mardi 8 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2403994 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 octobre 2024, Mme A B, représentée par Me Madeline, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 4 août 2023, par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de 15 jours à compter de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que le 4 août 2023, son ex-époux a emmené ses deux enfants nés les 19 août 2013 et 11 novembre 2014 en Algérie sans son accord et ne les a pas ramené en France à l'issue des congés d'été, ce qui constitue un enlèvement international d'enfants ; que son époux a obtenu la garde de ses enfants auprès d'une juridiction algérienne ; qu'elle-même ne peut se rendre en Algérie compte tenu des menaces de mort proférées par son ex-époux ; que ses deux enfants vivant en Algérie, ainsi qu'elle-même, souffrent de troubles psychologiques ; que les démarches judiciaires entamées en Algérie pour récupérer la garde de ses enfants ne peuvent pas aboutir dès lors que le juge algérien exige qu'elle justifie d'une résidence légale et effective en France pour pouvoir prétendre au retour de ses enfants à son domicile, ce qui justifie que l'examen de la légalité de la décision de refus de titre de séjour intervienne à très bref délai ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée dès lors que :
- elle méconnait l'article 6-5 de l'accord franco-algérien,
- elle méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle et familiale ;
- elle méconnait l'article 3 paragraphe 1 de la convention relative aux droits de l'enfant.
Vu :
- l'arrêté dont la suspension est demandée et la copie de la requête à fin d'annulation de cet arrêté ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. () ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
2. Mme B, ressortissante algérienne née le 30 juin 1993 est entrée en France le 20 juillet 2019 munie d'un visa de court séjour, avec son époux M. D, dont elle est aujourd'hui divorcée, et leurs deux enfants nés en 2013 et 2014. Mme B s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français, s'est séparée de son époux en 2020 et le divorce a été prononcé par un jugement du 11 janvier 2022. Mme B s'est ensuite mariée le 5 novembre 2022 avec M. C, ressortissant marocain titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'en 2026, et dont elle a eu deux enfants, nés le 12 février 2022 et le 6 novembre 2023. Mme B a sollicité en avril 2023 la délivrance d'un titre de séjour au titre sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 4 août 2023, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Mme B a formé une requête en annulation contre cet arrêté le 22 décembre 2023 et demande par la présente requête la suspension de l'exécution de cette décision.
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de l'arrêté préfectoral du 4 août 2023, Mme B se prévaut de la circonstance que son ex-époux, qui se trouvait en situation irrégulière sur le territoire français, a durant le mois d'août 2023, procédé à un enlèvement international d'enfants en emmenant avec lui en Algérie, sans son accord, les deux enfants du couple nés en 2013 et 2014, dont la résidence avait été fixée au domicile maternel par le jugement de divorce du 11 janvier 2022 rendu par le tribunal judiciaire de Rouen. La requérante précise que son ex-époux a obtenu d'une juridiction algérienne statuant en référé la garde de ses deux enfants, par une décision datée du 3 septembre 2023. Elle se prévaut enfin de ce qu'un juge algérien exigerait, afin de pouvoir lui attribuer la garde de ses enfants et leur retour à son domicile en France, la preuve d'une résidence légale et effective sur le territoire français, ce qui impliquerait qu'il soit statué en urgence sur la légalité de la décision du 4 août 2023 portant refus de titre de séjour. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'hormis une main courante déposée le 6 août 2023 annonçant le dépôt d'une plainte à la fin du mois d'août 2023, la requérante ne fait état d'aucune démarche judiciaire qu'elle aurait entreprise en France depuis les faits d'août 2023 ni des motifs pour lesquels elle n'a entrepris aucune démarche en France. Si la requérante produit une attestation de son avocate en Algérie, datée du 24 septembre 2024, indiquant, sans aucune précision ni documents complémentaires, que " le juge algérien exige que Mme B puisse justifier de sa résidence effective et légale en France pour prétendre au retour de ses enfants à son domicile " et qu'une " enquête sociale a été diligentée " au cours de laquelle " Mme B devra démontrer son statut juridique en France ", aucune précision n'est apportée sur la date à laquelle cette enquête a été diligentée et les modalités d'une telle enquête, et aucune décision de justice algérienne rejetant une demande de Mme B ou lui imposant de justifier de la régularité de son séjour en France n'est produite. En tout état de cause, il n'est pas établi que la seule délivrance d'une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa demande de titre de séjour, qui est le seul document dont le juge des référés pourrait le cas échéant enjoindre la délivrance dans le cadre de ses pouvoirs au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, pourrait constituer, pour la juridiction algérienne, une preuve de " résidence effective et légale " en France de nature à permettre que la garde des enfants soit de nouveau confiée à leur mère sur le territoire français. Il ressort en outre des pièces du dossier et des déclarations de la requérante que ses propres parents ont obtenu un droit de visite et d'hébergement sur leurs petits-enfants en Algérie, qu'ils exercent effectivement. Dans ces conditions, Mme B ne peut être regardée comme justifiant d'une situation d'urgence de nature à justifier, avant l'intervention d'un jugement au fond sur sa requête introduite le 22 décembre 2023, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 4 août 2023 lui refusant un titre de séjour.
5. La condition d'urgence posée par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant pas remplie, la requête de Mme B doit être rejetée dans toutes ses conclusions, selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1 : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.
Fait à Rouen, le 8 octobre 2024.
La juge des référés,
C. Galle
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
N°2403994ah
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