vendredi 11 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2404070 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Leprince, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 1er octobre 2024 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a refusé d'abroger la décision d'obligation de quitter le territoire français contenue dans l'arrêté préfectoral du 25 juin 2024 et l'arrêté portant assignation à résidence du 29 août 2024 ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention vie privée et familiale dans un délai de 15 jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou subsidiairement d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de 8 jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation au versement de la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle ou, à titre subsidiaire, de mettre la même somme à la charge de l'Etat, à son propre bénéfice, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'étant assigné à résidence, il risque d'être éloigné à tout moment et ainsi d'être séparé de son enfant né le 16 septembre 2024, et qu'il risque de perdre son emploi puisqu'il ne peut plus justifier de la régularité de son séjour auprès de son employeur ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée dès lors que :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et
l'administration dès lors que depuis la naissance de son enfant postérieurement à la décision d'obligation de quitter le territoire français, il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et justifie ainsi d'éléments nouveaux pour obtenir l'abrogation de la mesure d'éloignement ;
-elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle et familiale ;
-elle méconnaît l'article 3 paragraphe 1 de la convention relative aux droits de l'enfant.
Vu :
- la décision dont la suspension est demandée et la copie de la requête à fin d'annulation de cet arrêté ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. () ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
2. M. A, ressortissant marocain né le 5 septembre 1996, a déclaré être entré en France le 18 août 2015. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 17 janvier 2020. Le 11 janvier 2024, il a sollicité son admission au séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française. Par un arrêté du 25 juin 2024, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans puis, par un arrêté du 29 août 2024, a assigné M. A à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par un jugement n°s 2402995 et 2403570 du 12 septembre 2024, le magistrat désigné du tribunal administratif de Rouen a annulé la décision d'interdiction de retour sur le territoire français et rejeté les conclusions tendant à l'annulation des autres décisions. M. A a sollicité, par un courrier en date du 20 septembre 2024, l'abrogation de la mesure d'obligation de quitter le territoire français contenue dans l'arrêté du 25 juin 2024, et de l'arrêté d'assignation à résidence du 29 août 2024 en faisant valoir qu'il est devenu parent d'un enfant français, né le 16 septembre 2024. Par une décision du 1er octobre 2024, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande d'abrogation.
3. Sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, M. A demande au juge des référés de suspendre l'exécution de la décision de refus d'abrogation en date du 1er octobre 2024.
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
5. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision portant refus d'abrogation de la mesure d'obligation de quitter le territoire français du 25 juin 2024 et de l'arrêté d'assignation à résidence du 29 août 2024, le requérant soutient en premier lieu qu'il peut être éloigné à tout moment du territoire français, dès lors qu'il est assigné à résidence, ce qui aurait pour effet de le séparer de son enfant né le 16 septembre 2024, avec lequel il vit et dont il contribue, avec son épouse, à l'entretien et à l'éducation. Il soutient également qu'il risque de perdre son emploi faute de pouvoir présenter un document l'autorisant à travailler.
6. Toutefois, d'une part, la décision de refus d'abrogation du 1er octobre 2024 ne modifie pas la situation juridique de M. A, et la circonstance que la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet pourrait être mise à exécution en le privant de la possibilité de voir son enfant né le 16 septembre 2024 ne résulte pas de la décision de refus d'abrogation du 1er octobre 2024 en litige, mais de la décision d'obligation de quitter le territoire français du 25 juin 2024, qu'il a contestée sans succès devant le juge administratif. D'autre part, il résulte de l'instruction que M. A a déposé en ligne une demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français le 20 septembre 2024. Le requérant ne fait pas état de circonstances particulières qui justifieraient que l'exécution de la décision de refus d'abroger l'obligation de quitter le territoire français en date du 1er octobre 2024 soit suspendue dès à présent en vue d'obtenir un réexamen de sa situation dans l'attente d'une décision sur sa requête au fond, alors que sa situation sera en tout état de cause examinée par l'autorité préfectorale dans le cadre de la nouvelle demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français déposée le 20 septembre 2024, qui à la date de la présente ordonnance n'a encore fait l'objet d'aucune décision, explicite ou implicite, de l'autorité préfectorale. A cet égard, il convient de relever que le préfet de la Seine-Maritime n'a pas placé M. A en rétention administrative, ni lors de sa levée d'écrou le 31 août 2024, ni depuis le rejet, le 27 septembre dernier, de la requête de l'intéressé contre l'arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire du 25 juin 2024. Si M. A a pu exercer temporairement un emploi sur la base du récépissé de demande de titre de séjour délivré, le 11 janvier 2024, durant l'instruction de sa demande de titre de séjour en qualité de conjoint de Française, la décision de refus de titre de séjour du 25 juin 2024 a eu pour effet d'abroger ce récépissé de sorte que ni la décision de refus d'abrogation attaquée, ni les décisions d'obligation de quitter le territoire français et d'assignation dont l'abrogation a été demandée, ne sont à l'origine de la situation de risque de perte d'emploi qu'il invoque. Il n'allègue d'ailleurs pas que son épouse serait elle-même sans revenus. Le requérant ne se prévaut enfin d'aucune circonstance liée aux conditions de son assignation à résidence afin d'établir l'urgence à abroger la décision d'assignation à résidence du 29 août 2024, dont le terme interviendra au demeurant le 15 octobre prochain.
7. Il résulte de ce qui précède qu'en l'absence d'une atteinte grave et immédiate à la situation de M. A, la condition d'urgence posée par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas remplie. Par suite, cette requête doit être rejetée en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue par l'article L. 522-3 du code de justice administrative, sans qu'il y ait lieu d'admettre M. A à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
O R D O N N E :
Article 1 : Il n'y a pas lieu d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à Me Leprince.
Fait à Rouen, le 11 octobre 2024.
La juge des référés,
C. Galle
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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