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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403848

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403848

jeudi 19 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403848
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge Unique 4
Avocat requérantROBERT & LOONIS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en plein contentieux, a examiné la demande de Mme B qui contestait la décision du département de la Seine-Maritime fixant au 1er octobre 2023 le point de départ de son aide sociale à l'hébergement, alors qu'elle sollicitait une prise en charge à compter de son entrée en EHPAD le 6 juillet 2023. Le tribunal a rappelé que, saisi d'un recours de plein contentieux, il lui appartient de se prononcer sur les droits de l'intéressée en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait. En application des articles L. 131-4 et R. 131-2 du code de l'action sociale et des familles, l'aide ne peut prendre effet qu'à compter de la date de la demande ou, au plus tôt, du premier jour de la quinzaine suivant celle-ci, et non à une date antérieure. Par conséquent, le tribunal a rejeté la requête de Mme B, confirmant que le point de départ de l'aide ne pouvait être fixé au 6 juillet 2023.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrées les 23 septembre 2024 et 29 janvier 2025, Mme A B, représentée par Me Loonis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 avril 2024 par laquelle le président du conseil départemental de la Seine-Maritime a décidé d'accorder le bénéfice de l'aide sociale à l'hébergement d'une personne âgée à compter du 1er octobre 2023 ;

2°) d'enjoindre au département de la Seine-Maritime de lui accorder le bénéfice de l'aide sociale à l'hébergement à compter du 6 juillet 2023 ;

3°) de mettre à la charge du département de la Seine-Maritime la somme de 780 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- sa requête n'est pas tardive dès lors qu'elle a déposé une demande d'aide juridictionnelle auprès du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Lille le 12 juin 2024 ;

- le jour d'entrée dans l'établissement doit être fixé au 31 août 2023, pour calculer le point de départ du bénéfice de l'aide sociale au logement qui devait lui être accordée à compter du 6 juillet 2023 dès lors qu'elle remplissait les conditions à ce jour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2024, le département de la Seine-Maritime, représenté par son président en exercice, conclut au rejet de la requête, à titre principal comme étant irrecevable, à titre subsidiaire comme étant infondée.

Il soutient que :

- les conclusions sont irrecevables car tardives ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 55 % par une décision du 22 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Van Muylder, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, en présence de M. Mialon, greffier, le rapport de Mme Van Muylder.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, hébergée depuis le 6 juillet 2023 à l'Etablissement d'hébergement pour personnes âgées et dépendantes (EHPAD) de La Maison d'Augustine à Bapaume, a été placée sous curatelle renforcée à compter du 27 juin 2017, confiée à l'Association Tutélaire de Calais. La demande d'aide sociale au titre des frais d'hébergement a été déposée le 29 septembre 2023 auprès du CCAS d'Yvetot, transmis par le département de la Seine-Maritime qui l'a réceptionnée le 17 octobre 2023. Par une décision du 11 janvier 2024, le département a accordé cette aide à compter du 1er novembre 2023. Le recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de cette décision, formé par le curateur de la requérante le 22 mars 2024, sollicitant une prise en charge des frais d'hébergement à compter de la date d'entrée à l'EHPAD de La Maison d'Augustine a été rejetée par une décision du 10 avril 2024, accordant l'aide à l'hébergement à compter du 1er octobre 2023. Mme B demande au tribunal d'annuler la décision du 10 avril 2024 et de l'admettre au bénéfice de l'aide sociale à l'hébergement à compter du 6 juillet 2023.

2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide sociale, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement.

3. Aux termes de l'article L. 113-1 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne âgée de soixante-cinq ans privée de ressources suffisantes peut bénéficier, soit d'une aide à domicile, soit d'un accueil chez des particuliers ou dans un établissement. () ". Le premier alinéa de l'article L. 231-4 de ce code dispose que : " Toute personne âgée qui ne peut être utilement aidée à domicile peut être accueillie, si elle y consent, dans des conditions précisées par décret, () dans un établissement de santé ou une maison de retraite publics () ". Aux termes de l'article L. 131-4 du même code : " Les décisions attribuant une aide sous la forme d'une prise en charge de frais d'hébergement peuvent prendre effet à compter de la date d'entrée dans l'établissement à condition que l'aide ait été demandée dans un délai fixé par voie réglementaire ". L'article R. 131-2 du même code précise que : " Sauf dispositions contraires, les demandes tendant à obtenir le bénéfice de l'aide sociale prévue aux titres III et IV du livre II prennent effet au premier jour de la quinzaine suivant la date à laquelle elles ont été présentées. / Toutefois, pour la prise en charge des frais d'hébergement des personnes accueillies dans un établissement social ou médico-social, habilité à recevoir des bénéficiaires de l'aide sociale ou dans un établissement de santé dispensant des soins de longue durée, la décision d'attribution de l'aide sociale peut prendre effet à compter du jour d'entrée dans l'établissement si la demande a été déposée dans les deux mois qui suivent ce jour. Ce délai peut être prolongé une fois, dans la limite de deux mois, par le président du conseil départemental ou le préfet. () ". Le règlement départemental d'aide sociale de la Seine-Maritime, applicable au litige, précise que : " Le jour d'entrée s'entend pour les pensionnaires payants du jour où l'intéressé, fautes de ressources suffisantes, n'est plus en mesure de s'acquitter de ses frais de séjour. ".

4. Il résulte de l'instruction que la demande de prise en charge des frais d'hébergement de Mme B au titre de l'aide sociale n'a été déposée que le 29 septembre 2023, soit au-delà du délai permettant leur prise en charge à compter du jour de l'entrée dans l'établissement de l'intéressée le 6 juillet 2023. Si la requérante fait valoir que sa date d'entrée doit être fixée au 31 août 2023 dès lors que la première facturation a été édictée fin juillet 2023 avec une échéance de trente jours, elle ne démontre pas qu'à cette date du 31 août 2023 elle n'était plus en mesure de s'acquitter des frais de séjour faute de ressources suffisantes. Dans ces conditions, compte tenu de ces éléments produits à l'appui de la demande d'aide sociale, le président du conseil départemental de la Seine-Maritime n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article R. 131-2 du code de l'action sociale et des familles, reprises par le règlement départemental d'aide sociale de la Seine-Maritime, en attribuant à Mme B le bénéfice de l'aide sociale à l'hébergement au sein de cet EHPAD à compter du 1er octobre 2023, et non à compter du 6 juillet 2023, comme demandé par la requérante. Par suite, Mme B n'est fondée à demander ni l'annulation de la décision contestée, ni à ce que soit accordé le bénéfice de la prise en charge de ses frais d'hébergement à compter du 6 juillet 2023.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence celles à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Loonis et au département de la Seine-Maritime

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2025.

La magistrate désignée,

Signé : C. VAN MUYLDER

Le greffier,

Signé : J-B. MIALON

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J.-B. MIALON

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