une sanction disciplinaire prise à l'encontre d'un détenu sans vérifier que la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie. Si le requérant soulève également, à titre subsidiaire, une exception d'inconventionnalité pour soutenir que l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être " écarté " au motif qu'il est incompatible avec les articles 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 47 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, tout en sollicitant du juge des référés qu'il prononce la suspension de l'exécution d'une décision administrative sur le fondement dudit article L. 521-1 du code de justice administrative, cette argumentation n'est pas davantage propre à établir que la condition d'urgence est établie en l'espèce.
7. En deuxième lieu, M. B soutient qu'il est manifeste que la sanction infligée compromettrait considérablement l'issue d'une procédure de libération conditionnelle ou de toute demande d'aménagement de peine sur laquelle le juge de l'application des peines pourrait être appelé à statuer et que l'urgence est caractérisée par la menace d'un " très probable retrait de crédit de remise de peine " que la décision attaquée entraînera. Toutefois, il est constant que la sanction de confinement en cellule ordinaire au titre des deux procédures 2024000209 et 2024000210 a été entièrement exécutée à compter du 10 avril 2024, ainsi que le précisent les décisions de sanctions initiales du 13 mars 2024, sans d'ailleurs que le requérant n'indique pour combien de temps, alors que la décision du 18 avril 2024 prise sur recours administratif préalable obligatoire s'est substituée aux décisions initiales pour ramener la durée de la sanction de vingt jours à dix jours, au titre des deux procédures. La sanction ayant été entièrement exécutée, l'impact moral et psychologique de la sanction disciplinaire litigieuse ne peut dès lors utilement être invoqué pour établir l'urgence à suspendre une telle décision à la date de la présente ordonnance. En outre, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision du 18 avril 2024 n'est assortie d'aucun sursis qui serait toujours susceptible de courir au jour de la présente ordonnance. Enfin et au surplus, alors que le requérant a formé deux recours en annulation contre la décision du 18 avril 2024 par deux requêtes enregistrées respectivement les 8 et 16 juillet 2024, il a déposé ses deux recours en référé suspension contre cette même décision seulement le 15 septembre 2024, sans expliquer ce délai à saisir le juge des référés, alors que les deux sanctions initiales ont été notifiées à l'intéressé comme son conseil dès le 13 mars 2024.
8. Dans ces circonstances, la seule circonstance que le prononcé d'une sanction est susceptible d'avoir une incidence sur l'appréciation portée par le juge d'application des peines sur d'éventuelles crédits de réductions de peine dont pourrait bénéficier M. B, ne permet pas - alors même que des retraits de crédits de réduction de peine pourraient intervenir avant l'intervention d'un jugement sur la requête au fond - de caractériser une atteinte grave et immédiate à sa situation, constitutive d'une situation d'urgence, nécessitant une intervention du juge des référés, sans attendre le jugement au fond.
9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de saisir la Cour de justice de l'Union européenne d'une question préjudicielle sur le fondement de l'article 267 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, que la condition d'urgence ne peut être regardée en l'espèce comme étant remplie. Les deux requêtes en référé formées par M. B sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent, par suite, être rejetées par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
Sur le retrait de l'aide juridictionnelle :
10. Aux termes de l'article 50 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Sans préjudice des sanctions prévues à l'article 441-7 du code pénal, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat est retiré, en tout ou partie, même après l'instance ou l'accomplissement des actes pour lesquels il a été accordé, dans les cas suivants : / () / 4° Lorsque la procédure engagée par le demandeur bénéficiant de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat a été jugée dilatoire, abusive, ou manifestement irrecevable ; () ". Aux termes de l'article 51 de la même loi : " Le retrait () est prononcé : / () / 2° Par la juridiction saisie dans le cas mentionné au 4° du même article 50. ". Aux termes des deux derniers alinéas de l'article 65 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 : " Lorsque la procédure engagée par le bénéficiaire de l'aide a été jugée dilatoire, abusive ou manifestement irrecevable, le retrait est prononcé par la juridiction saisie qui en avise le bâtonnier et le bureau d'aide juridictionnelle. / Le retrait entraîne l'obligation, pour le bénéficiaire, de rembourser le montant des frais exposés par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. "
11. Compte tenu de ce qui a été dit au point 7, les deux requêtes en référé suspension de M. B présentent un caractère abusif au sens des dispositions précitées de l'article 50 de la loi du 10 juillet 1991. Par suite, il y a lieu de retirer l'aide juridictionnelle accordée à M. B par les décisions susvisées n° 2024/000692 et n° 2024/000696 du 19 juin 2024 du bureau d'aide juridictionnelle.
O R D O N N E :
Article 1er : Les requêtes n°2403737 et 2403739 de M. B sont rejetées.
Article 2 : Le bénéfice de l'aide juridictionnelle est retiré à M. A B au titre des deux instances.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, et à Me Aït Taleb.
Copie en sera transmise pour information au bâtonnier de l'ordre des avocats du barreau de Rouen et au bureau d'aide juridictionnelle.
Fait à Rouen, le 17 septembre 2024.
La juge des référés,
C. Galle
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Nos 2403737 et 2403739
ah
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026