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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403902

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403902

vendredi 23 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403902
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPOLE URGENCES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en urgence, a rejeté la demande de M. A... visant à obtenir la remise de ses dettes de RSA, prime d'activité et APL, pour un total de 1 980,40 euros. Le tribunal a constaté que l'indu résultait d'omissions déclaratives de ressources, caractérisant un manquement aux obligations prévues par les articles L. 262-17 et R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles. Il a estimé que M. A... ne démontrait pas sa bonne foi, condition nécessaire à une remise gracieuse en application de l'article L. 262-46 du même code, et que sa situation de précarité ne suffisait pas à justifier l'effacement de la dette.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête et des pièces, enregistrées le 26 septembre 2024 et le 25 octobre 2024, M. B... A..., demande au tribunal de lui accorder la remise de ses dettes de prime d’activité, d’aide personnelle au logement (APL) et de revenu de solidarité active (RSA).

Il soutient que :
des prestations lui ont été versées automatiquement alors que sa situation administrative était bloquée du fait de son employeur ;
il a des dettes et sa situation financière est complexe.



Par un mémoire en défense, enregistré le 13 février 2025, la caisse d’allocations familiales de la Seine-Maritime, représentée par son directeur, conclut au rejet de la requête.


Elle soutient que les moyens soulevés par M. A... ne sont pas fondés.


Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2025, le département de la Seine-Maritime, représenté par le président du conseil départemental, conclut au rejet de la requête.


Il soutient que les moyens soulevés par M. A... ne sont pas fondés.


Vu :
la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Deflinne en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative ;
la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience ;
les autres pièces du dossier.


Vu :
le code de l’action sociale et des familles ;
le code de justice administrative.




Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Le rapport de M. Deflinne, magistrat désigné, a été entendu au cours de l’audience publique.


À l’issue de l’audience, l’instruction a été clôturée en application de l’article R. 772-9 du code de justice administrative.





Considérant ce qui suit :


M. A... bénéficiait d’un droit au RSA depuis sa demande du 16 novembre 2018 qui ne lui a été versé qu’à compter de novembre 2023. Suite au constat d’incohérences relevées dans le cadre d’un contrôle de ses ressources, celui-ci s’est vu réclamer la somme globale de 1 980,40 euros au titre d’indus de RSA (1 228,47 euros), de prime d’activité (301,17 euros) et d’APL (450,76 euros). M. A... a sollicité la remise de ses dettes par courrier du 4 juillet 2024. Sa demande a été rejetée par trois courriers du 9 août 2024. M. A... demande la remise de ses dettes.

D’une part, l’article L. 262-17 du code de l’action sociale et des familles dispose que : « Lors du dépôt de sa demande, l'intéressé reçoit, de la part de l'organisme auprès duquel il effectue le dépôt, une information sur les droits et devoirs des bénéficiaires du revenu de solidarité active (…) » et l’article R. 262-37 du même code prévoit que : « Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ».

D’autre part, aux termes de l’article L. 262-46 du code de l’action sociale et des familles, dans sa rédaction applicable au litige : « Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / (…) La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil général (…), en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ». Il résulte de ces dispositions qu’un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d’une remise gracieuse de la dette résultant d’un paiement indu d’allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l’indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d’une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.

Lorsqu’il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d’un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d’examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l’indu résulte de ce que l’allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l’intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l’inverse, portent sur des ressources dépourvues d’incidence sur le droit de l’intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l’information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l’omission, des justifications données par l’intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l’allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu’il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l’allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l’information reçue, ignorer qu’il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l’omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.

Par ailleurs, il appartient au défendeur, si nécessaire à l'invitation du tribunal, de communiquer à celui-ci l'ensemble du dossier constitué pour l'instruction de la demande ou pour le calcul de l’indu et le juge ne peut régulièrement rejeter les conclusions dont il est saisi, pour un motif sur lequel son contenu peut avoir une incidence, s’il ne dispose pas des éléments pertinents de ce dossier, sauf à avoir invité le requérant à produire les pièces précises, également en sa possession, qui sont nécessaires à l’examen de ses droits. Enfin, la procédure contradictoire peut être poursuivie au cours de l’audience sur les éléments de fait qui conditionnent l'attribution de la prestation ou de l'allocation ou la reconnaissance du droit, objet de la requête, et le juge peut décider de différer la clôture de l’instruction à une date postérieure à l’audience pour permettre aux parties de verser des pièces complémentaires. En revanche, aucune disposition pas plus que le droit à un procès équitable, garanti notamment par l’article 6 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, ne font obligation au juge, lorsque le défendeur a communiqué au tribunal l’ensemble des éléments pertinents du dossier constitué pour l'instruction de la demande ou pour le calcul de l’indu et que ces éléments ont été soumis au débat contradictoire, de diligenter une mesure supplémentaire d’instruction ou d’inviter le demandeur à produire les pièces qui seraient nécessaires pour établir le bien-fondé d’allégations insuffisamment étayées.

Il n’est pas contesté que les indus en litige, qui ne sont pas remis en cause par M. A..., ont été mis à sa charge après que ce dernier a omis de déclarer certaines des sommes perçues au titre des indemnités de sécurité sociale.

À supposer que M. A... puisse être regardé comme de bonne foi au regard de la récurrence des omissions et de leur ampleur, il résulte de l’instruction que l’intéressé, dont il n’est pas contesté qu’il a pu avoir des dettes, ne produit qu’une partie de ses relevés de comptes alors qu’il ne conteste pas disposer de neuf comptes bancaires. Par ailleurs, M. A... dont le quotient familial était de 1 200 euros lors de l’examen de sa demande de remise gracieuse et qui dispose de ressources moyennes mensuelles de l’ordre de 1 750 euros pour la période de novembre 2024 à janvier 2025, ne justifie pas du montant contemporain de ses charges. Par suite, il ne résulte pas de l’instruction que le requérant soit dans une situation de précarité telle qu’il serait dans l’incapacité de rembourser l’intégralité des indus restant à sa charge. Il n’y a donc pas lieu de lui accorder une remise de ses dettes.


DECIDE :


Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A..., à la caisse d'allocations familiales de Seine-Maritime et au département de la Seine-Maritime.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2026



Le magistrat désigné,
signé
T. DEFLINNE
Le greffier,
signé
J.-L. MICHEL





La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.



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